Le FMI es­père co­opé­rer avec Trump

Les dis­sen­sions portent sur le mul­ti­la­té­ra­lisme et la re­lance amé­ri­caine.

Le Figaro - - ÉCONOMIE / L'ÉVÉNEMENT - JEAN-PIERRE RO­BIN jpro­bin@le­fi­ga­ro.fr EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À WA­SHING­TON

MONDE Alors qu’une cin­quan­taine de mi­nistres des Fi­nances, tous ceux du G20 et bien d’autres, as­sistent cette fin de se­maine à Wa­shing­ton aux réunions de prin­temps du FMI et de la Banque mon­diale, le clou des fes­ti­vi­tés se­ra le face-à-face d’une heure pré­vu sa­me­di entre Ch­ris­tine La­garde, di­rec­trice gé­né­rale du Fonds, et Steven Mnu­chin, le se­cré­taire au Tré­sor des États-Unis. « Des amé­lio­ra­tions sont pos­sibles dans le sys­tème mon­dial des échanges mon­diaux. J’ai été moi-même mi­nistre du Com­merce ex­té­rieur en France. Mais le com­merce in­ter­na­tio­nal est avec l’in­no­va­tion l’un des deux mo­teurs de la pro­duc­ti­vi­té et du pro­grès », a ex­pli­qué pru­dem­ment jeu­di la pa­tronne du FMI.

Les dis­sen­sions entre les or­ga­ni­sa­tions fi­nan­cières in­ter­na­tio­nales et l’Ad­mi­nis­tra­tion Trump portent à la fois sur la re­mise en cause du mul­ti­la­té­ra­lisme de la part des Amé­ri­cains (« Ame­ri­ca First ») et sur leur po­li­tique de re­lance. Alors que la conjonc­ture amé­ri­caine est au plein-em­ploi, une re­mon­tée des taux d’in­té­rêt aux États-Unis risque de se dif­fu­ser « aux pays émer­gents qui pour­raient tra­ver­ser des temps très dif­fi­ciles », es­time To­bias Adrian, le con­seiller fi­nan­cier du FMI, qui a pré­sen­té mer­cre­di un rap­port re­la­ti­ve­ment alar­miste.

Fonds vert me­na­cé

Le FMI doit faire face à un autre angle d’at­taque de l’Ad­mi­nis­tra­tion Trump : elle lui de­mande d’être plus vi­gi­lante vis-à-vis des pays dé­ga­geant des sur­plus com­mer­ciaux et fi­nan­ciers ex­té­rieurs, prin­ci­pa­le­ment la Chine et plus en­core l’Al­le­magne. « Celle-ci a ac­cu­mu­lé un en­cours d’ac­tifs fi­nan­ciers sur l’étran­ger qui re­pré­sente la moi­tié de son PIB ! », ad­met un haut res­pon­sable du Fonds. Ch­ris­tine La­garde le dit pu­bli­que­ment : « Ce­la fait deux ans que l’on dit que la ques­tion des ex­cé­dents ex­té­rieurs al­le­mands doit être trai­tée », a-t-elle ré­pé­té jeu­di. Le dia­logue avec la Mai­son-Blanche est par construc­tion dé­li­cat si­non biai­sé : les États-Unis sont le pre­mier ac­tion­naire du Fonds avec une quote-part et des droits de vote de 17 %, et dis­posent de­puis la créa­tion du FMI en 1944 d’un droit de ve­to pour les su­jets les plus im­por­tants.

La Banque mon­diale, l’ins­ti­tu­tion cou­sine du FMI dé­diée à l’aide au dé­ve­lop­pe­ment de­puis 1944 et di­ri­gée sans in­ter­rup­tion par un ci­toyen amé­ri­cain, ac­tuel­le­ment Jim Yong Kim, n’est pas non plus mé­na­gée. L’Ad­mi­nis­tra­tion Trump a pré­vu de ré­duire de près d’un mil­liard de dol­lars ses contri­bu­tions à la Banque mon­diale et aux banques ré­gio­nales de dé­ve­lop­pe­ment. Au­de­là de ces chiffres, c’est tout le fi­nan­ce­ment de la lutte contre le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, dont la banque est l’une des che­villes ou­vrières, qui est me­na­cé. Pour le mo­ment, le Fonds vert qui doit réunir 100 mil­liards de dol­lars de fi­nan­ce­ments an­nuels n’a ré­col­té que 7,5 mil­liards. Le pré­sident Jim Yong Kim ne se sent pas abat­tu pour au­tant : « J’es­père bien qu’on sor­ti­ra de ces réunions en ayant créé une pla­te­forme où vont pou­voir in­ter­ve­nir toutes sortes de par­te­naires pri­vés, en­tre­prises ou fonds de pen­sion no­tam­ment », a-t-il ex­pli­qué jeu­di.

« Le com­merce in­ter­na­tio­nal est avec l’in­no­va­tion l’un des deux mo­teurs de la pro­duc­ti­vi­té et pro­grès» du CH­RIS­TINE LA­GARDE, DI­REC­TRICE GÉ­NÉ­RALE DU FMI

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