BI­BLIO­THÈQUE DES ES­SAIS

Le Figaro - - CHAMPS LIBRES - MA­RIE-LAE­TI­TIA BONAVITA

ES­SAI Brexit en Grande-Bre­tagne, Trump aux États-Unis, peut-être bien­tôt Beppe Grillo en Ita­lie… Les po­pu­listes se­raient en train d’es­sai­mer à tra­vers la pla­nète. Mais, au fait, qu’est-ce que le po­pu­lisme? s’in­ter­roge JanWer­ner Mül­ler, his­to­rien des idées et pro­fes­seur à l’uni­ver­si­té de Prin­ce­ton. In­utile de rat­ta­cher cette no­tion à des pro­fils so­cio-psy­cho­lo­giques ca­ri­ca­tu­raux : « Les an­ti­eu­ro­péens », « les an­ti­élites », « la po­pu­lace », « les fas­cistes »… Les po­pu­listes, nous dit l’au­teur, se dé­fi­nissent comme fon­da­men­ta­le­ment an­ti­plu­ra­listes, et re­fusent par là même la for­mule de Jür­gen Ha­ber­mas « le peuple ne se ma­ni­feste qu’au plu­riel ». Igno­rant le cli­vage gauche-droite, ils pré­fèrent une dis­tinc­tion bi­naire, à ca­rac­tère mo­ral, entre le vrai et le faux; entre ceux qui font vé­ri­ta­ble­ment par­tie du « peuple au­then­tique » et ceux qui n’en font pas par­tie. CQFD! JanWer­ner Mül­ler re­marque que l’ab­bé Sieyès, dé­jà, à la veille de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, jus­ti­fiait l’idée que le tiers état était l’au­then­tique peuple fran­çais au mo­tif qu’il « tra­vaillait » contre l’aris­to­cra­tie et le cler­gé. Au­jourd’hui La Ligue du Nord ita­lienne tient le même genre de lan­gage, comme en té­moigne son slo­gan « Ro­ma la­dro­na » (« Rome est une vo­leuse ») : au Nord, on tra­vaille dur ; au Sud, il n’y a que des cha­par­deurs. Cette as­su­rance d’être dans le « vrai » pousse les po­pu­listes à s’in­ter­ro­ger sur la re­pré­sen­ta­tion dé­mo­cra­tique. S’ils ne contestent nul­le­ment son prin­cipe, ils cri­tiquent tou­te­fois son mau­vais fonc­tion­ne­ment puis­qu’ils ne sont pas au pou­voir et que le peuple est re­pré­sen­té par des élites, au pire cor­rom­pues, au mieux mau­vaises. C’est pour­quoi ils émettent tou­jours des ré­serves à l’en­droit des par­le­ments, « ces ins­ti­tu­tions in­évi­ta­ble­ment plu­ra­listes ». En Hon­grie, Vik­tor Orbàn bou­dait os­ten­si­ble­ment les séances par­le­men­taires lorsque son par­ti était dans l’op­po­si­tion. Une fois ar­ri­vés au pou­voir, les po­pu­listes s’em­pressent donc de cor­ri­ger les « vices » des ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques : ac­ca­pa­re­ment de l’ap­pa­reil de l’État, sup­pres­sion des ins­tru­ments de contre-pou­voir. Sans comp­ter le clien­té­lisme de masse. Face à cette pré­vi­sion peu joyeuse, que faire ? Cer­tai­ne­ment pas ce que font les li­bé­raux d’au­jourd’hui, qui tendent à ex­clure les po­pu­listes, re­ve­nant ain­si à jouer leur jeu. Jan-Wer­ner Mül­ler sug­gère, au contraire, de les in­clure, en ac­cep­tant de les « confron­ter les yeux dans les yeux » et, sur­tout, en s’in­ter­ro­geant sur une meilleure re­pré­sen­ta­ti­vi­té du peuple dans nos ins­ti­tu­tions dé­mo­cra­tiques. Na­tio­nales, mais éga­le­ment eu­ro­péennes. L’au­teur in­vite ain­si à s’in­ter­ro­ger sur la per­ti­nence d’une Com­mis­sion eu­ro­péenne dont les membres se­raient élus et d’un Par­le­ment aux com­pé­tences élar­gies. Une ré­flexion bien­ve­nue à l’heure de l’abs­ten­tion crois­sante et de l’en­do­ga­mie po­li­tique que ren­force la pro­cé­dure des pri­maires à la pré­si­den­tielle.

Qu’estce que le po­pu­lisme ? Dé­fi­nir en­fin la me­nace JAN-WER­NER MÜL­LER, PRE­MIER PA­RAL­LÈLE, 200 P., 18 €

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