Des mi­neurs iso­lés sont dé­jà de re­tour à Ca­lais

L’As­so­cia­tion des dé­par­te­ments de France avait ex­pri­mé son scep­ti­cisme sur l’ac­cueil de ces jeunes par le Royaume-Uni.

Le Figaro - - LA UNE - GUILLAUME DESCOURS ET AGNÈS LE­CLAIR gdes­cours@lefigaro.fr @AgnesLe­clair

IM­MI­GRA­TION Deux mois après le dé­man­tè­le­ment de la « jungle » de Ca­lais, des mi­neurs étran­gers iso­lés sont de re­tour face aux côtes an­glaises. Ré­par­tis fin oc­tobre dans des centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion pour mi­neurs (Cao­mi) au tra­vers de la France, cer­tains ont donc vu leurs amis réa­li­ser leur voeu tan­dis qu’ils res­taient coin­cés sur le sol fran­çais. Les au­to­ri­tés bri­tan­niques n’ont en ef­fet ac­cep­té que quelque 800 de ces 1941 jeunes du cé­lèbre cam­pe­ment qui cla­maient pour­tant avoir des at­taches fa­mi­liales en An­gle­terre et être âgé de moins de 18 ans.

À la mi-dé­cembre, cer­tains de ces jeunes écar­tés du rêve an­glais ont fait une nouvelle fois leur sac pour re­ve­nir sur leurs pas. « On est es­time qu’entre 10 et 15 % des jeunes ont re­pris la route mi­gra­toire, in­dique le di­rec­teur gé­né­ral de l’as­so­cia­tion France Terre d’Asile, Pierre Hen­ry. Nous sa­vions au moment du dé­man­tè­le­ment que 95 % des jeunes re­ten­te­raient leur chance car mal­gré la fer­me­ture du camp de Ca­lais, ils ne vont pas re­non­cer. De plus, la Gran­deB­re­tagne n’a pas res­pec­té son en­ga­ge­ment qui, en ap­pli­ca­tion du rè­gle­ment de Du­blin III et de l’amen­de­ment Dubs, pré­voyait de prendre en charge les mi­neurs qui ont de la fa­mille dans le pays ain­si que d’autres consi­dé­rés comme “vul­né­rables”. » Un ef­fet boo­me­rang qui ne sur­prend pas à l’As­so­cia­tion des dé­par­te­ments de France (ADF). « Le gou­ver­ne­ment sem­blait per­sua­dé que l’An­gle­terre al­lait ou­vrir ses portes à 90 % d’entre eux mais nous sa­vions bien que c’était une illu­sion. Ils ont une po­li­tique mi­gra­toire plus ri­gou­reuse que la nôtre. Il était évident qu’ils n’al­laient pas ou­vrir les vannes », dé­nonce Pierre Mon­za­ni, di­rec­teur gé­né­ral de l’ADF.

De­puis une di­zaine de jours, des mi­neurs non ac­com­pa­gnés re­viennent donc à Ca­lais « au compte-gouttes, au rythme de deux ou trois par jour », se­lon Fa­bienne Buc­cio, pré­fète du Pas-de-Ca­lais. Par­fois plus. Comme la se­maine der­nière où un groupe d’une pe­tite tren­taine de jeunes a été re­pé­ré en ville. « Par­mi eux, il y avait une di­zaine de mi­neurs qui ont été en­voyés au foyer d’en­fant de Saint-Omer, gé­ré par France Terre d’Asile », ra­conte la pré­fète. Un foyer qu’ils peuvent ce­pen­dant quit­ter du jour au len­de­main… « La loi ne nous per­met pas de les contraindre à res­ter dans les foyers ni de les suivre à la trace… D’au­tant que ces mi­neurs sont de grands ados et non des en­fants, rap­pelle-t-elle. Il est pos­sible qu’ils re­joignent le cam­pe­ment de Norrent-Fontes, près de Bé­thune, ou ce­lui de Grande Synthe. D’autres iront peu­têtre à Pa­ris. » Mal­gré la tris­tesse et la frus­tra­tion pro­vo­quées par les re­fus de la Grande-Bre­tagne, cette der­nière ne voit pas les mi­neurs étran­gers iso­lés « re­ve­nir en masse à Ca­lais ». « La plu­part ne vou­laient plus y res­ter au moment du dé­man­tè­le­ment car ils sa­vaient qu’il était trop dif­fi­cile de pas­ser », es­time Fa­bienne Buc­cio.

Les as­so­cia­tions d’aide aux mi­grants se montrent plus pes­si­mistes. « C’est une bombe à re­tar­de­ment. Nous sa­vions que nous al­lions être confron­tés à ce pro­blème mais il ar­rive plus ra­pi­de­ment que pré­vu et risque de se po­ser de ma­nière ai­guë, souffle Di­dier De­gre­mont, pré­sident de la dé­lé­ga­tion du Nord-Pas-de-Ca­lais du Se­cours ca­tho­lique. Ces jeunes s’échappent car ils veulent ab­so­lu­ment pas­ser en Grande-Bre­tagne. Ils ont du mal à ac­cep­ter que le ca­ma­rade ou le cou­sin soit pas­sé et pas eux. »

Un sen­ti­ment de dé­tresse confir­mé par la mai­rie de Fou­ras, près de La Ro­chelle, qui a ac­cueilli une ving­taine de mi­neurs ve­nus de Ca­lais : « Seuls sept d’entre eux ont été ac­cep­tés outre-Manche. Les autres ont eu beau­coup de mal à com­prendre cette dé­ci­sion. Cer­tains ont fait des fugues puis sont ren­trés. La si­tua­tion s’est ten­due… Des re­cours ont été lan­cées pour douze d’entre eux. Un seul a ex­pri­mé le sou­hait de res­ter en France. Nous mi­sons aus­si sur l’Ir­lande qui a in­di­qué qu’elle pou­vait en ac­cep­ter 200. »

Ces ado­les­cents, pour la plu­part âgés de 15 à 18 ans, « vont re­ten­ter leurs chances par les voies mi­gra­toires clan­des­tines avec tous les risques que celles-ci com­portent », aver­tit le di­rec­teur de France Terre d’Asile. « Avec cette po­li­tique de fer­me­ture des fron­tières, la Grande-Bre­tagne ne fait qu’en­tre­te­nir les ré­seaux de pas­seurs. Nous avons un de­voir mo­ral à as­su­rer la sé­cu­ri­té de ces jeunes. » Pour faire face à cette si­tua­tion, le dé­fen­seur des droits a pour sa part re­com­man­dé aux pou­voirs pu­blics de « don­ner aux jeunes pré­sents dans les Cao­mi un sta­tut lé­gal, ad­mi­nis­tra­tif ou ju­di­ciaire, et de ga­ran­tir leur ac­cès aux droits, à l’édu­ca­tion et à la san­té ».■

« C’était une illu­sion »

ALEXIS CHRISTIAEN (PIB)/PHOTOPQR/VOIX DU NORD/MAXPPP

Des mi­grants mi­neurs pris en charge à Mor­becque, dans le Nord, le 5 dé­cembre.

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