« On as­sis­te­rait à une pa­nique dès lun­di »

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MA­NON MALHÈRE @Ma­nonMal­here

PHI­LIPPE GUDIN est éco­no­miste en chef de Bar­clays en charge de l’Eu­rope, du Moyen-Orient et de l’Afrique.

LE FI­GA­RO. - Le scé­na­rio d’un se­cond tour entre Ma­rine Le Pen et Jean-Luc Mé­len­chon est-il pris en compte par les mar­chés fi­nan­ciers ? Phi­lippe GUDIN. - Au­jourd’hui, les mar­chés ne prennent pas seule­ment en compte le risque Ma­rine Le Pen. La ré­cente hausse des taux d’in­té­rêt sur les obli­ga­tions fran­çaises par rap­port aux obli­ga­tions al­le­mandes est clai­re­ment liée au risque Jean-Luc Mé­len­chon. Ils n’ex­cluent donc plus un se­cond tour Mé­len­chon-Le Pen mais ce scé­na­rio noir, qui risque de me­ner au dé­man­tè­le­ment de l’eu­ro, est peu pro­bable. Par ailleurs, les in­ves­tis­seurs ont com­pris que l’élec­tion de Ma­rine Le Pen face à Fran­çois Fillon ou Em­ma­nuel Ma­cron est qua­si­ment im­pro­bable.

Quelles se­raient les consé­quences de ce scé­na­rio noir ? En cas de se­cond tour Mé­len­chon-Le Pen, les in­ves­tis­seurs ne vont pas at­tendre les ré­sul­tats des élec­tions lé­gis­la­tives, en juin. On as­sis­te­ra à une pa­nique sur les mar­chés dès lun­di. Pour eux, la France ne se­ra plus un pays dans le­quel il faut in­ves­tir. Ils vont donc cher­cher à vendre la dette fran­çaise qu’ils dé­tiennent, qu’elle soit pu­blique ou pri­vée. Or, les ache­teurs se­ront de plus en plus rares. L’écart entre les taux d’em­prunt de l’Al­le­magne et de la France va lar­ge­ment se creu­ser, au même ni­veau qu’au pire mo­ment de la crise de la zone eu­ro. Ce ne se­ra pas une crise seule­ment fran­çaise mais aus­si eu­ro­péenne car les pays du sud de la zone eu­ro se­ront éga­le­ment im­pac­tés. Concrè­te­ment, les taux d’in­té­rêt sur la dette vont ex­plo­ser. Par ailleurs, les épar­gnants qui ont éco­no­mi­sé - par exemple, pour leurs re­traites - vont voir la va­leur de leur épargne fondre ra­pi­de­ment.

Peut-on s’at­tendre à une fuite im­por­tante des ca­pi­taux ? Si ce scé­na­rio se concré­tise, nous au­rons évi­dem­ment des fuites de ca­pi­taux mas­sives à l’étran­ger, et en par­ti­cu­lier en Al­le­magne. Car les deux can­di­dats peuvent conduire à l’ex­plo­sion de l’eu­ro ain­si qu’à la forte dépré­ciation de tous les ac­tifs fran­çais. Pour ar­rê­ter cette fuite, on risque donc d’ins­tau­rer un contrôle des ca­pi­taux aux fron­tières, comme dans le cas de la Grèce il y a deux ans.

“Ce scé­na­rio noir, qui risque de me­ner au dé­man­tè­le­ment de l’eu­ro, est peu pro­bable ” PHI­LIPPE GUDIN

Ces scé­na­rios ca­tas­trophes sont contes­tés par les ex­trêmes qui sou­tiennent que le Brexit n’a pas me­né au chaos. Que ré­pon­dez-vous ? La si­tua­tion n’est pas com­pa­rable au ré­fé­ren­dum en fa­veur de la sor­tie du Royaume-Uni de l’Union eu­ro­péenne. Dé­jà, le Brexit n’a pas en­core eu lieu. Et pour­tant, nous as­sis­tons à une baisse des in­ves­tis­se­ments et à une dépré­ciation de la livre qui pèse sur le pou­voir d’achat. Sur­tout, avec Jean-Luc Mé­len­chon ou Ma­rine Le Pen, nous par­lons de sor­tir de l’eu­ro. Nous par­lons de mettre la France en dé­faut de paie­ment si la dette est trans­for­mée en francs.

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