Mau­bous­sin re­noue avec le « made in France »

Après plu­sieurs an­nées de pro­duc­tion en Asie, le joaillier ra­pa­trie pro­gres­si­ve­ment dans l’Hexa­gone la fa­bri­ca­tion de ses bi­joux.

Le Figaro - - STYLE - ÉLODIE BAËRD ebaerd@le­fi­ga­ro.fr

Ils sont une dou­zaine, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, à tra­vailler à l’éta­bli dans cet ate­lier in­dé­pen­dant de la rue Danielle-Ca­sa­no­va à Pa­ris, re­pris par trois as­so­ciés en 2012. Ces ar­ti­sans joailliers re­çoivent chaque jour des fontes, c’est-à-dire les bi­joux en or qui sortent de leurs moules, réa­li­sés par un autre fa­bri­cant. Ils les re­prennent alors à la main pour saillir les angles, gom­mer les im­per­fec­tions, lis­ser le mé­tal, afin de lui don­ner la forme idéale. Ils al­ternent entre ou­tils tra­di­tion­nels et ap­pa­reils mo­dernes, comme cette ma­chine de sou­dure la­ser qui per­met, par exemple, de com­bler les mi­cro­trous. Ce jour-là, ils tra­vaillent sur des bagues Mau­bous­sin, no­tam­ment le mo­dèle Pre­mier Jour, qui se vend comme des pe­tits pains en bou­tique. « Nous avons pro­duit, chez nous, dix mille exem­plaires de cette bague de­puis son lan­ce­ment, il y a trois ans », affirme l’une des as­so­ciés de GMS Ate­lier.

Ces der­nières an­nées, sans s’en ca­cher, Mau­bous­sin pro­dui­sait une grande par­tie de ses col­lec­tions en Asie, no­tam­ment en Thaï­lande et en Inde. Au­jourd’hui, le joaillier de la rue de la Paix - ins­tal­lé place Ven­dôme jus­qu’à fin 2014 et ra­che­té à la fa­mille Mau­bous­sin par l’en­tre­pre­neur Do­mi­nique Fré­mont en 2002 - a dé­ci­dé de re­ve­nir à une fa­bri­ca­tion fran­çaise. «Cette nou­velle stra­té­gie s’ap­puie sur notre chiffre d’af­faires au­jourd’hui réa­li­sé à 70-75 % en France, confie Alain Né­marq, pré­sident-di­rec­teur gé­né­ral de la marque, qui compte dans l’Hexa­gone une soixan­taine de bou­tiques en propre et 176 dé­taillants mul­ti­marques. Nous avons donc in­té­rêt à avoir des sites de pro­duc­tion à proxi­mi­té, ce­la re­pré­sente un gain de temps, de flexi­bi­li­té, sans comp­ter que les clients sont très friands du “made in France”, ici comme à l’étran­ger. Ce que nous per­dons sur le dif­fé­ren­tiel de coûts entre l’Asie et ici, nous le ré­cu­pé­rons pour moi­tié sur la sim­pli­fi­ca­tion de la chaîne de pro­duc­tion et une ges­tion des stocks beau­coup plus souple. » Et en aug­men­tant lé­gè­re­ment les prix.

Un contexte dif­fi­cile fa­vo­rable

Une di­zaine d’en­tre­prises fran­çaises tra­vaillent donc dé­sor­mais pour Mau­bous­sin. De tailles di­verses (de l’ate­lier de douze ar­ti­sans à la grande uni­té d’une cen­taine de sa­la­riés), elles se si­tuent à Pa­ris et en pro­vince (Lyon, Stras­bourg, Be­san­çon et Mar­seille, entre autres). «Nous leur li­vrons en­vi­ron un mil­lier de pièces par mois, prin­ci­pa­le­ment des al­liances et des an­neaux em- pier­rés, et nous avons d’autres pro­jets en cours, confirme De­nis De Be­cker, di­rec­teur gé­né­ral d’Orest Group, un des lea­ders fran­çais du bi­jou bri­dal ins­tal­lé à Be­san­çon, qui tra­vaille pour la ma­jo­ri­té des joailliers de la place Ven­dôme. C’est une sa­tis­fac­tion pour notre pro­fes­sion que des marques comme Mau­bous­sin com­mu­niquent sur le “made in France”. Si on ad­di­tionne le prix des ma­tières pre­mières, or et dia­mants, à ce­lui de la fa­çon, le coût glo­bal du bi­jou n’af­fiche pas une dif­fé­rence énorme avec ce­lui d’une pièce pro­duite en Asie. »

Ce ra­pa­trie­ment a été en­tre­pris, il y a un an en­vi­ron, lorsque la marque a étof­fé son offre ma­riage avec de nom­breux mo­dèles d’al­liance et de so­li­taire. Le rythme s’est en­suite ac­cé­lé­ré avec les autres col­lec­tions. «L’ob­jec­tif est de re­lo­ca­li­ser 100% de la pro­duc­tion d’ici au 1er jan­vier 2018, et il n’y a pas d’obs­tacles tech­niques à ce­la, conti­nue Alain Né­marq. Le contexte éco­no­mique est dif­fi­cile, ces ate­liers ont moins de tra­vail qu’avant et c’est une op­por­tu­ni­té pour nous. Ce­la nous per­met de tra­vailler avec eux, ce qui n’était pas pos­sible il y a en­core peu de temps, car au­cun fa­bri­cant n’était prêt à faire confiance à un in­dé­pen­dant comme nous. »

MAU­BOUS­SIN

À l’ins­tar de GMS Ate­lier à Pa­ris (ci-des­sus), une di­zaine d’en­tre­prises fran­çaises tra­vaillent pour Mau­bous­sin. À droite : bague Étoiles Di­vines, en or blanc et dia­mants, 1 990 €, et an­neau Le Pre­mier Jour, en or blanc, 940 €.

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