Une conflic­tua­li­té no­cive mais en forte… baisse

Le Figaro - - ÉCONOMIE - Cé­cile Crouzel ccrou­zel@le­fi­ga­ro.fr

L’af­faire Bo­sal, pour ré­vé­la­trice soit-elle, ne doit pas être l’arbre qui cache la fo­rêt. Glo­ba­le­ment, les Fran­çais font de moins en moins grève : le nombre de jours de tra­vail per­dus a été di­vi­sé par dix en cin­quante ans. Si bien que, se­lon les der­nières don­nées du mi­nis­tère du Tra­vail, il y a eu 81 « jour­nées in­di­vi­duelles non tra­vaillées » pour 1000 sa­la­riés en 2014 - avec, comme mo­tif le plus ré­pan­du, les re­ven­di­ca­tions sa­la­riales -, un chiffre en hausse de 2 jours par rap­port à 2013 mais en net re­cul com­pa­ré à 2005 (164 jours) et 2006 (117 jours).

Le nombre de jours de grève est tom­bé à un étiage re­la­ti­ve­ment bas, ponc­tué de quelques pics les an­nées de grands mou­ve­ments so­ciaux na­tio­naux, comme en 2010 et sa dou­zaine de jour­nées de mo­bi­li­sa­tion contre la ré­forme des re­traites. Cette an­née-là, un som­met à 318 jours de tra­vail per­du

des en­tre­prises de plus de 10 sa­la­riés ont su­bi au moins une grève en 2014, contre 2,7 % en 2005 et 3,3 % en 2010

avait ain­si été at­teint. Les sta­tis­tiques de 2016, an­née mar­quée par une forte contes­ta­tion de la loi tra­vail, se­ront à cet égard in­té­res­santes.

Ce re­cul du nombre de jours de grève est lié à plu­sieurs fac­teurs. Le chô­mage de masse rend d’abord les sa­la­riés moins en­clins à pro­tes­ter. Quant aux Fran­çais en si­tua­tion pré­caire - in­té­rim, CDD -, ils sont loin d’être en po­si­tion de force pour re­ven­di­quer. S’y ajoute un phé­no­mène ma­jeur, la baisse de la syn­di­ca­li­sa­tion. En 2013, der­nier poin­tage connu, à peine 9 % des sa­la­riés du sec­teur mar­chand adhé­raient à un syn­di­cat, et 20 % des fonc­tion­naires. C’est un des taux les plus faibles d’Eu­rope. Or sans force dans les cen­trales syn­di­cales pour ma­ni­fes­ter, dif­fi­cile de me­ner une grève…

La dés­in­dus­tria­li­sa­tion a ag­gra­vé ce re­cul, les cen­trales syn­di­cales étant tra­di­tion­nel­le­ment très pré­sentes dans les usines. Tout comme le dé­ve­lop­pe­ment des PME où à l’in­verse elles sont ab­sentes. En­core au­jourd’hui, les conflits sont plus nom­breux dans l’in­dus­trie et dans les grandes en­tre­prises. Ain­si 3,3 % des en­tre­prises in­dus­trielles ont connu une grève en 2014, contre 1,7 % dans les ser­vices. Tout comme 0,5 % des so­cié­tés de 10 à 49 sa­la­riés, contre 27,5 % de celles de plus de 500 sa­la­riés.

Un cli­mat in­stable

De là à dire que le cli­mat so­cial est apai­sé en France, il n’y a qu’un pas qu’il se­rait ha­sar­deux de fran­chir… « Le dia­logue so­cial ne s’est pas consi­dé­ra­ble­ment amé­lio­ré, juge Ray­mond Sou­bie, an­cien con­seiller so­cial de Ni­co­las Sar­ko­zy à l’Ély­sée et ac­tuel pré­sident des so­cié­tés de con­seil Alixio et Tad­deo. Les quelque 36 000 ac­cords si­gnés en en­tre­prise par les syn­di­cats sont sou­vent le fruit de né­go­cia­tions pré­vues par la loi. » De nou­velles formes de pro­tes­ta­tions sont de sur­croît ap­pa­rues, comme les pé­ti­tions (1,3 % des en­tre­prises tou­chées en 2014), les ma­ni­fes­ta­tions ponc­tuelles (1,9 %). « Au ni­veau na­tio­nal, une étin­celle pour­rait mettre le feu aux poudres, car le mé­con­ten­te­ment est là », pré­vient Ray­mond Sou­bie. L’eau qui dort, mé­fiance…

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