Lau­rence Equil­bey donne le « la »

La chef d’or­chestre inau­gure de­main l’au­di­to­rium de la Seine Mu­si­cale, sur l’île Seguin, dont elle as­su­re­ra en par­tie la pro­gram­ma­tion.

Le Figaro - - CULTURE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR THIER­RY HILLÉRITEAU

Fon­da­trice d’In­su­la Or­ches­tra ou du choeur de chambre Ac­cen­tus, la mu­si­cienne est l’une des fi­gures phares du pay­sage cultu­rel fran­çais. Elle se­ra l’une des têtes pen­santes du nou­veau com­plexe mu­si­cal qui s’ouvre ce week-end sur l’île Seguin, à Bou­logne-Billan­court, où son en­semble est en ré­si­dence.

LE FI­GA­RO. - Comment vous êtes-vous re­trou­vée dans La Seine mu­si­cale ? Lau­rence EQUIL­BEY. – Le dé­sir des Hauts-de-Seine d’in­ves­tir l’an­cien site des usines Re­nault n’est pas nou­veau. Quand le pro­jet de Seine Mu­si­cale a com­men­cé à se des­si­ner, avec une grande salle dé­diée à la pop et un au­di­to­rium clas­sique, j’ai pro­po­sé à Pa­trick De­ved­jian un or­chestre qui pour­rait être en ré­si­dence dans cet équi­pe­ment. C’est ain­si qu’est né In­su­la Or­ches­tra, en 2012. Le temps pour nouer une re­la­tion de confiance avec le dé­par­te­ment et le pu­blic. Et dé­cro­cher notre bla­son à l’échelle in­ter­na­tio­nale.

Un or­chestre sur ins­tru­ments d’époque, dé­dié au clas­sique et au pré­ro­man­tique. Com­plé­men­taire de l’offre exis­tante ? Un or­chestre qui cor­res­pond au pro­jet ar­tis­tique ma­tri­ciel qui est le mien, de­puis mes études à Vienne.

Ce que vient rap­pe­ler votre der­nier disque Mo­zart, le pre­mier chez Éra­to ? Les deux oeuvres qui y fi­gurent, les Vêpres so­len­nelles d’un confes­seur et la Messe du Cou­ron­ne­ment, font par­tie des pre­mières oeuvres que j’avais en­re­gis­trées sous la di­rec­tion de Ni­ko­laus Har­non­court. C’est émou­vant que cette sor­tie, qui me rap­pelle à mes fon­da­men­taux, ait lieu au­jourd’hui, alors que La Seine Mu­si­cale me per­met­tra d’écrire un nou­veau cha­pitre.

En quoi cette ré­si­dence est-elle un nou­veau cha­pitre ? Ce bâ­ti­ment est un ou­til fa­bu­leux. Tant au ni­veau acous­tique qu’à tra­vers la li­ber­té qu’offre son mo­dèle éco­no­mique de par­te­na­riat pu­blic-pri­vé. Le pre­mier en France pour un tel équi­pe­ment cultu­rel. En tant qu’en­semble ré­sident, nous au­rons en charge la pro­gram­ma­tion de près d’une moi­tié des concerts à l’au­di­to­rium sym­pho­nique. Une qua­ran­taine de dates, sur la cen­taine que cette salle de 1150 places de­vrait ac­cueillir à l’an­née. Le reste étant as­su­ré par les autres ré­si­dents, la Maî­trise des Hauts-de-Seine et l’Aca­dé­mie de Phi­lippe Ja­rouss­ky, et la so­cié­té pri­vée STS Évé­ne­ments, dé­te­nue par TF1 et So­dexo. Nous vou­lons sai­sir cette chance pour pro­po­ser quelque chose de dif­fé­rent. In­no­ver, tant dans les pro­po­si­tions artistiques que pé­da­go­giques.

À quels types d’in­no­va­tions pen­sez-vous ? Nous comp­tons tra­vailler sur la dra­ma­tur­gie des concerts, et mettre à pro­fit les pos­si­bi­li­tés de la salle, qui dis­pose d’une fosse es­ca­mo­table. Ex­pé­ri­men­ter, en mi­sant sur le croi­se­ment entre les dis­ci­plines ou les nou­velles tech­no­lo­gies, telles que la vi­déo ou en­core le map­ping. Les concerts d’inau­gu­ra­tion de ce week-end, mis en scène et en lu­mières par Oli­vier Fredj et Su­per­bien, don­ne­ront le ton. C’est le tra­vail que nous réa­li­sons avec La Fu­ra dels Baus sur La Créa­tion de Haydn, ou avec la ci­néaste Pas­cale Fer­ran lors de notre fes­ti­val Mo­zart Maxi­mum. Cô­té pé­da­go­gie, nous met­tons l’ac­cent sur les jeunes de 17 à 26 ans.

Quelle forme pren­dra ce pro­jet ? Une forme plu­rielle. D’abord celle d’un club, l’In­su­lab, lan­cé en jan­vier. Il s’adresse à tous: des étu­diants en mu­sique qui au­ront l’op­por­tu­ni­té de tra­vailler avec une par­tie de l’équipe, par exemple en as­su­rant eux-mêmes la pro­gram­ma­tion de cer­tains week-ends. Mais aus­si des jeunes dé­si­reux d’une autre ap­proche du clas­sique. Ils au­ront ac­cès aux gé­né­rales, comme à des évé­ne­ments sur me­sure: des «be­fore» ou des « af­ter » mu­si­caux dans le Hall.

Sur les qua­rante concerts que vous pro­gram­me­rez, tous ne se­ront pas as­su­rés par In­su­la… Tout l’in­té­rêt est d’in­vi­ter d’autres en­sembles. Je veux en pro­fi­ter pour faire dé­cou­vrir de jeunes en­sembles fran­çais ou des en­sembles eu­ro­péens mé­con­nus

“Nous vou­lons sai­sir cette chance pour pro­po­ser quelque chose de dif­fé­rent ” LAU­RENCE EQUIL­BEY

chez nous. Mais aus­si ac­cor­der une large place aux femmes, aux­quelles je vou­drais dé­dier au moins 30% de la pro­gram­ma­tion. Et faire ve­nir des chefs telles Su­san­na Mälk­ki ou Na­tha­lie Stutz­mann.

Vous pro­po­sez des « îlots » (week-ends à thème). Ne ris­quez-vous pas de dou­blon­ner avec la Phil­har­mo­nie ? Je dis­cute beau­coup avec Laurent Bayle, dont j’ai tou­jours été proche. Nous fai­sons bien sûr at­ten­tion aux ex­clu­si­vi­tés. In­su­la Or­ches­tra ne joue plus à la Phil­har­mo­nie, mais j’y re­tour­ne­rai en tant que chef in­vi­tée. Pour le reste, je nous vois plu­tôt « am­plia­tifs » : nous aug­men­tons la ca­pa­ci­té d’in­no­va­tion et de ré­in­ven­tion du con­cert clas­sique dans la ca­pi­tale.

Concerts d’inau­gu­ra­tion à l’au­di­to­rium, le 22 avril à 20 heures et le 23 à 16 heures. Toute la sai­son sur www.la­sei­ne­mu­si­cale.com

J.-B. MI­GNOT

« Ce bâ­ti­ment est un ou­til fa­bu­leux. Tant au ni­veau acous­tique qu’à tra­vers la li­ber­té qu’offre son mo­dèle éco­no­mique de par­te­na­riat pu­blic-pri­vé. Le pre­mier en France pour un tel équi­pe­ment cultu­rel », ex­plique Lau­rence Equil­bey.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.