La star de Fox News dé­bar­quée pour har­cè­le­ment sexuel

Le pré­sen­ta­teur Bill O’Reilly, qui rap­porte plus de 150 mil­lions de dol­lars par an à la chaîne, est ac­cu­sé par plu­sieurs col­la­bo­ra­trices.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - PHI­LIPPE GÉLIE @ge­lie­fig COR­RES­PON­DANT À WA­SHING­TON

ÉTATS-UNIS La scène mé­dia­tique conser­va­trice amé­ri­caine perd sa fi­gure du Com­man­deur. Fox News a re­non­cé mer­cre­di au « roi in­con­tes­té » des chaînes d’in­for­ma­tion conti­nue, son pré­sen­ta­teur ve­dette Bill O’Reilly, ac­cu­sé de har­cè­le­ment sexuel et de com­por­te­ment in­ap­pro­prié par plu­sieurs col­la­bo­ra­trices. L’in­té­res­sé em­po­che­ra 25 mil­lions de dol­lars pour son dé­part, soit l’équi­valent d’une an­née de sa­laire.

Pré­sent de­puis le lan­ce­ment de la chaîne en 1996, Bill O’Reilly, 67 ans, do­mi­nait les au­diences de dé­but de soi­rée avec plus de 4 mil­lions de fi­dèles. Son émis­sion, « The O’Reilly Fac­tor » (le fac­teur O’Reilly), rap­por­tait à Fox News plus de 150 mil­lions de dol­lars par an de re­cettes pu­bli­ci­taires, le ren­dant qua­si­ment in­tou­chable. Il y a trois se­maines, le New York Times avait ré­vé­lé qu’au moins cinq ac­cords amiables avaient été conclus pour te­nir au si­lence des plai­gnantes, moyen­nant 13 mil­lions de dol­lars. Les deux der­niers avaient sui­vi l’évic­tion du pa­tron de la chaîne, Ro­ger Ailes, l’été der­nier, pour des rai­sons iden­tiques. Les Mur­doch père et fils, pa­trons de la mai­son mère 21st Cen­tu­ry Fox, avaient à l’époque pro­cla­mé leur in­tran­si­geance sur le res­pect des règles d’éthique au tra­vail. Ailes n’en avait pas moins per­çu un pa­ra­chute de 40 mil­lions de dol­lars.

O’Reilly, dont le contrat de 18 mil­lions de dol­lars par an ve­nait d’être re­nou­ve­lé, a dé­non­cé « des al­lé­ga­tions to­ta­le­ment in­fon­dées », dé­plo­rant « la re­gret­table réa­li­té dans la­quelle beau­coup d’entre nous, per­son­na­li­tés pu­bliques, de­vons vivre». Ses avo­cats ont évo­qué «une cam­pagne de ca­lom­nie or­ches­trée par des or­ga­ni­sa­tions d’ex­trême gauche vouées à dé­truire Bill O’Reilly pour des rai­sons po­li­tiques et fi­nan­cières », pro­met­tant sous peu « des preuves ir­ré­fu­tables ».

Le col­lec­tif Me­dia Mat­ters n’a pas fait mys­tère de ses pres­sions sur les an­non­ceurs, dont une cin­quan­taine ont aban­don­né l’émis­sion d’O’Reilly. La di­rec­tion de la chaîne avait en­ga­gé un ca­bi­net d’avo­cats new-yor­kais pour me­ner une en­quête in­dé­pen­dante sur les ac­cu­sa­tions vi­sant son pré­sen­ta­teur. La chute de Bill O’Reilly au dé­but de l’ère Trump a une énorme por­tée sym­bo­lique. À bien des égards, les deux hommes, qui se disent amis, ont ex­ploi­té le même fi­lon, mé­lange de pa­trio­tisme conser­va­teur et de ma­chisme po­li­ti­que­ment in­cor­rect – l’un dans la té­lé­réa­li­té et la po­li­tique, l’autre dans le com­men­taire té­lé­vi­sé et l’écri­ture de livres (l’édi­teur d’O’Reilly n’a pas l’in­ten­tion de se sé­pa­rer de cet au­teur pro­li­fique ven­du à 17 mil­lions d’exem­plaires). Après les ré­vé­la­tions du New York Times, le pré­sident avait es­ti­mé que le pré­sen­ta­teur « n’au­rait pas dû ré­gler ces li­tiges à l’amiable. Bill est un homme bien, je pense qu’il n’a rien fait de mal ». Juste ren­voi d’as­cen­seur à ce­lui qui avait mi­ni­mi­sé un en­re­gis­tre­ment sexiste du can­di­dat, le dé­cri­vant comme « une dis­cus­sion entre mecs ».

«Des trois per­son­na­li­tés ac­cu­sées de har­cè­le­ment sexuel en 2016, deux ont été vi­rées, note le chro­ni­queur du New York Times Nicholas Kris­tof. Le troi­sième est pré­sident des États-Unis. » Il reste à Trump beau­coup d’amis sur Fox News, y com­pris le rem­pla­çant dé­si­gné de Bill O’Reilly sur le cré­neau de 20 heures, Tu­cker Carl­son.

La chute de Bill O’Reilly au dé­but de l’ère Trump a une énorme por­tée sym­bo­lique

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