Le risque d’une com­pé­ti­tion pour choi­sir un fi­gu­rant

Le Figaro - - POLITIQUE - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

Pour sa pri­maire, la droite avait eu une bonne sur­prise ; pour la sienne, la gauche en re­doute une mau­vaise. Les Ré­pu­bli­cains avaient es­pé­ré une par­ti­ci­pa­tion proche de 3 mil­lions d’élec­teurs. Celle-ci fut de 4,3 mil­lions dès le pre­mier tour. Le Par­ti so­cia­liste, tout en sa­chant qu’il ne re­trou­ve­ra pas les 2,7 mil­lions d’élec­teurs de sa pri­maire de 2011, rêve d’at­teindre dans trois se­maines le seuil des 2 mil­lions de votants. L’ob­jec­tif reste am­bi­tieux. Et pé­rilleux. Car l’écart entre les es­poirs et la réa­li­té se­ra un ba­ro­mètre des chances du PS au scru­tin dé­ci­sif, ce­lui d’avril 2017.

Par­tir avec une cote si éle­vée dans la com­pé­ti­tion pré­si­den­tielle est le prin­ci­pal obs­tacle pour les sept concur­rents. Si Fran­çois Fillon, Alain Jup­pé, Ni­co­las Sar­ko­zy et les autres avaient su at­ti­rer au­tant de monde aux urnes, c’est parce que chaque par­ti­ci­pant au scru­tin sa­vait qu’il avait une forte chance de choi­sir dé­jà, par son bul­le­tin de vote, le pro­chain pré­sident de la Ré­pu­blique. Il fau­dra aux élec­teurs so­cia­listes une tout autre mo­ti­va­tion pour al­ler dé­si­gner un can­di­dat qui non seule­ment a peu de chances de se qua­li­fier au se­cond tour de la pré­si­den­tielle, mais qui, en plus, n’est pas même cer­tain d’ar­ri­ver en tête des can­di­dats de gauche au pre­mier tour de ce scru­tin. Vo­ter pour un pos­sible pré­sident est plus mo­ti­vant que vo­ter pour un pro­bable fi­gu­rant.

C’est dire si le dé­fi lan­cé à Be­noît Ha­mon, Ar­naud Mon­te­bourg, Ma­nuel Valls et Vincent Peillon - par ordre d’en­trée en cam­pagne est co­los­sal. Ils de­vront à la fois ré­veiller le noyau dur des mi­li­tants so­cia­listes, pas­sa­ble­ment abat­tus par le quin­quen­nat hol­lan­dais, et ré­cu­pé­rer des élec­teurs dé­jà par­tis chez Jean-Luc Mé­len­chon et chez Em­ma­nuel Ma­cron. Et c’est d’ailleurs sur ce se­cond point que se joue­ra le suc­cès de la pri­maire.

Et c’est tout le pa­ra­doxe de la com­pé­ti­tion entre ces quatre hommes qui ont sié­gé en­semble à la table du Conseil des mi­nistres : ils sont en guerre les uns contre les autres alors que, pour évi­ter d’être broyés tous en­semble, ils ga­gne­raient à se battre pour un in­té­rêt com­mun. L’ins­tinct de sur­vie de­vrait les in­ci­ter à ne rien cher­cher d’autre qu’à élar­gir le corps élec­to­ral de la pri­maire.

A prio­ri, on pour­rait pen­ser que Mon­te­bourg et Ha­mon sont mieux pla­cés pour par­ler aux élec­teurs pas­sés chez Mé­len­chon parce qu’ils re­prochent à Hol­lande et au PS avec lui d’avoir « tra­hi » la gauche. Tan­dis que Valls et Peillon se­raient lé­gi­times à s’adresser aux élec­teurs qui voient en Ma­cron l’ul­time chance de mo­der­ni­ser la gauche.

Mais voi­là : dans cette pri­maire qui est dé­jà un match avant le match de la pré­si­den­tielle, se jouent deux autres matchs qui se­ront d’au­tant plus vi­ru­lents qu’ils op­po­se­ront des per­sonnes et non pas des lignes idéo­lo­giques. Ce se­ra donc Mon­te­bourg contre Ha­mon d’un cô­té, et Valls contre Peillon de l’autre. Deux ba­tailles de lea­der­ship au sein d’un par­ti qui ne couvre dé­jà plus qu’un tiers de la gauche. Pour convaincre que la vic­toire est ins­crite au bout du pro­ces­sus, on a connu scé­na­rio plus mo­bi­li­sa­teur.

Re­trou­vez Guillaume Tabard tous les ma­tins à 8 h 10 sur Ra­dio Clas­sique

Vo­ter pour un pos­sible pré­sident est plus mo­ti­vant que vo­ter pour un pro­bable fi­gu­rant»

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