Les pa­trons montent au cré­neau face aux ex­trêmes

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - BERTILLE BAYART @Ber­tilleBayart

CHAN­GE­MENT d’am­biance dans les rangs pa­tro­naux. Il ne s’agit plus de dé­battre en pri­vé des mé­rites com­pa­rés des pro­grammes de Fran­çois Fillon et Em­ma­nuel Ma­cron. Ni même de se don­ner des sueurs froides en li­sant ce­lui de Ma­rine Le Pen. La pro­gres­sion de JeanLuc Mé­len­chon, le res­ser­re­ment des écarts dans les son­dages et la pos­si­bi­li­té - même si ce n’est pas l’hy­po­thèse la plus pro­bable - d’un se­cond tour entre la can­di­date du Front na­tio­nal et le can­di­dat de La France in­sou­mise ont chan­gé l’en­jeu de l’élec­tion pré­si­den­tielle.

Cette mon­tée des ex­trêmes pousse les di­ri­geants d’en­tre­prise à sor­tir du bois, sur­tout à titre col­lec­tif, et à en­trer sur le ter­rain élec­to­ral qui n’est en prin­cipe pas le leur. Les en­tre­prises ne votent pas, et leurs pa­trons ont l’ha­bi­tude de gar­der pour eux leurs convic­tions pour mieux s’adap­ter dans leurs fonc­tions à une donne qui s’im­pose à eux. Et dans le contexte ac­tuel, « dégagiste » et an­ti­sys­tème, ils évi­taient jus­qu’ici de s’ex­pri­mer en fa­veur de tel ou tel can­di­dat, bien conscients du risque contre-pro­duc­tif qu’ils fe­raient cou­rir à leur cham­pion. À leur en­tre­prise aus­si : la pro­fes­sion de foi pro-Fillon du pa­tron des bou­lan­ge­ries Paul lui a par exemple va­lu un violent re­tour de bâ­ton sur les ré­seaux so­ciaux.

De­puis quelques jours, la donne a chan­gé. « Nous, em­ployeurs de France, d’en­tre­prises de toutes tailles, de toutes ré­gions et de tous sec­teurs, lan­çons un cri d’alarme », écri­vaient quatre-vingts pa­trons dans nos co­lonnes mar­di. Et de­puis, le pre­mier si­gna­taire de cette tri­bune, le pré­sident du Me­def Pierre Gat­taz, cogne sur les pro­grammes des can­di­dats ex­trêmes. Au nom de l’eu­ro, au nom de l’Eu­rope, au nom de la dé­fense de l’en­tre­prise, au nom de l’éco­no­mie fran­çaise. « Ma­rine Le Pen ou Jean-Luc Mé­len­chon nous em­mè­ne­raient droit dans le mur », affirme un in­dus­triel. Un autre pa­tron an­ti­cipe un « scé­na­rio de game over » pour l’éco­no­mie du pays. Dans Le Monde mer­cre­di, un autre col­lec­tif de 220 en­tre­pre­neurs a aus­si si­gné un texte - tein­té d’un ma­cro­nisme sub­li­mi­nal qui met en garde contre « les illu­sions, les fausses pro­messes et les ca­deaux in­te­nables » des ex­trêmes.

« Contri­buer à ou­vrir les yeux de nos conci­toyens »

Le Me­def, qui s’était ré­so­lu à in­vi­ter pour la pre­mière fois Ma­rine Le Pen fin mars lors de ses dé­bats avec les can­di­dats, dé­nonce dé­sor­mais son pro­gramme avec d’au­tant moins de pré­cau­tions qu’il peut aus­si dé­mon­ter son pen­dant, à l’ex­trême gauche. « Nous n’avons pas de le­çon à don­ner », ex­plique Ber­nard Spitz, le pa­tron de la Fé­dé­ra­tion des as­su­rances et pré­sident du Me­def in­ter­na­tio­nal, « mais nous pou­vons contri­buer à ou­vrir les yeux de nos conci­toyens sur les consé­quences de leur vote ».

L’an­goisse ci­toyenne qui sai­sit les di­ri­geants d’en­tre­prise se double chez beau­coup d’entre eux, et no­tam­ment chez les plus grands, de l’ef­froi que leur ren­voie le mi­roir du re­gard de leurs in­ter­lo­cu­teurs étran­gers. À Franc­fort, à Londres, à New York, au gré de leurs dé­pla­ce­ments, les pa­trons fran­çais sont confron­tés à l’in­com­pré­hen­sion sus­ci­tée par la cam­pagne et par l’im­por­tance prise par les pro­grammes pro­tec­tion­nistes et an­ti­li­bé­raux.

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