La banque, le nou­veau pa­ri d’Orange

L’opé­ra­teur de té­lé­coms lan­ce­ra le 6 juillet sa banque 100 % mo­bile. Il es­père at­teindre 2 mil­lions de clients en dix ans.

Le Figaro - - ECONOMIE - DANIÈLE GUINOT @da­nie­le­gui­not

Orange part à l’as­saut du monde ban­caire. L’opé­ra­teur de té­lé­coms, qui a ra­che­té l’an der­nier Grou­pa­ma Banque, a dé­voi­lé jeu­di les contours d’Orange Bank, sa banque 100 % mo­bile. Elle se­ra lan­cée le 6 juillet pro­chain (et dès le 15 mai pour les sa­la­riés). Pour s’im­po­ser sur un mar­ché ban­caire sa­tu­ré, Orange mise sur l’in­no­va­tion tech­no­lo­gique et sur une offre gra­tuite : carte ban­caire of­ferte, ab­sence de frais de te­nue de compte et re­traits sans frais dans tous les dis­tri­bu­teurs de la zone eu­ro. Pour dis­tri­buer son offre, Orange s’ap­puie­ra no­tam­ment sur 140 de ses agences. Il vise 2 mil­lions dans dix ans. Il reste que le sec­teur de la banque est très peu ren­table en France. L’ar­ri­vée pour la pre­mière fois dans le sec­teur ban­caire d’un géant des té­lé­coms de­vrait se­couer tout le mar­ché très for­te­ment concur­ren­cé. Orange, qui compte 27 mil­lions de clients dans la té­lé­pho­nie, bé­né­fi­cie d’une marque puis­sante, sus­cep­tible d’at­ti­rer de nou­veaux clients.

BANQUE Orange part à l’as­saut du monde ban­caire. Sté­phane Ri­chard, le PDG de l’opé­ra­teur té­lé­com a pré­sen­té jeu­di, lors de son grand show an­nuel sur l’in­no­va­tion (« show hel­lo»), qui se te­nait Salle Pleyel à Pa­ris, les contours de sa nou­velle banque 100 % mo­bile, Orange Bank.

« Le sec­teur ban­caire n’a pas en­core fait sa vraie trans­for­ma­tion di­gi­tale, a ex­pli­qué en in­tro­duc­tion le di­ri­geant du géant des té­lé­coms. Nous avons ré­in­ven­té les usages pour cette banque (…). Elle a été pen­sée, ré­flé­chie, pré­pa­rée par des équipes mixtes avec des gens qui connaissent bien les usages di­gi­taux et des ex­perts de la banque. » At­ten­due de­puis plu­sieurs mois, l’offre d’Orange Bank ne se­ra lan­cée que le 6 juillet.

Orange veut frap­per fort. Pour se dé­mar­quer sur un mar­ché ban­caire dé­jà sa­tu­ré, l’opé­ra­teur mise sur la gra­tui­té: carte ban­caire of­ferte, ab­sence de frais de te­nue de compte (à condi­tion de réa­li­ser trois paie­ments ou re­traits par mois) et re­traits sans frais dans tous les dis­tri­bu­teurs de la zone eu­ro. Ce compte, ac­ces­sible sans condi­tions de re­ve­nus, dis­po­se­ra d’un dé­cou­vert au­to­ri­sé. Le client pour­ra aus­si sous­crire un li­vret d’épargne ré­mu­né­ré, «ou­til» tra­di­tion­nel­le­ment uti­li­sé par les banques pour at­ti­rer de nou­veaux clients. L’opé­ra­teur étof­fe­ra son offre à l’au­tomne en pro­po­sant des cré­dits à la con­som­ma­tion, de l’as­su­rance et en fin d’an­née (ou dé­but 2018) des cré­dits im­mo­bi­liers. Et, plus tard, des pro­duits d’épargne.

Orange Bank est aus­si à la pointe de la tech­no­lo­gie. Le client pour­ra ain­si réa­li­ser toutes ses opé­ra­tions de­puis son mo­bile, ef­fec­tuer des vi­re­ments par SMS et payer chez les com­mer­çants avec l’ap­pli­ca­tion Orange Cash. Il au­ra par ailleurs ac­cès au solde de son compte de ma­nière ins­tan­ta­née. Et pour­ra blo­quer, donc la rendre in­opé­rante, et dé­blo­quer sa carte ban­caire à tout mo­ment. Ces deux der­nières fonc­tion­na­li­tés, très utiles, sont aus­si pro­po­sées par Car­re­four (compte CZam, lan­cé le 18 avril).

Autre nou­veau­té, le client pour­ra échan­ger tous les jours, à tout mo­ment de la jour­née et de la nuit, avec un con­seiller vir­tuel. Il s’agi­ra de Wat­son, l’ou­til d’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle ap­pre­nante (plus le client lui parle, plus il ap­prend à le connaître et plus il peut l’ai­der), éla­bo­ré par IBM. D’ici à la fin de l’an­née, ce con­seiller pour­ra ef­fec­tuer des vi­re­ments ou épar­gner pour le client. Mais la ma­chine ne peut pas tout. Et une équipe de 100 per­sonnes se­ra char­gée de ré­pondre aux ques­tions plus com­plexes.

Con­trai­re­ment aux autres banques en ligne aux ta­rifs at­trac­tifs, l’opé­ra­teur s’ap­puie­ra sur 140 bou­tiques agréées de son ré­seau de dis­tri­bu­tion. Il compte en faire une force de frappe. Près de 900 per­sonnes ont dé­jà été for­mées à la vente de pro­duits fi­nan­ciers. Et, en fin d’an­née, des offres com­bi­nant ser­vices ban­caires (no­tam­ment cré­dit à la con­som­ma­tion) et té­lé­pho­nie se­ront faites.

Nou­velle concur­rence

Orange Bank, qui dé­mar­re­ra avec 500 000 clients pro­ve­nant de Grou­pa­ma Banque, ra­che­tée en 2016, es­père at­teindre les 2 mil­lions dans dix ans. Les prin­ci­pales banques en ligne, ING Di­rect et Bour­so­ra­ma (So­cié­té gé­né­rale), comptent cha­cune au­jourd’hui un mil­lion de clients. Et For­tu­neo 675000. Pé­na­li­sé par des taux très bas, le sec­teur peine à être ren­table, ce qui a ré­cem­ment contraint cer­tains éta­blis­se­ments à fac­tu­rer de nou­velles offres.

Sté­phane Ri­chard a re­con­nu jeu­di qu’Orange Bank de­vrait coû­ter de l’ar­gent à l’opé­ra­teur dans les pre­mières an­nées. Il pré­voit un in­ves­tis­se­ment to­tal de 500 mil­lions d’eu­ros en dix ans et es­père at­teindre son point mort dans quatre ou cinq ans. La banque compte se ré­mu­né­rer avec les commissions pré­le­vées sur les tran­sac­tions, sur les frais fac­tu­rés en cas de dé­cou­vert et avec les cré­dits. Orange vise les 400 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires en 2018 dans les ser­vices fi­nan­ciers (le groupe est dé­jà pré­sent en Afrique dans les paie­ments).

L’ar­ri­vée, pour la pre­mière fois dans le sec­teur ban­caire, d’un géant des té­lé­coms de­vrait se­couer tout le mar­ché, dé­jà for­te­ment concur­ren­tiel. « Orange a une marque très puis­sante, 27 mil­lions de clients dans la té­lé­pho­nie et il a une connais­sance mar­ke­ting ex­trê­me­ment dé­ve­lop­pée, ex­plique Bau­doin Chop­pin de Jan­vry, di­rec­teur con­seil chez De­loitte.

L’opé­ra­teur est ha­bi­tué à ana­ly­ser les don­nées de ses clients et an­ti­ci­per leurs at­tentes, car dans les té­lé­coms,

15% d’entre eux changent d’opé­ra­teur tous les ans.» Pour l’heure, ils ne sont que 4%à 5% dans la banque. «Les Fran­çais res­tent sou­vent at­ta­chés à leur banque lo­cale. Mais les offres cou­plées de té­lé­pho­nie et de pro­duit ban­caire pro­po­sées par Orange Bank pour­raient faire la dif­fé­rence », es­time Thier­ry Men­nes­son, as­so­cié chez Oli­ver Wy­man.

Quoi qu’il en soit, le ren­for­ce­ment de la concur­rence de­vrait ac­cé­lé­rer la mue di­gi­tale des banques tra­di­tion­nelles. D’ici à la fin de l’an­née, plu­sieurs d’entre elles pro­po­se­ront le solde des comptes ins­tan­ta­né. Elles af­finent aus­si leur stra­té­gie par rap­port aux jeunes pousses de la fi­nance. Il y a deux se­maines, BNP Pa­ri­bas a mis la main sur Compte-Ni­ckel, qui pro­pose l’ou­ver­ture d’un compte chez les bu­ra­listes et es­père conqué­rir 2 mil­lions de clients d’ici à 2020.

ÉRIC PIERMONT/AFP

Le PDG d’Orange, Sté­phane Ri­chard, pré­sente Orange Bank lors du Show Hel­lo, jeu­di à Pa­ris.

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