LA MONTRE À QUANTIÈME, UN MÉ­CA­NISME ULTRASOPHISTIQUÉ POUR UNE FONC­TION SIMPLE

Sous une ap­pa­rente sim­pli­ci­té, les in­di­ca­tions ca­len­daires im­pliquent un sys­tème de rouages com­plexe. Très pri­sés, ces quan­tièmes offrent aux montres leurs lettres de no­blesse.

Le Figaro - - ET VOUS - MI­CHEL JEAN­NOT

Il pa­raît dé­sor­mais tel­le­ment na­tu­rel de voir par­tout et tout le temps les in­di­ca­tions heures, mi­nutes, jours, dates et mois sur de nom­breux ob­jets du quo­ti­dien qu’on en ou­blie­rait presque que l’af­fi­chage de ces in­for­ma­tions sur une montre mé­ca­nique est une réelle prouesse. « La com­plexi­té des ca­len­driers les plus éla­bo­rés tient avant tout à deux choses : d’une part, conce­voir un mou­ve­ment in­té­grant dans un vo­lume res­treint de nom­breux af­fi­chages et, d’autre part, lui don­ner la force et l’éner­gie né­ces­saires à dé­pla­cer de nom­breux disques et ai­guilles en même temps. C’est là toute la beau­té et la dif­fi­cul­té de ces mé­ca­nismes », ex­plique cet hor­lo­ger chez Cho­pard Ma­nu­fac­ture.

His­to­ri­que­ment, rap­pe­lons que, bien avant de comp­ter en mi­nutes et en se­condes, voire en frac­tions de se­conde, les hommes ont d’abord me­su­ré le temps en jours, en mois, en an­nées, voire en uni­tés plus im­por­tantes, et ce n’est qu’au bout d’un très long par­cours que les di­vi­sions plus fines se sont éta­blies. L’horlogerie mé­ca­nique a sui­vi le mou­ve­ment. Il y eut d’abord les hor­loges, puis les montres de poche pré­sen­tant di­verses in­di­ca­tions ca­len­daires (date, jour, mois, etc.), avant même l’ap­pa­ri­tion de l’ai­guille des mi­nutes à la fin du XVIIe siècle et de celle des se­condes à la fin du XVIIIe siècle.

Au fil du temps, le ca­len­drier per­pé­tuel - ap­pe­lé aus­si quantième per­pé­tuel ou «QP» pour les ini­tiés - s’est im­po­sé comme l’une des fonc­tions les plus utiles et a mo­bi­li­sé toute l’in­gé­nio­si­té des meilleurs hor­lo­gers, sou­cieux de ré­soudre les dé­fis po­sés par le ca­len­drier gré­go­rien. Le QP im­plique un jeu de rouages très so­phis­ti­qué qui re­con­naît non seule­ment les mois de 30 et 31 jours, mais aus­si les 28 jours de fé­vrier et le re­tour qua­drien­nal du 29 fé­vrier. Il pos­sède donc une mé­moire mé­ca­nique de 1 461 jours, un cycle qui ne né­ces­site théo­ri­que­ment au­cune in­ter­ven­tion ma­nuelle jus­qu’en 2100.

Pa­tek Phi­lippe a fait de ces mé­ca­nismes l’une de ses si­gna­tures et pro­pose dé­sor­mais une ré­fé­rence 5320 ar­bo­rant un style vin­tage. Chez Cho­pard, une édi­tion li­mi­tée L.U.C Lu­nar One de 100 exem­plaires en pla­tine ho­nore éga­le­ment cette com­pli­ca­tion. Dans un style plus contem­po­rain, Au­de­mars Pi­guet ha­bille cette an­née en­tiè­re­ment de cé­ra­mique noire sa fa­meuse Royal Oak Quantième Per­pé­tuel.

Une no­tion d’ex­clu­si­vi­té

Le quantième per­pé­tuel a ré­gu­liè­re­ment été as­so­cié à d’autres com­pli­ca­tions. Et l’ad­jonc­tion d’un chro­no­graphe a tou­jours at­ti­ré les col­lec­tion­neurs. Dans sa collection Da Vin­ci re­lif­tée, IWC pro­pose un ca­len­drier as­so­cié à un chro­no­graphe. Va­che­ron Cons­tan­tin s’ins­crit éga­le­ment dans cette li­gnée avec sa Tra­di­tion­nelle équi­pée du nou­veau mou­ve­ment 1142 QP à re­mon­tage ma­nuel. « Ce mo­dèle conci­lie deux sa­voir­faire ex­cep­tion­nels, dont Va­che­ron Cons­tan­tin s’est fait le spé­cia­liste : la me­sure des temps courts et le temps as­tro­no­mique, ré­sume Ch­ris­tian Sel­mo­ni, di­rec­teur ar­tis­tique de la ma­nu­fac­ture ge­ne­voise. En outre, l’al­liance entre ces deux com­pli­ca­tions hor­lo­gères de­meure ex­trê­me­ment rare au­jourd’hui. » Une no­tion d’ex­clu­si­vi­té qui cou­ronne aus­si l’as­so­cia­tion des in­di­ca­tions ca­len­daires avec un tour­billon, à l’ins­tar du nou­veau Tour­bo­graph Per­pé­tuel « Pour le mé­rite » si­gné A. Lange & Söhne. Le ca­libre de ma­nu­fac­ture L133.1 ani­mant cette com­pli­ca­tion ma­jeure ne compte pas moins de 684 com­po­sants.

Dans un autre re­gistre, le quantième an­nuel ne cesse de ga­gner en in­té­rêt au­près des ama­teurs de haute horlogerie. À mi-che­min entre le quantième simple et le quantième per­pé­tuel, le quantième an­nuel re­con­naît au­to­ma­ti­que­ment tous les mois de 30 et 31 jours, mais il ne tient pas compte de la du­rée du mois de fé­vrier. Il doit donc être cor­ri­gé une fois par an, le 1er mars. Pa­tek Phi­lippe a mar­qué l’his­toire de cette com­pli­ca­tion et pré­sente une nou­velle ré­fé­rence 4947 pour dame de son ca­len­drier bre­ve­té. Chez Ulysse Nar­din, la Ma­rine Annual Ca­len­der Ch­ro­no­me­ter, dé­voi­lée cette an­née, est le re­flet de la «vo­lon­té de trou­ver des so­lu­tions simples à des mé­ca­nismes com­plexes, in­siste le CEO, Pa­trik Hoff­mann. En ajou­tant seule­ment sept com­po­sants à notre mou­ve­ment chro­no­mètre pro­duit en in­terne, nous sommes par­ve­nus à réa­li­ser cette fonc­tion ex­trê­me­ment utile re­qué­rant du por­teur qu’une in­ter­ven­tion par an. »

Plu­tôt rare dans le ré­per­toire clas­sique, l’in­di­ca­tion du nu­mé­ro de la se­maine – utile avant tout pour les hommes d’af­faires et les pla­ni­fi­ca­teurs au long cours – fait des ap­pa­ri­tions ponc­tuelles sur des mo­dèles sou­vent re­mar­qués. À l’image de la nou­velle Blanc­pain Ville­ret, le se­mai­nier Grande Date avec in­di­ca­teur du jour de la se­maine et son ca­dran en émail grand feu. Un se­mai­nier dont la nu­mé­ro­ta­tion de 1 à 53 vient rap­pe­ler que cer­taines an­nées comptent 53 se­maines se­lon les ca­len­driers of­fi­ciels. Chez Oris, la der­nière Ar­te­lier Ca­libre 113 pro­pose éga­le­ment un « ca­len­drier d’af­faires» in­di­quant, outre le se­mai­nier, le jour, la date et le mois, en plus de son in­di­ca­teur de ré­serve de marche non li­néaire bre­ve­té.

En­fin, no­tons que les hor­lo­gers ne s’en tiennent pas tous ex­clu­si­ve­ment au ca­len­drier gré­go­rien. Cer­tains pro­posent aus­si – bien que plus ra­re­ment – des ca­len­driers hé­gi­riens, hé­braïques ou chi­nois. À dé­faut du ca­len­drier ré­vo­lu­tion­naire !

Car­tier

DR

1. Tour­bo­graph Per­pé­tuel « Pour le mé­rite », mou­ve­ment au­to­ma­tique, 490 000 €, A. Lange & Söhne. 2. Chro­no­mètre Ma­rine, ca­len­drier an­nuel, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 12 900 €, Ulysse Nar­din. 3. Chro­no­graphe Da Vin­ci en or rose, quantième per­pé­tuel, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 43 000 €, IWC. 4. Montre Dame en or gris et dia­mants ré­fé­rence 4947, quantième an­nuel, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 45 270 €, Pa­tek Phi­lippe. 5. Ar­te­lier Ca­libre 113, « ca­len­drier d’af­faires », mou­ve­ment à re­mon­tage ma­nuel, 5 900 €, Oris. 6. Chro­no­graphe Con­quest Clas­sic, Edi­tion Cham­pion­ships St. Mo­ritz 2017, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 2 980€, Lon­gines. 7. Chro­no­graphe Tra­di­tion­nelle en or rose, quantième per­pé­tuel, mou­ve­ment à re­mon­tage ma­nuel, 120 000 €, Va­che­ron Cons­tan­tin. 8. Ma­rine Equa­tion Mar­chante 5887 en pla­tine, quantième per­pé­tuel, tour­billon, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 224 500 €, Bre­guet. 9. Royal Oak Quantième Per­pé­tuel en cé­ra­mique, mou­ve­ment au­to­ma­tique, 92 600 €, Au­de­mars Pi­guet. 5

8

3

2

1

6

9

7

4

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.