Le ter­ro­risme frappe à nou­veau en plein Pa­ris

À trois jours du pre­mier tour, un po­li­cier a été as­sas­si­né et deux autres bles­sés, hier soir, sur les Champs-Élysées. L’État is­la­mique a re­ven­di­qué l’at­ten­tat dans la nuit.

Le Figaro - - LA UNE - CH­RIS­TOPHE CORNEVIN @ccor­ne­vin

TER­RO­RISME La bar­ba­rie vient de frap­per de nou­veau la ca­pi­tale en plein coeur. Dix-sept mois après les frappes ka­mi­kazes qui avaient fait plus de 130 morts à Pa­ris et Saint-De­nis le 13 no­vembre 2015, le souffle du ter­ro­risme a se­mé la mort jeu­di soir dans le quar­tier hau­te­ment sym­bo­lique des Champs-Élysées. L’acte a été re­ven­di­qué par Daech via son agence de pro­pa­gande Amaq : « L’au­teur de l’at­taque des Champs-Élysées dans le centre de Pa­ris est Abu Yus­sef le Belge et c’est un des com­bat­tants de l’État is­la­mique ». Un po­li­cier a été lâ­che­ment as­sas­si­né et deux de ses col­lègues bles­sés, dont au moins un griè­ve­ment par balles. Un as­saillant a été abat­tu par un tir de ri­poste. En dé­man­te­lant une cel­lule is­la­miste à Mar­seille en dé­but de se­maine, les ser­vices an­ti­ter­ro­ristes pen­saient avoir écar­té de jus­tesse le scé­na­rio tant re­dou­té, ce­lui d’une at­taque ma­jeure en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle. Ils ne se dou­taient pas que le pire al­lait sur­ve­nir à trois jours d’un pre­mier tour pla­cé sous haute sur­veillance en rai­son de la me­nace dji­ha­diste.

Se­lon un der­nier scé­na­rio qui reste à pré­ci­ser tant la confu­sion ré­gnait en­core avant mi­nuit sur la plus belle ave­nue du monde, des fonc­tion­naires ont été pris pour cible alors qu’ils étaient dans un four­gon sé­ri­gra­phié « Po­lice ».

« Ca­cher nos clients »

Se­lon une source in­for­mée, un in­con­nu est ar­ri­vé en voi­ture de marque Au­di à leur hau­teur et est sou­dain sor­ti de l’ha­bi­tacle en bran­dis­sant une arme au­to­ma­tique. Très dé­ter­mi­né, l’agres­seur au­rait mi­traillé le chauf­feur du car, l’as­sas­si­nant froi­de­ment alors qu’il était en train de se res­tau­rer der­rière son vo­lant. Le ti­reur au­rait en­suite es­sayé s’en prendre à ses col­lègues en cou­rant au­tour du ca­mion. L’as­saillant a été mor­tel­le­ment tou­ché à son tour lors de tirs de ri­poste. Vi­si­ble­ment iden­ti­fié, l’as­saillant pré­su­mé était vi­sé par une en­quête an­ti­ter­ro­riste se­lon des proches de l’en­quête. Une per­qui­si­tion était en cours jeu­di soir en Seine-et-Marne à son do­mi­cile. Il s’agit du ti­tu­laire de la carte grise du vé­hi­cule uti­li­sé par l’as­saillant.

Son corps sans vie a été me­not­té au sol tan­dis que le quar­tier a été bou­clé pro­vo­quant une pa­gaille in­des­crip­tible et une sa­tu­ra­tion des ondes de la po­lice. Dans la fu­sillade, une tou­riste a été lé­gè­re­ment bles­sée par un éclat dans le ge­nou.

Chou­kri Choua­nine, gé­rant d’un res­tau­rant si­tué rue de Pon­thieu, dans une rue ad­ja­cente, a ra­con­té à l’AFP avoir en­ten­du une « fu­sillade brève » mais avec « beau­coup de tirs ». « On a dû ca­cher nos clients dans nos sous-sols ».

Un autre té­moin, qui n’a pas vou­lu don­ner son nom, a ex­pli­qué qu’il se trou­vait à « dix mètres » de la fu­sillade. « On a en­ten­du des tirs comme une pé­ta­rade et on a vu une at­taque sur des po­li­ciers, on est par­tis en cou­rant », a-t-il dit. « C’était la pa­nique au métro Frank­lin-Roo­se­velt, les gens cou­raient dans tous les sens », a ra­con­té une femme qui se trou­vait aux abords des Champs-Élysées.

D’im­por­tantes forces de sé­cu­ri­té, ap­puyées par toutes les bri­gades an­ti­cri­mi­na­li­té dis­po­nibles, ont été dé­ployées pour ten­ter de re­trou­ver un éven­tuel com­plice tan­dis qu’un hé­li­co­ptère sur­vo­lait la zone dans la soi­rée.

La Bri­gade de re­cherche et d’in­ter­ven­tion, ap­pe­lée à la res­cousse, a ra­tis­sé tout le haut des Champs-Élysées dans le cadre d’une le­vée de doute pour trou­ver la trace d’un éven­tuel com­plice.

Dès l’an­nonce de la tra­gé­die en­deuillant la plus cé­lèbre ar­tère de la ca­pi­tale, la sec­tion an­ti­ter­ro­riste du par­quet de Pa­ris s’est sai­sie de l’en­quête sur la fu­sillade san­glante. La Sec­tion an­ti­ter­ro­riste (SAT) de la Bri­gade cri­mi­nelle et la Di­rec­tion gé­né­rale de la sé­cu­ri­té in­té­rieure ont été sai­sies.

Peu avant 22 heures, le pre­mier mi­nistre, Ber­nard Ca­ze­neuve, s’est ren­du à l’Ély­sée pour re­joindre le pré­sident Fran­çois Hol­lande et faire un point sur la fu­sillade, qui sur­vient à trois jours du pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle, alors que la France a pro­ro­gé pour la cin­quième fois consé­cu­tive l’état d’ur­gence. Ce­lui-ci de­vrait per­du­rer au mi­ni­mum jus­qu’au 15 juillet pro­chain.

Cette at­taque vient d’en­deuiller Pa­ris alors que 22 ten­ta­tives ont été dé­jouées de­puis 2016. Se di­sant plus que ja­mais « convain­cu d’être sur une piste d’ordre ter­ro­riste », Fran­çois Hol­lande a an­non­cé la te­nue d’un Con­seil de dé­fense ce ven­dre­di à 8 heures au Pa­lais de l’Ély­sée. La sé­cu­ri­té du pro­ces­sus élec­to­ral, dé­jà ver­rouillée par la pré­sence de 50 000 po­li­ciers et gen­darmes, pour­rait être consi­dé­ra­ble­ment ren­for­cée.

Les forces de l’ordre bloquent les Champs-Élysées, jeu­di soir, après l’at­taque ter­ro­riste.

IAN LANGSDON/EPA/MAXPPP

Des po­li­ciers sé­cu­risent la zone au­tour des Champs-Élysées, jeu­di soir.

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