POUR­QUOI LE RHÔNE SU­BIT TANT DE CAM­BRIO­LAGES

Le Figaro - - LA UNE - CE­RISE ROCHET @Ce­ri­seRoc_T LYON

AVEC près de 17 000 cam­brio­lages de­puis le 1er jan­vier der­nier, soit en­vi­ron 9,5 pour 1000 ha­bi­tants, c’est le Rhône qui ob­tient la pre­mière place au clas­se­ment des dé­par­te­ments les plus tou­chés par ce fléau.

Sans sur­prise. Le dé­par­te­ment a en ef­fet vu le nombre de cam­brio­lages par ha­bi­tant aug­men­ter for­te­ment de­puis l’année 2013. En cause, plu­sieurs fac­teurs, dont cer­tains ne sont pas une spé­ci­fi­ci­té du ter­ri­toire : cam­brio­lages plus fré­quents dans et au­tour des grandes ag­glo­mé­ra­tions (Lyon, dans ce cas pré­cis), pro­pen­sion des vic­times à da­van­tage por­ter plainte… Pour au­tant, le sec­teur lyon­nais doit éga­le­ment com­po­ser avec cer­taines par­ti­cu­la­ri­tés. De­puis quelques an­nées, les au­to­ri­tés doivent en ef­fet faire face à une pra­tique du cam­brio­lage de plus en plus pro­fes­sion­na­li­sée. Les mal­fai­teurs agissent dé­sor­mais ici en bandes or­ga­ni­sées et spé­cia­li­sées : « De­puis plu­sieurs an­nées, nous voyons opé­rer ici de vé­ri­tables ré­seaux, très bien struc­tu­rés, en pro­ve­nance de cer­tains pays de l’Est, qui ex­pliquent l’aug­men­ta­tion constante du nombre de cam­brio­lages, sou­ligne Laurent Nou­vel, se­cré­taire dé­par­te­men­tal du syn­di­cat de po­lice Al­liance. Il est très dif­fi­cile pour nous d’en­di­guer le phé­no­mène. Parce que nos ef­fec­tifs baissent et éga­le­ment parce que les ac­tions de pré­ven­tion que l’on mène fonc­tionnent moins bien en ville que dans les pe­tites com­munes. Dans un im­meuble, les gens ont en ef­fet ten­dance à faire bien moins at­ten­tion à ce qui peut se pas­ser chez leur voi­sin, alors que dans les pe­tites villes et vil­lages, les ha­bi­tants sont plus vi­gi­lants. »

Et même si les forces de l’ordre du Rhône ob­tiennent de biens meilleurs ré­sul­tats que la moyenne na­tio­nale en ma­tière d’élu­ci­da­tion de ces dé­lits, de nom­breux dé­lin­quants passent en­core entre les mailles du fi­let. Les cam­brio­leurs de plus en plus aguer­ris ne laissent fi­na­le­ment que peu de temps aux en­quê­teurs pour agir : ra­pides, ex­trê­me­ment ef­fi­caces et sur­tout mo­biles, ils peuvent cam­brio­ler des di­zaines des lo­ge­ments en seule­ment quelques jours, avant de fuir le pays en à peine trois heures de route, pour écou­ler leur bu­tin au­près de ré­seaux étran­gers de re­cels de biens.

«On constate éga­le­ment que ces équipes de cam­brio­leurs sont gé­né­ra­le­ment mon­tées avec de très nom­breux mi­neurs, pour qui les ré­ponses pé­nales ap­por­tées ne sont pas for­cé­ment adap­tées. L’ex­cuse de mi­no­ri­té qu’ap­pliquent de nom­breux ma­gis­trats à leur égard confère à ces jeunes un sen­ti­ment de qua­si-im­pu­ni­té, fai­sant d’eux, à terme, des mul­ti­ré­ci­di­vistes. Ce qui ex­plique, entre autres, que les cam­brio­lages soient en constante aug­men­ta­tion », ex­plique pour sa part Yann Rou­chier, se­cré­taire ré­gio­nale de la Fé­dé­ra­tion pro­fes­sion­nelle in­dé­pen­dante de la po­lice du Rhône (FPIP).

Du cô­té de la pré­fec­ture, en re­vanche, l’heure n’est vi­si­ble­ment pas aux com­men­taires : « De­puis 2016, les ten­ta­tives sont comp­ta­bi­li­sées dans les sta­tis­tiques des cam­brio­lages, alors qu’elles ne l’étaient pas au­pa­ra­vant. Il fau­dra donc at­tendre deux ans avant de pou­voir vé­ri­ta­ble­ment com­pa­rer les chiffres et ex­pli­quer l’aug­men­ta­tion. »

Sen­ti­ment d’im­pu­ni­té

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.