Mi­grants : la pres­sion monte au nord de Pa­ris

Des cen­taines de dé­ra­ci­nés se concentrent porte de la Cha­pelle. Les ten­sions in­ter­eth­niques sont vives au­tour du centre d’ac­cueil.

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - JEAN-MARC LE­CLERC @le­clerc­jm

IM­MI­GRA­TION Pa­ris, porte de la Cha­pelle. Sous la bre­telle d’ac­cès à l’au­to­route A1, les igloos co­lo­rés et les abris de for­tune s’ag­glu­tinent de jour en jour. Par grappes, de jeunes mi­grants re­montent la cir­cu­la­tion au mi­lieu des gaz d’échap­pe­ment, dans un con­cert de klaxons d’au­to­mo­bi­listes éner­vés. Le centre de pre­mier ac­cueil ins­tal­lé par la Mai­rie de Pa­ris se dresse à deux pas de l’em­bou­teillage monstre. Tel­le­ment sa­tu­ré, avec 400 pauvres places, que les im­plan­ta­tions sau­vages poussent au­tour comme des cham­pi­gnons, re­pro­dui­sant le sché­ma clas­sique de ces cam­pe­ments ra­pi­de­ment in­con­trô­lables qui cris­tal­lisent toutes les ten­sions. Comme ce­lui de la place de Sta­lin­grad, où il fal­lut éva­cuer 4000 mi­grants en no­vembre der­nier.

Le site de la Cha­pelle n’a pas en­core at­teint ce seuil cri­tique. Mais il enfle sans dis­con­ti­nuer : dé­jà « entre 700 et 800 per­sonnes», « leur nombre aug­mente dou­ce­ment », as­sure-t-on à la Pré­fec­ture. Ils sont af­ghans, sou­da­nais, éry­thréens. De­puis l’in­cen­die qui a ra­va­gé, le 10 avril, le camp de Grande-Synthe, à Dun­kerque, prin­ci­pal point de fixa­tion au nord de la France, il semble pour­tant que la si­tua­tion se dé­grade au nord de la ca­pi­tale. Un trans­fert s’est-il opé­ré? « Beau­coup des mi­grants qui convergent ici viennent d’Al­le­magne, mais il est cer­tain que les évé­ne­ments de Dun­kerque n’ar­rangent pas les choses à Pa­ris», re­con­naît un of­fi­cier de po­lice af­fec­té aux mis­sions de sé­cu­ri­sa­tion des quar­tiers concer­nés. À l’en­tendre, «ce n’est pas tant le nombre qui pose pro­blème que l’am­biance». « La co­ha­bi­ta­tion entre na­tio­na­li­tés ou eth­nies se passe de plus en plus mal », ren­ché­rit un com­mis­saire de po­lice pa­ri­sien.

Trans­ferts dans les ré­gions

Le 13 avril der­nier, une im­por­tante rixe a écla­té entre Af­ghans et Sou­da­nais. Elle a fait plu­sieurs bles­sés. En cause : la ges­tion de la file d’at­tente dans le « centre Hi­dal­go». Cer­tains in­ter­ve­nants so­ciaux sur place as­surent que l’ac­cès à la file est « te­nu par les Af­ghans ».

Fa­ti­ma Tiah, une bé­né­vole très ac­tive sur le ter­rain, dé­clare même qu’« un Sou­da­nais a été bles­sé après avoir été ba­lan­cé par une fe­nêtre du centre; les Sou­da­nais sont en­suite ve­nus ré­cla­mer des comptes» et tout a dé­ra­pé. Se­lon elle, c’est un pro­fond sen­ti­ment d’in­jus­tice qui avive les ten­sions. Elle cri­tique sé­vè­re­ment la ges­tion des lieux par les as­so­cia­tions sub­ven­tion­nées. Le cli­mat, vi­si­ble­ment, n’est pas très sain entre les ac­teurs de l’aide so­ciale aux mi­grants.

Les grandes as­so­cia­tions s’ac­tivent néan­moins pour ten­ter de ré­gler le pro­blème en amont. Un col­lec­tif a ain­si été re­çu mar­di der­nier par les di­rec­teurs de ca­bi­net des mi­nistres de l’In­té­rieur et du Lo­ge­ment. Son ob­jec­tif : pé­ren­ni­ser, au­de­là des élec­tions à ve­nir, des en­ga­ge­ments de l’État en fa­veur de la prise en charge des exi­lés.

Par­mi les en­ga­ge­ments ré­ité­rés mar­di, les as­so­cia­tions citent «la re­cons­ti­tu­tion du parc de centres d’ac­cueil et d’orien­ta­tion (CAO, en amont de la de­mande d’asile) à hau­teur de 10000 places». Ce sont ces centres ré­par­tis en pro­vince qui ont dé­jà ac­cueilli une large part des mi­grants après le dé­man­tè­le­ment de la «jungle» de Ca­lais. L’État a aus­si pro­mis de « pour­suivre la créa­tion de centres d’ac­cueil pour de­man­deurs d’asile (Ca­da) », dont la ca­pa­ci­té d’ac­cueil se­ra por­tée à « 40 000 places dans les pro­chaines se­maines ». Pro­blème : les de­man­deurs d’asile en France ont été près de 100 000 l’an der­nier et rien n’in­dique qu’ils se­ront moins nom­breux en 2017. Le parc en Ca­da de­meure no­toi­re­ment in­suf­fi­sant. Ce qui conduit à lo­ger bien des de­man­deurs à l’hô­tel, pour un coût pro­hi­bi­tif.

Anne Hi­dal­go, la maire PS de la ca­pi­tale, a dé­non­cé, pour sa part, le manque de « flui­di­té » des trans­ferts entre son centre pa­ri­sien de pre­mier ac­cueil et les hé­ber­ge­ments en CAO. Ceux-ci se­raient tom­bés, se­lon elle, à 150 par se­maine. L’État doit «as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés», a-telle écrit aux pré­fets de ré­gion ain­si qu’au pré­fet de po­lice de Pa­ris. Les in­té­res­sés ont de­puis ré­pli­qué : «Nous avons d’ores et dé­jà pris des me­sures.» Ain­si, « 300 places » de CAO se­raient dé­sor­mais ré­ser­vées chaque se­maine au seul centre pa­ri­sien de la porte de la Cha­pelle.

À Pa­ris, la pré­fec­ture de ré­gion fait sa­voir donc qu’elle est «en me­sure de faire face ». Mais le sou­ve­nir de Sta­lin­grad et de son im­mense camp in­sa­lubre reste vi­vace. Une éva­cua­tion des ins­tal­la­tions les plus pré­caires le long des échan­geurs qui dé­gorgent du pé­ri­phé­rique au nord de Pa­ris n’est pas à écar­ter. «On tra­vaille au su­jet d’une éven­tuelle opé­ra­tion» de mise à l’abri, confie une source pré­fec­to­rale.

THO­MAS FLICHE/LE FI­GA­RO

Le centre d’ac­cueil des mi­grants de la porte de la Cha­pelle, jeu­di, à Pa­ris.

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