La Chine veut sa part du ci­né­ma mon­dial

Plu­sieurs stu­dios sont pas­sés sous pa­villon chi­nois. Des su­per­pro­duc­tions ar­rivent en 2017.

Le Figaro - - MÉDIAS ET PUBLICITÉ - CHLOÉ WOITIER @W_Ch­loe

CI­NÉ­MA Une vé­ri­table pa­rade amou­reuse. En 2016, les conglo­mé­rats chi­nois ont je­té leur dé­vo­lu sur plu­sieurs grands stu­dios hol­ly­woo­diens, qui les ont ac­cueillis à bras ou­verts. Dé­but jan­vier, Da­lian Wan­da Group a ac­quis pour 3,5 mil­liards de dol­lars Le­gen­da­ry En­ter­tain­ment, pro­duc­teur de Ju­ras­sic World, Pa­ci­fic Rim ou la tri­lo­gie Bat­man. En sep­tembre, So­ny Pic­tures s’est aus­si al­lié à Wan­da pour as­su­rer une meilleure dis­tri­bu­tion de ses longs-mé­trages en Chine.

En pa­ral­lèle, la so­cié­té de pro­duc­tion Fun­da­men­tal Films, ba­sée à Shan­ghaï, est de­ve­nue, avec 27,9% du ca­pi­tal, le deuxième ac­tion­naire d’Eu­ro­paCorp, der­rière Luc Bes­son. Un mois plus tard, Ali­ba­ba en­trait au ca­pi­tal d’Am­blin Part­ners, la so­cié­té de pro­duc­tion de Ste­ven Spiel­berg, afin de lan­cer plu­sieurs co­pro­duc­tions si­no-amé­ri­caines. Le géant de l’ecom­merce a aus­si as­su­ré en fin d’année que sa fi­liale Ali­ba­ba Di­gi­tal Me­dia and En­ter­tain­ment al­lait in­ves­tir plus de 50 mil­liards de yuans, soit 6,8 mil­liards d’eu­ros, sur trois ans dans le sec­teur des mé­dias et du di­ver­tis­se­ment. En no­vembre aus­si, Wan­da a an­non­cé le ra­chat pour en­vi­ron un mil­liard de dol­lars de la so­cié­té qui pro­duit les Gol­den Globes, les pres­ti­gieuses ré­com­penses de ci­né­ma et de té­lé­vi­sion amé­ri­caines… La liste, in­com­plète, de ces unions et dé­cla­ra­tions d’in­ten­tion de­vrait en­core s’al­lon­ger en 2017.

Le plus grand parc de ci­né­mas au monde

L’in­dus­trie amé­ri­caine re­garde avec en­vie l’im­mense mar­ché chi­nois, où les mul­ti­plex sortent de terre à un rythme ef­fré­né. Le pays compte dé­sor­mais 41 000 salles obs­cures, soit 200 de plus qu’aux États-Unis. À ce rythme, la Chine de­vrait être lea­der du box-of­fice mon­dial d’ici à 2019. Seul hic : sou­cieux de pré­ser­ver l’in­dus­trie na­tio­nale, le pou­voir cen­tral n’au­to­rise la pro­jec­tion que d’une tren­taine de films étran­gers chaque année. Triés sur le vo­let, ces der­niers ne peuvent pas sor­tir aux meilleures pé­riodes (été, jours fé­riés) et leur pro­mo­tion est li­mi­tée. Des contraintes qui s’as­sou­plissent gran­de­ment en cas de co­pro­duc­tion avec une so­cié­té chi­noise. La pré­sence d’ac­teurs lo­caux au cas­ting est un plus, mais pas pour jouer les mé­chants. Dans Seuls sur Mars (2015), le hé­ros amé­ri­cain doit ain­si son sa­lut à la co­opé­ra­tion entre la Na­sa et l’agence spa­tiale chi­noise, un élé­ment ab­sent du livre dont est ti­ré le film…

La co­pro­duc­tion per­met aus­si de bé­né­fi­cier d’une meilleure cam­pagne mar­ke­ting. Wan­da, qui compte près de 3 000 ci­né­mas en Chine, n’hé­site pas à pous­ser les films étran­gers dans les­quels il a in­ves­ti. La so­cié­té a ain­si ré­ser­vé 80% de ses salles au film War­craft (Le­gen­da­ry) la se­maine de sa sor­tie, avec une cam­pagne pro­mo­tion­nelle agres­sive. Le long-mé­trage amé­ri­cain a col­lec­té plus de 200 mil­lions de dol­lars en Chine, soit cinq fois plus que dans son pays d’ori­gine… Et pour pa­rer à la chute de 60% des en­trées en deuxième se­maine, Wan­da n’a pas hé­si­té à mettre en vente plus d’un million de places à prix cas­sés. Une tech­nique éga­le­ment uti­li­sée par Ali­ba­ba afin de rem­plir les salles obs­cures. Pé­kin a ré­cem­ment in­ter­dit ces pra­tiques. L’ef­fet a été im­mé­diat : le chiffre d’af­faires des salles a bais­sé de 4,5% en 2016, alors qu’il avait bon­di de 50 % en 2015, à 6 mil­liards de dol­lars.

« Soft po­wer »

Mal­gré ce dé­ra­page, Hol­ly­wood garde toute confiance dans le po­ten­tiel du mar­ché chi­nois, qui lui per­met de fi­nan­cer de nou­veaux pro­jets. Le film de science-fic­tion Pa­ci­fic Rim (Le­gen­da­ry) n’au­rait pro­ba­ble­ment pas eu de suite mise en chan­tier sans la réus­site du pre­mier vo­let en Chine. Mais l’em­pire du Mi­lieu ne sou­haite pas de­ve­nir un simple ré­cep­tacle à films amé­ri­cains. Son am­bi­tion est d’inon­der les salles amé­ri­caines et eu­ro­péennes de ses pro­duc­tions, afin de don­ner une meilleure image du pays. Un soft po­wer uti­li­sé à foi­son par la Corée du Sud (mu­sique), le Ja­pon (man­ga, jeux vi­déo) et bien évi­dem­ment les États-Unis de­puis l’après-guerre.

La Chine ne dis­pose tou­te­fois pas en­core du sa­voir-faire né­ces­saire, no­tam­ment dans les ef­fets spé­ciaux et la post­pro­duc­tion. D’où son al­liance avec les géants oc­ci­den­taux, qui dé­tiennent la re­cette des films à grand spec­tacle. « Les États-Unis et l’Eu­rope vont de­ve­nir les sous-trai­tants des stu­dios chi­nois, qui veulent faire connaître leurs marques au monde en­tier », pré­dit un ex­pert fran­çais. Mais com­bien de temps avant que les stu­dios chi­nois n’aient plus be­soin du sa­voir-faire oc­ci­den­tal ?

2017 va mar­quer le dé­but de l’of­fen­sive chi­noise dans les ci­né­mas. Pré­vu pour le 11 jan­vier en France et cou­rant fé­vrier aux États-Unis, La Grande Mu­raille (Wan­da-Le­gen­da­ry) est le film chi­nois le plus cher de l’his­toire, avec un budget de 150 mil­lions de dol­lars. Pour s’at­ti­rer les fa­veurs du pu­blic oc­ci­den­tal, le long-mé­trage a pour hé­ros l’un des ac­teurs les plus « ban­kables » de Hol­ly­wood : Matt Da­mon. Ce choix a créé une vive po­lé­mique en Chine : pour­quoi don­ner à des Amé­ri­cains les rôles prin­ci­paux d’un film his­to­rique cé­lé­brant deux fier­tés na­tio­nales, la Grande Mu­raille et l’in­ven­tion de la poudre à ca­non? Sor­ti fin dé­cembre, le long-mé­trage, des­cen­du par la cri­tique, a réa­li­sé un dé­mar­rage dé­ce­vant avec seule­ment 120 mil­lions de dol­lars ré­col­tés en quinze jours.

UNIVERSAL PIC­TURES IN­TER­NA­TIO­NAL FRANCE

Pour s’at­ti­rer les fa­veurs du pu­blic oc­ci­den­tal, l’un des rôles prin­ci­paux du long-mé­trage chi­nois La Grande Mu­raille a été at­tri­bué à Matt Da­mon (au centre).

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