« Nous vou­lons amé­lio­rer le dia­logue entre scien­ti­fiques, ci­toyens et po­li­tiques »

Le Figaro - - SCIENCES - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR CÉ­CILE THIBERT @Ce­ci­le­thibss

DI­REC­TEUR de re­cherches au CNRS, Pa­trick Le­maire est membre du co­mi­té d’or­ga­ni­sa­tion fran­çais de la Marche pour les sciences. Il ex­plique au Fi­ga­ro les en­jeux de cette ma­ni­fes­ta­tion.

LE FI­GA­RO. - Pour­quoi ce mou­ve­ment lan­cé par les scien­ti­fiques amé­ri­cains s’est-il ré­pan­du dans le monde en­tier ? Pa­trick LE­MAIRE. - Après avoir cher­ché à mu­se­ler de grosses agences de re­cherche en de­man­dant la clô­ture de leurs comptes sur les ré­seaux so­ciaux, puis de­man­dé des ré­duc­tions dras­tiques des bud­gets des ins­ti­tuts de re­cherche en san­té (NHS), du dé­par­te­ment de l’éner­gie ou de l’agence de pro­tec­tion en­vi­ron­ne­men­tale (EPA) à la tête de la­quelle il a pla­cé Scott Pruitt, ju­riste connu pour ses po­si­tions cli­ma­tos­cep­tiques et proche des lob­bys du pé­trole, Do­nald Trump a pro­po­sé de dé­truire cer­taines don­nées sur le cli­mat. C’est là que le mou­ve­ment s’est vé­ri­ta­ble­ment in­ter­na­tio­na­li­sé, en­traî­nant un phé­no­mène de «Da­ta Re­fuge»: plu­sieurs ins­ti­tuts de re­cherche dans le monde, dont l’Ins­ti­tut des sys­tèmes com­plexes à Pa­ris, ont ra­pa­trié et pro­té­gé ces don­nées. La fer­me­ture des fron­tières a aus­si été un coup de mas­sue, car nos mé­tiers né­ces­sitent la libre cir­cu­la­tion des scien­ti­fiques, sé­lec­tion­nés pour leur ta­lent et non leur na­tio­na­li­té. En France, la mo­bi­li­sa­tion af­fiche un grand nombre de sou­tiens, no­tam­ment de grands or­ga­nismes de re­cherche, et d’as­so­cia­tions de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment… En quoi sommes-nous concer­nés par la po­li­tique amé­ri­caine ? La France n’est pas à l’abri de l’obs­cu­ran­tisme. Le manque de com­pré­hen­sion des en­jeux scien­ti­fiques se re­trouve de tous les cô­tés de l’échi­quier po­li­tique et la science est une grande ab­sente du dé­bat pu­blic, on le voit au tra­vers de la cam­pagne pré­si­den­tielle. Au sein de la po­pu­la­tion, on constate une dé­fiance crois­sante en­vers les don­nées is­sues de la science. Par exemple, la France est l’un des pays d’Eu­rope où la vac­ci­na­tion est le plus re­mise en cause.

Que re­ven­dique la com­mu­nau­té scien­ti­fique à tra­vers cette marche ? Ce mou­ve­ment a pour am­bi­tion de re­fon­der les re­la­tions entre scien­ti­fiques, ci­toyens et po­li­tiques. Ce dia­logue à trois fonc­tionne très mal car des in­com­pré­hen­sions existent de part et d’autre. L’idée n’est pas que les scien­ti­fiques im­posent des dé­ci­sions, mais qu’ils soient plus im­pli­qués dans le pro­jet so­cié­tal. Pour ce­la, nous avons quatre ob­jec­tifs. Nous vou­lons que la science conti­nue à être exer­cée in­dé­pen­dam­ment et li­bre­ment de tout lob­by éco­no­mique et re­li­gieux. Nous sou­hai­tons re­pla­cer les dé­bats scien­ti­fiques fon­dés sur des faits au coeur de la so­cié­té. Troi­sième point, il faut aug­men­ter le ni­veau de cul­ture scien­ti­fique dans notre pays et pour ce­la re­fondre l’en­sei­gne­ment des sciences, fon­dé ac­tuel­le­ment plus sur l’ap­pren­tis­sage de connais­sances que de la dé­marche scien­ti­fique. En­fin, nous vou­lons que les po­li­tiques prennent da­van­tage en compte les connais­sances scien­ti­fiques dans leur pro­ces­sus dé­ci­sion­nel. Pour ce­la, il faut que les conseillers mi­nis­té­riels et les res­pon­sables des or­ga­nismes scien­ti­fiques aient tous été for­més à la dé­marche scien­ti­fique. En Al­le­magne, plus du tiers du gou­ver­ne­ment est di­plô­mé d’un doc­to­rat. C’est ac­tuel­le­ment le cas d’un seul mi­nistre en France.

CNRS

Pa­trick Le­maire.

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