Le suc­cès an­non­cé des pro­cu­ra­tions

De longues files d’at­tente se sont for­mées de­vant les tri­bu­naux, com­mis­sa­riats et bri­gades de gen­dar­me­rie.

Le Figaro - - LA UNE - PAULE GONZALÈS @pau­le­gon­zales ET GUILLAUME MOLLARET (À NÎMES)

ÉLEC­TIONS In­cré­dule. La dame aux che­veux gris re­garde la file de per­sonnes qui s’al­longe, ven­dre­di ma­tin, sur la jo­lie place ar­bo­rée du tri­bu­nal d’ins­tance du XVe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. « J’avais dé­jà fait une pro­cu­ra­tion lors des pré­cé­dentes élec­tions, et je ne pen­sais pas que je se­rais obli­gée de faire la queue pour ça. D’ha­bi­tude ce­la va très vite. » De­vant elle, des élec­teurs de tous les âges, hommes et femmes, qui ne pour­ront pas vo­ter ce week-end et sou­haitent qu’un proche le fasse pour eux.

De­puis près d’un mois, les per­son­nels du tri­bu­nal es­timent que les pro­cu­ra­tions se sont faites au rythme d’une cen­taine par jour pour cet ar­ron­dis­se­ment très peu­plé de Pa­ris. De quoi mo­bi­li­ser les gref­fiers et un ma­gis­trat de per­ma­nence quo­ti­dien­ne­ment. Pen­dant ce temps, les conten­tieux par­fois ur­gents ou de masse, comme les tu­telles et les cu­ra­telles, s’en­tassent sur les bu­reaux des juges.

Des ré­ser­vistes mo­bi­li­sés

Un jeune homme est là de­puis une pe­tite di­zaine de mi­nutes, ar­mé d’un bon ro­man po­li­cier : « Je suis prêt à res­ter une heure sans pro­blème. » Dans le sas de sé­cu­ri­té, la file se pour­suit. « Il faut aus­si faire la queue à l’in­té­rieur ? Mais comment font les gens quand ils tra­vaillent ? », in­ter­roge une dame bien mise dans son Bar­bour ajus­té. La porte s’ouvre et laisse échap­per une jeune femme d’une ving­taine d’an­nées, li­bé­rée de son de­voir. « En­fin, souffle-t-elle, un peu rouge, je suis ar­ri­vée avant 9 heures mais on nous a fait at­tendre trente mi­nutes avant de com­men­cer les for­ma­li­tés, il pa­raît qu’ils ont des pro­blèmes de per­son­nels. » « C’est un mes­sage po­li­tique », sou­rit un homme qui part re­trou­ver son fils à Londres dès ven­dre­di soir. « Je prends le temps mais je n’ai pas que ce­la à faire. » À la pro­po­si­tion de re­non­cer à vo­ter di­manche, il pré­fère tour­ner le dos, sans mot dire, le vi­sage na­vré. Per­due au mi­lieu de ces as­pi­rants à la pro­cu­ra­tion, il y a cette femme convo­quée pour une au­di­tion. Elle bran­dit son cour­rier et re­monte la queue, af­fron­tant les vi­sages mé­fiants.

Pour l’ins­tant, dif­fi­cile d’éta­blir un pre­mier chif­frage du nombre de pro­cu­ra­tions en France pour ces élec­tions, se­lon le mi­nis­tère de l’In­té­rieur. Mais l’af­fluence semble être im­por­tante en pro­vince éga­le­ment. Dans le Gard, les gen­darmes as­sistent à une aug­men­ta­tion gé­né­rale du nombre de pro­cu­ra­tions dé­li­vrées. « Nos gen­darmes sont sol­li­ci­tés de fa­çon si­gni­fi­ca­tive », ex­plique le lieu­te­nant-co­lo­nel Sé­bas­tien Bau­doux. Se­lon lui, les zones pé­ri­ur­baines sont à ce jour les plus concer­nées par le phé­no­mène. « Notre bri­gade de Cal­vis­son, qui compte 15 gen­darmes, a en­re­gis­tré 900 pro­cu­ra­tions. Les élec­teurs se sont da­van­tage mo­bi­li­sés ces der­niers jours puisque dans cette seule bri­gade, 400 pro­cu­ra­tions ont été en­re­gis­trées de­puis le 1er avril. » Afin de gé­rer cet af­flux sou­dain, le grou­pe­ment des gen­darmes du Gard a com­mu­ni­qué son or­ga­ni­sa­tion dans la presse lo­cale. Il dé­die ain­si un per­son­nel spé­ci­fique pour les pro­cu­ra­tions deux jours par se­maine dans chaque bri­gade. Ces deux jour­nées sont éta­blies en fonc­tion de réa­li­tés lo­cales, comme les jours de mar­chés qui consti­tuent des jours d’af­fluence.

En pé­riode d’état d’ur­gence, les forces de gen­dar­me­rie sont sous pres­sion. Aus­si, le co­lo­nel Lacroix a mo­bi­li­sé des ré­ser­vistes afin que les ké­pis de l’ac­tive puissent res­ter au maxi­mum concen­trés sur leurs mis­sions de sé­cu­ri­té pu­blique. « Il faut sa­voir que chaque ci­toyen jus­ti­fiant d’une “bonne mo­ra­li­té” peut de­ve­nir dé­lé­gué d’of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire (OPJ), ce qui per­met là aus­si de sou­la­ger les gen­darmes d’une cer­taine charge de tra­vail », pré­cise le co­lo­nel Sté­phane Lacroix, com­man­dant du grou­pe­ment de gen­dar­me­rie dans le dé­par­te­ment. Proac­tifs, les gen­darmes d’ac­tive ou ré­ser­vistes du Gard, ain­si que les dé­lé­gués d’OPJ sillonnent les mai­sons de re­traite, mais aus­si des ca­sernes mi­li­taires du dé­par­te­ment afin de ré­cu­pé­rer les de­mandes de pro­cu­ra­tions. Par ex­pé­rience, le lieu­te­nant-co­lo­nel Bau­doux ana­lyse : « Quand des ex­trêmes se re­trouvent au se­cond tour, les pro­cu­ra­tions sont en gé­né­ral plus nom­breuses. » Pour l’an­née 2012, un rap­port de l’ins­pec­tion gé­né­rale de l’ad­mi­nis­tra­tion a éva­lué un nombre ap­pro­ché de pro­cu­ra­tions éta­blies, es­ti­mé à 4,9 mil­lions (en­vi­ron 3 150 000 pour la pré­si­den­tielle et en­vi­ron 1 750 000 pour les lé­gis­la­tives). L’en­jeu de la cam­pagne fe­ra sans doute mon­ter le cur­seur.

Des élec­teurs font la queue de­vant le com­mis­sa­riat de la place de la Co­mé­die pour l’éta­blis­se­ment d’une pro­cu­ra­tion pour le vote du 1er tour, mer­cre­di à Mont­pel­lier.

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