Dé­pa­kine : entre 2 000 et 4 000 en­fants nés mal for­més

L’As­su­rance-ma­la­die et l’agence du mé­di­ca­ment ont chif­fré le nombre de mal­for­ma­tions congé­ni­tales liées à l’an­ti­épi­lep­tique.

Le Figaro - - SCIENCES - ANNE JOUAN

SAN­TÉ PU­BLIQUE Quelle est l’am­pleur du scan­dale de la Dé­pa­kine ? Com­bien d’en­fants sont tou­chés par les ef­fets té­ra­to­gènes de cet an­ti­épi­lep­tique, aus­si pres­crit contre les troubles bi­po­laires ? Deux équipes d’épi­dé­mio­lo­gistes de la Caisse na­tio­nale d’as­su­rance-ma­la­die (Cnamts) et de l’agence du mé­di­ca­ment (ANSM) ont plan­ché sur les don­nées du sys­tème na­tio­nal d’in­for­ma­tion in­ter­ré­gimes de l’As­su­rance-ma­la­die. Par­mi eux fi­gurent Alain Weill de la Cnam (dé­co­ré de la lé­gion d’hon­neur dans la pro­mo­tion de Pâques) et Mah­moud Zu­reik de l’ANSM. Tous deux avaient chif­fré les morts du Me­dia­tor au dé­but du scan­dale, le pre­mier pour l’As­su­rance-ma­la­die et l’ANSM, le se­cond pour l’In­serm.

En France, entre le dé­but de com­mer­cia­li­sa­tion du val­proate, en 1967, et 2016, ils es­timent que 2150 à 4100 en­fants nés vi­vants ex­po­sés in ute­ro au mé­di­ca­ment ont été at­teints d’au moins une mal­for­ma­tion congé­ni­tale ma­jeure : des ano­ma­lies du sys­tème ner­veux cen­tral, car­dio-vas­cu­laires, ré­nales, du sys­tème di­ges­tif, de la pa­roi ab­do­mi­nale ou des membres. Sur cette pé­riode, les épi­dé­mio­lo­gistes ont comp­té qu’entre 64100 et 100000 gros­sesses au­raient été ex­po­sées. Ils es­timent que «pour les autres mé­di­ca­ments de l’épi- lep­sie et des troubles bi­po­laires, le risque de mal­for­ma­tion congé­ni­tale ma­jeure ap­pa­raît beau­coup moins mar­qué ».

La face im­mer­gée du scan­dale

Maître Charles Jo­seph-Ou­din, avo­cat de fa­milles vic­times du val­proate, re­grette que « cette étude ne concerne que les mal­for­ma­tions phy­siques et pas les troubles neu­ro-dé­ve­lop­pe­men­taux alors que les risques les plus im­por­tants pour les foe­tus ex­po­sés in ute­ro concernent ces troubles ». Il rap­pelle que «l’ANSM a mis en évi­dence en mai 2015, que 10 % des en­fants ex­po­sés in ute­ro pré­sentent des troubles phy­siques et 30 à 40 % des troubles neu­ro­dé­ve­lop­pe­men­taux. Ce rap­port n’est donc que la face im­mer­gée du scan­dale Dé­pa­kine ». L’ANSM si­gnale que «les troubles neu­ro­dé­ve­lop­pe­men­taux fe­ront l’ob­jet d’une étude ex­plo­ra­toire, at­ten­due pour le se­cond se­mestre 2017 ».

Ca­the­rine Hill, épi­dé­mio­lo­giste à l’Ins­ti­tut Gus­tave Rous­sy, avait fait une étude es­ti­mant à 2826 le nombre d’en­fants pré­sen­tant des mal­for­ma­tions, soit le même chiffre que ce­lui de l’ANSM-Cnam, et à 11 518 en­fants pré­sen­tant des troubles neu­ro-dé­ve­lop­pe­men­taux. Ses ré­sul­tats sont pu­bliés à la fin du livre de Ma­rine Mar­tin, lan­ceuse d’alerte dans cette af­faire (Dé­pa­kine, le scan­dale, Ro­bert Laf­font).

La pro­cé­dure d’in­dem­ni­sa­tion via l’Oniam va être lan­cée avec la pu­bli­ca­tion im­mi­nente d’un dé­cret. Concer­nant la pro­cé­dure ju­di­ciaire, le par­quet de Pa­ris avait ou­vert une en­quête pré­li­mi­naire en sep­tembre 2015. Un an plus tard, en sep­tembre 2016, une in­for­ma­tion ju­di­ciaire était lan­cée avec la no­mi­na­tion de deux juges d’ins­truc­tion du pôle San­té. De­puis, le dos­sier est au point mort. Il ne se passe, se­lon une source proche du dos­sier, « ab­so­lu­ment rien. À ce jour, au­cune per­qui­si­tion n’a été me­née et au­cune mise en exa­men pro­non­cée ». Une autre source se sou­vient de la cé­lé­ri­té avec la­quelle les ma­gis­trats ins­truc­teurs avaient en­quê­té sur Ser­vier pour le Me­dia­tor ; et s’étonne de la len­teur avec la­quelle ils s’in­té­ressent à Sa­no­fi, pre­mier la­bo­ra­toire fran­çais.

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