La faillite comme pro­jet

Le Figaro - - LA UNE - ISSN 0182.5852

Sur les mar­chés fi­nan­ciers, l’hy­po­thèse d’une vic­toire de Ma­rine Le Pen ou de Jean-Luc Mé­len­chon porte un nom : c’est un « cygne noir». Ce terme dé­signe un évé­ne­ment hau­te­ment im­pro­bable, qui sur­vient mal­gré tout et cause d’in­cal­cu­lables dé­gâts. Au fur et à me­sure qu’ap­proche l’im­pré­vi­sible élec­tion fran­çaise, cet ani­mal sin­gu­lier gagne en no­to­rié­té. Dé­sor­mais, plus au­cun scé­na­rio n’est ex­clu, y com­pris le pire, qui ver­rait les mar­chés s’ef­fon­drer en cas de duel fi­nal entre l’ex­trême gauche et l’ex­trême droite. Pour­quoi tant de ca­tas­tro­phisme? Pour une rai­son simple : les deux can­di­dats «an­ti-sys­tème » - qui y gre­nouillent tout de même de­puis plus de vingt ans… - ont en com­mun de pro­po­ser la faillite de la France en guise de pro­jet. Étran­ge­ment si­mi­laires, leurs pro­grammes éco­no­miques consistent à éta­ti­ser tout ce qui peut l’être et à dé­pen­ser l’ar­gent pu­blic par di­zaines de mil­liards. Em­bauche mas­sive de fonc­tion­naires, re­tour à la re­traite à 60 ans, aug­men­ta­tion de toutes les al­lo­ca­tions… c’est Noël au mois de mai. Mais un dé­tail leur a échap­pé : l’État n’a plus un eu­ro vaillant en caisse. Chaque an­née, il est même obli­gé de payer ses agents à cré­dit à par­tir du mois d’oc­tobre, en em­prun­tant au­près de créan­ciers à qui il doit dé­jà 2150 mil­liards d’eu­ros. Quoi qu’en disent Ma­rine Le Pen et Jean-Luc Mé­len­chon, leurs pro­jets, qui pré­tendent s’af­fran­chir des mar­chés fi­nan­ciers, au­raient pour ré­sul­tat de nous y sou­mettre en­core da­van­tage. Leur cré­di­bi­li­té éco­no­mique étant in­fé­rieure à zé­ro, l’his­toire est écrite d’avance : dé­gra­da­tions en sé­rie de la note de la France, hausse bru­tale des taux d’in­té­rêt, dé­fiance à l’égard du sys­tème ban­caire, me­nace de sor­tie ma­nu mi­li­ta­ri de l’eu­ro et crise fi­nan­cière gé­né­ra­li­sée. In­utile de ra­con­ter des sor­nettes : les deux can­di­dats n’au­ront au­cune prise sur cette fi­nance mon­diale qu’ils hon­nissent, mais à la­quelle ils vont sans com­plexe qué­man­der des fonds pour fi­nan­cer leurs fo­lies. Les Grecs ont payé pour sa­voir que ce scé­na­rio ca­tas­trophe n’a rien d’ima­gi­naire. Les Fran­çais ont-ils vrai­ment en­vie d’es­sayer ?

Hausse bru­tale des taux et crise fi­nan­cière

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