Les clients des banques s’in­quiètent

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - MA­RIE BARTNIK @ma­rie­bart­nik

LA PERS­PEC­TIVE d’un se­cond tour Jean-Luc Mé­len­chon-Ma­rine Le Pen fait fré­mir les épar­gnants. À l’ap­proche du pre­mier tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle, les banques et les ca­bi­nets de con­seil en ges­tion de pa­tri­moine sont sol­li­ci­tés par cer­tains de leurs clients, in­quiets de voir le ver­dict des urnes im­pac­ter leur épargne. « Cer­tains ont peur et s’in­ter­rogent sur les ar­bi­trages à ef­fec­tuer avant le pre­mier tour », constate Gilles Étienne, as­so­cié chez Cy­rus Con­seil.

Les clients les plus for­tu­nés sont par­ti­cu­liè­re­ment in­quiets d’une élec­tion qui cou­ron­ne­rait un can­di­dat si­tué à une ex­tré­mi­té de l’échi­quier po­li­tique, fe­rait grim­per les taux d’in­té­rêt des obli­ga­tions fran­çaises et dé­va­lo­ri­se­rait leur épargne pla­cée sur des fonds en eu­ros. « Par­mi les clients de la banque pri­vée, l’at­ten­tisme est plus fort que d’ha­bi­tude avant une élec­tion pré­si­den­tielle. Clai­re­ment, cer­tains se de­mandent comment ils pour­raient trans­fé­rer leurs ca­pi­taux à l’étran­ger », ex­plique-t-on au sein d’une grande banque gé­né­ra­liste. « L’élec­tion pré­si­den­tielle est dans toutes les têtes, et bien sûr l’hy­po­thèse d’une vic­toire de Ma­rine le Pen et d’une sor­tie de l’eu­ro in­quiète par­ti­cu­liè­re­ment nos clients », confirme Sa­my Chaar, éco­no­miste chez Lom­bard Odier.

S’ils sont ex­trê­me­ment mi­no­ri­taires, cer­tains se sont même dé­ci­dés à agir et à mettre leur épargne à l’abri des tur­pi­tudes de la vie po­li­tique fran­çaise. Ain­si de cet épar­gnant de 61 ans qui a li­qui­dé son contrat d’as­su­ran­ce­vie en eu­ros pour pla­cer ses éco­no­mies sur un contrat luxem­bour­geois. Ou de ce pa­tron qui a éga­le­ment choi­si de pla­cer tout l’ar­gent is­su de la vente de son en­tre­prise au Luxem­bourg. « Plu­sieurs de nos clients ont pré­fé­ré in­ves­tir dans des fonds mo­né­taires belges ou luxem­bour­geois li­bel­lés en eu­ros, en at­ten­dant de connaître le ré­sul­tat de l’élec­tion, comme une so­lu­tion d’at­tente, constate Gilles Étienne. Mais nous leur ex­pli­quons que li­qui­der leur as­su­rance-vie pour pla­cer leur ar­gent ailleurs n’est pas une bonne stra­té­gie. Ils paient sou­vent des frais d’en­trée im­por­tants et perdent le bé­né­fice de leur an­té­rio­ri­té fis­cale. » En France, les plus-va­lues en­gran­gées sur un contrat d’as­su­rance-vie sont en ef­fet exo­né­rées d’im­pôts à par­tir de la 8e an­née de dé­ten­tion.

Rai­son gar­der

Le phé­no­mène n’est ce­pen­dant pas mas­sif, loin s’en faut. « Les contrats luxem­bour­geois sont à la mode de­puis cinq ou sept ans. Il y a peut-être en ce mo­ment un lé­ger ar­bi­trage en fa­veur des pro­duits do­mi­ci­liés à l’étran­ger, lors­qu’il s’agit de sous­crire un nou­veau contrat, mais je ne constate au­cun exode des ca­pi­taux », nuance ain­si Fran­çois de Saint-Pierre, as­so­cié gé­rant chez La­zard.

Les pro­fes­sion­nels s’at­tachent en ef­fet à ras­su­rer les plus an­xieux et à leur faire rai­son gar­der. « Le pire pour les épar­gnants se­rait une sor­tie de l’eu­ro. Nous sommes dans la confi­gu­ra­tion d’un risque ex­trême mais d’une pro­ba­bi­li­té faible, ex­plique Sa­my Chaar. Il ne se­rait pas op­por­tun de re­mettre en cause tout son por­te­feuille pour se pré­mu­nir d’une telle éven­tua­li­té. » Il se­ra bien temps d’agir en consé­quence si le scé­na­rio noir se pro­duit…

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