MU­SIQUE

1967: IL Y A 50 ANS, L’AN­NÉE MY­THIQUE DU ROCK ET DE LA POP

Le Figaro - - LA UNE - OLI­VIER NUC @oli­vier­nuc

L’his­toire du rock et de la mu­sique po­pu­laire est ponc­tuée de dates clés au cours des­quelles on constate un em­bal­le­ment. 1967 est de celles-là. En douze mois, la pop va s’équi­per d’une pléiade de ré­fé­rences de­ve­nues in­con­tour­nables. Cin­quante ans plus tard, le cru 1967 ap­pa­raît comme l’un des plus riches d’une dé­cen­nie pour­tant peu avare en clas­siques. Le psy­ché­dé­lisme dé­ploie ses plus beaux atours, les ré­voltes à ve­nir en 1968 sont dé­jà en germe, on in­vente le pre­mier grand ras­sem­ble­ment rock, du cô­té de Mon­te­rey, en Ca­li­for­nie, et on pro­duit des al­bums qui changent chaque mois la face du rock. Les Beatles et Bob Dy­lan, sur­ac­tifs de­puis le dé­but de la dé­cen­nie, cessent de se pro­duire en con­cert, cé­dant la place à une des­cen­dance qui a re­te­nu toutes les le­çons de ces pion­niers. Un an après le lan­ce­ment de Rock & Folk en France, les États-Unis voient naître Rol­ling Stone, re­vue qui ac­com­pagne et chro­nique le dé­fer­le­ment créa­tif qui sai­sit la jeu­nesse. Un de­mi-siècle plus tard, la plu­part des disques com­mer­cia­li­sés en 1967 exercent en­core une fas­ci­na­tion in­tacte pour la jeu­nesse, qui les dé­couvre à tra­vers de belles ré­édi­tions ou dans les play­lists pré­co­ni­sées par leurs sites de strea­ming pré­fé­rés.

The Beatles, « Sgt. Pep­per’s Lo­ne­ly Hearts Club Band »

Le 1er juin, les Beatles, qui ont don­né leur der­nier con­cert pu­blic quelques mois plus tôt, à San Fran­sis­co, sortent leur pre­mier al­bum de­puis Re­vol­ver, grand suc­cès l’an­née pré­cé­dente. Le groupe a dé­ci­dé d’in­ter­rompre les tour­nées pour se concen­trer sur le tra­vail en stu­dio, afin de peau­fi­ner un son et des ar­ran­ge­ments d’une in­ven­ti­vi­té per­ma­nente. La sor­tie de Pet Sounds, des Beach Boys, les a convain­cus d’al­ler plus loin dans l’ex­pé­ri­men­ta­tion. Paul McCart­ney a per­sua­dé les trois autres de se faire pas­ser pour un or­chestre ré­tro et d’adop­ter un ac­cou­tre­ment idoine. Sor­ti en éclai­reur, le single

Straw­ber­ry Fields Fo­re­ver/Pen­ny Lane a im­po­sé une exi­gence nou­velle. Non seule­ment le suc­cès de Sgt. Pep­per’s est co­los­sal, mais il im­pose le 33-tours comme sup­port de ré­fé­rence, plus res­pec­table et adulte que le 45-tours, plus éphé­mère par es­sence. Vé­ri­table ex­plo­sion psy­ché­dé­lique, l’al­bum a un im­pact cultu­rel phé­no­mé­nal, bien au-de­là de l’ex­pé­rience mu­si­cale. Pour cet an­ni­ver­saire, Apple Re­cords sort une ré­édi­tion re­mixée par Gilles Mar­tin, et dé­cli­née en CD simple, cof­fret 4 CD et 2 DVD. Sor­tie le 26 mai.

The Doors, « The Doors »

Le pre­mier al­bum du qua­tuor ca­li­for­nien est aus­si un des tout pre­miers à sor­tir en 1967, en jan­vier. L’im­pact de ces in­con­nus se­ra consi­dé­rable, tant The Doors fait preuve d’une ori­gi­na­li­té qui le dis­tingue du reste de la pro­duc­tion mon­diale. For­mé à Los An­geles, le groupe ne re­prend au­cun des codes de la scène ca­li­for­nienne. Dans le sillage des Byrds, bien des groupes ex­ploitent un folk-rock in­ven­tif, de Love à Buf­fa­lo Spring­field. Au nord de l’État, San Fran­cis­co dif­fuse les sons acides du Gra­te­ful Dead, de Jef­fer­son Air­plane ou de Big Bro­ther & the Hol­ding Com­pa­ny, qui ré­vèle Ja­nis Jo­plin. Jim Mor­ri­son n’ap­par­tient à au­cune de ses cha­pelles. Fé­ru de blues, cet homme de lettres est sen­sible à la poé­sie et au théâtre. Au cla­vier, Ray Man­za­rek im­pose sa vir­tuo­si­té et un son unique. À la gui­tare, Rob­by Krie­ger et son ba­gage de joueur de fla­men­co est à mille lieues des cho­rus blues-rock de ses confrères. En­fin, à la bat­te­rie, John Dens­more pro­pose un swing lé­ger hé­ri­té du jazz. Entre un clas­sique de Willie Dixon et un mor­ceau de Kurt Weill et Brecht, The Doors alignent des clas­siques: Light My

Fire, Break on Th­rough ou The End. En quatre ans de car­rière, ils ne fe­ront ja­mais aus­si bien.

Pink Floyd, « The Pi­per at the Gates of Dawn »

For­mé d’an­ciens étu­diants en ar­chi­tec­ture de Cam­bridge, Pink Floyd doit son pa­tro­nyme aux pré­noms de deux des blues­men fa­vo­ris de son lea­der, Syd Bar­rett : Pink An­der­son et Floyd Coun­cil. S’ils se font les dents dans un rhythm’n’blues proche des Rol­ling Stones sur leurs pre­miers es­sais, les quatre mu­si­ciens de­viennent vite les dé­po­si­taires d’un style in­édit en Grande-Bre­tagne. Lan­cé dans le club UFO par l’Amé­ri­cain Joe Boyd, Pink Floyd im­pose une mise en scène qui s’ap­puie sur des éclai­rages et des am­biances très psy­ché­dé­liques. Alors que leurs confrères es­saient de son­ner comme des Amé­ri­cains, Syd Bar­rett ac­cen­tue son ac­cent bri­tan­nique dans ses gé­niales com­po­si­tions. Bâ­tis à la ma­nière de comp­tines, les mor­ceaux re­cèlent plu­sieurs ni­veaux de lec­ture qui les rendent in­tri­gants et sin­gu­liers. Tout le Londres bran­ché se presse aux concerts du groupe, em­me­né par un ange au cha­risme ex­tra­or­di­naire. À son ser­vice, Ro­ger Wa­ters, Nick Ma­son et Rick Wright mettent au point un son qui pro­longe les au­daces sty­lis­tiques des Beatles. Contre toute at­tente, Pink Floyd sur­vi­vra au dé­part de son lea­der l’an­née sui­vante pour de­ve­nir une des for­ma­tions les plus cé­lèbres de son temps.

RUE DES ARCHIVES/RDA2

Le co­los­sal suc­cès de Sgt. Pep­per’s des Beatles a per­mis d’im­po­ser le 33-tours comme sup­port de ré­fé­rence. Vé­ri­table ex­plo­sion psy­ché­dé­lique, l’al­bum a un im­pact cultu­rel phé­no­mé­nal.

PA ARCHIVE/RO­GER-VIOLLET

Ro­ger Wa­ters, Nick Ma­son, Syd Bar­rett et Rick Wright. Les Pink Floyd (ver­sion 1967) posent pour les pho­to­graphes à Londres.

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