Dakar 2017 : le nou­veau pa­ri fou du qua­dri-am­pu­té Phi­lippe Croi­zon

Am­pu­té des quatre membres, le pi­lote veut re­pous­ser les li­mites du han­di­cap en s’at­ta­quant au Dakar qui s’élance d’Asun­cion, au Pa­ra­guay, et dont l’ar­ri­vée se­ra ju­gée à Bue­nos Aires, le 14 jan­vier.

Le Figaro - - SPORT - GILLES FESTOR gfes­tror@lefigaro.fr

RAL­LYE-RAID «Je te connais, je connais aus­si tes ex­ploits en mer, mais tu ne fe­ras pas le Dakar avec nous.» Cette sen­tence pro­non­cée par Étienne La­vigne, le pa­tron du Dakar, en 2015 tombe comme un cou­pe­ret pour Phi­lippe Croi­zon. Mais le Cas­tel­rous­sin am­pu­té des quatre membres a la tête dure. Bien dé­ci­dé à al­ler au bout de son rêve mal­gré son han­di­cap, l’aven­tu­rier de 48 ans au­teur d’une tra­ver­sée de la Manche à la nage en 2010 re­vient donc à la charge. Il in­siste et ob­tient fi­na­le­ment un ren­dez-vous. «Je ne chan­ge­rai pas d’avis », pré­vient La­vigne.

La per­sé­vé­rance a fi­ni par payer. Le pa­tron de la crème des ral­lyes-raids plie. Mais à une condi­tion : « Je de­vais me char­ger de tout le ma­té­riel as­su­rant ma sé­cu­ri­té. » Il res­sort de l’en­tre­tien avec une simple lettre de sou­tien qui vaut de l’or. «C’est tout ce dont j’avais be­soin: être cré­dible pour lan­cer l’aven­ture », se re­mé­more le père de cinq en­fants. Le compte à re­bours dé­bute. Croi­zon n’a que dix-sept mois pour être prêt au dé­part à Asun­cion (Pa­ra­guay) le 2 jan­vier 2017. Il forme son équipe en s’as­so­ciant à Yves Tar­ta­rin, 18 Dakar au comp­teur, s’en­toure d’in­gé­nieurs pour conce­voir la voi­ture, un bug­gy équi­pé d’une boîte de vi­tesses au­to­ma­ti­sée qu’il pi­lote avec un joys­tick, et se met en quête de spon­sors. « Trou­ver 700 000 eu­ros, c’est com­pli­qué quand on n’a pas un sou en poche comme moi», avoue ce­lui dont la vie bas­cu­la le 5 mars 1994 lors­qu’une ligne élec­trique de 20 000 volts le fou­droya alors qu’il ré­pa­rait son an­tenne té­lé.

Sa ren­contre avec le for­tu­né Qa­ta­rien Nas­ser al-At­tiyah, double lau­réat du Dakar, va tout ac­cé­lé­rer pen­dant le Ral­lye du Ma­roc en oc­tobre der­nier. « Il vient me de­man­der si mon pro­jet avance. Je suis en pa­nique, je ne sais plus quoi dire. Mon co­pi­lote me dit : “Dis-lui la vé­ri­té, Phi­lippe.” Je lui avoue qu’il nous manque 100000 eu­ros, alors qu’on avait be­soin de bien plus. Il m’a ré­pon­du: “Je veux que tu sois au Dakar, je vais t’ai­der.”» Un vi­re­ment de 100000 eu­ros tombe quelques jours plus tard.

Pous­sé par sa femme, Su­za­na, qui l’a in­ci­té à se lan­cer dans un nou­veau dé­fi, Phi­lippe Croi­zon a mis tous les atouts de son cô­té pour réus­sir son dé­fi. Il tra­vaille phy­si­que­ment mais aus­si men­ta­le­ment en com­pa­gnie d’un hyp­no­thé­ra­peute qui lui pro­digue de longues séances de co­hé­rence car­diaque, une mé­thode de re­laxa­tion uti­li­sée par les pi­lotes de chasse. «Ce­la per­met de li­mi­ter la mon­tée d’adré­na­line et de ga­gner une de­mi-se­conde sur le dan­ger», ex­plique au Fi­ga­ro ce fé­ru de plon­gée.

À quelques jours de s’élan­cer sur les pistes, il as­sure que la prise de risque ne l’ef­fraie pas, qu’il n’a «pas be­soin de se mettre en dan­ger pour se sen­tir exis­ter», même s’il ne pi­lote son bo­lide que de­puis huit mois. «Je re­doute quand même l’al­ti­tude. Je ne sais pas com­ment je vais ré­agir avec des pas­sages à 4850 mètres. La cha­leur un peu aus­si, car le budget était trop ser­ré pour ins­tal­ler une cli­ma­ti­sa­tion to­tale », avoue-t-il.

Voi­ture d’as­sis­tance rap­pro­chée

En Amé­rique du Sud, Phi­lippe Croi­zon sait qu’il ne se­ra pas un concur­rent tout à fait comme les autres. Il dis­po­se­ra d’un cam­ping-car pour bi­voua­quer et d’une voi­ture d’as­sis­tance rap­pro­chée en spé­ciale en cas de pé­pin. « Je peux m’ex­traire seul grâce à un sys­tème qui fait sau­ter la porte mais mon co­pi­lote Cé­dric Du­plé se­ra mon ba­by-sit­ter car, pour tout ce qui concerne la mé­ca­nique, je ne peux pas trop ai­der », re­grette-t-il.

Il rêve de voir Bue­nos Aires après 8800 km d’ef­forts, même si son as­so­cié Yves Tar­ta­rin l’a mis en garde: «Il faut être lu­cide: un sur deux n’at­tein­dra pas l’ar­ri­vée. » Et si la route s’ar­rête avant? «J’es­père faire pas­ser un mes­sage dans nos so­cié­tés où on a sou­vent ten­dance à se vic­ti­mi­ser. On peut chan­ger les choses, j’en suis la preuve. Il faut y croire. Tou­jours. »

DAN­GER 3

Phi­lippe Croi­zon aux com­mandes de son bug­gy, qu’il pi­lote à l’aide d’un joys­tick.

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