Père et fille, mode d’em­ploi

Té­lé­film al­le­mand plein d’hu­mour, « Un mou­ton nom­mé El­vis » ra­conte les aven­tures tendres et poé­tiques d’un chan­teur ra­té qui se dé­couvre père d’une fillette de 12 ans.

Le Figaro - - TÉLÉVISION - BLAISE DE CHABALIER bde­cha­ba­lier@le­fi­ga­ro.fr

C’est sous le signe de l’émotion et de l’hu­mour qu’est pla­cé le té­lé­film al­le­mand Un mou­ton nom­mé El­vis, dif­fu­sé ce ven­dre­di sur Arte. Cette fic­tion réa­li­sée par l’Au­tri­chien Jo­hannes Fa­brick montre qu’à par­tir d’un su­jet a prio­ri sé­rieux et dé­li­cat : la dé­cou­verte par un homme de 40 ans qu’il est le père d’une fillette de 12 ans, il est pos­sible faire preuve d’une grande ori­gi­na­li­té. Toute la force du film est de mê­ler avec bon­heur réa­lisme et poé­sie, jus­tesse psy­cho­lo­gique et fan­tai­sie à la li­mite de la farce.

Tout sur­prend dans ce té­lé­film qui prend le té­lé­spec­ta­teur par la main pour l’en­traî­ner dans une aven­ture aus­si folle qu’im­pro­bable… Le titre, dé­jà, a de quoi déso­rien­ter. Il fait ré­fé­rence à un chan­teur qui vi­vote à Ham­bourg en imi­tant El­vis dans les mai­sons de re­traite et qui, donc, ap­prend un beau jour, par un coup de té­lé­phone d’une an­cienne de ses conquêtes, qu’il est le père d’une pe­tite Mai (la jeune So­fia Bo­lo­ti­na est épa­tante). Quant au mou­ton, il ren­voie à un pe­tit bou­lot que vient d’ac­cep­ter cet homme, Ja­kob (joué avec brio par Wo­tan Wilke Möh­ring). Ja­kob doit en ef­fet trans­por­ter, dans une four­gon­nette brin­gue­ba­lante de fonc­tion, un bé­lier ca­rac­té­riel, ré­cal­ci­trant à tout autre moyen de trans­port, d’Al­le­magne jus­qu’en Suède !

C’est dans ce contexte pour le moins in­ha­bi­tuel que la pe­tite Mai, 12 ans, dé­barque dans la vie de l’ar­tiste mar­gi­nal. L’en­fant en veut à sa ma­man, Ju­lia (Ju­lia Ko­schitz), une chan­teuse ly­rique re­con­nue, qui jus­qu’ici l’éle­vait seule, de vou­loir se ma­rier. Voi­là pour­quoi elle lui de­mande de ren­con­trer en­fin son père, pour éven­tuel­le­ment, après un es­sai, s’ins­tal­ler chez lui. Ain­si, quand la ga­mine dé­barque à l’aé­ro­port de Ham­bourg en pro­ve­nance de Mu­nich pour une se­maine, Ja­kob dé­cide d’em­me­ner la fillette avec lui et le mou­ton…

Le film prend alors la forme d’un road mo­vie at­ta­chant. Au fil des ki­lo­mètres par­cou­rus à tra­vers des pay­sages sou­vent gran­dioses du nord de l’Eu­rope, père et fille s’ap­pri­voisent. Len­te­ment mais sû­re­ment. Et l’hu­mour est om­ni­pré­sent. Par exemple quand le bé­lier re­fuse de grim­per dans la ca­mion­nette et que seul un disque de Ja­kob, glis­sé dans l’au­to­ra­dio par Mai, le calme et le convainc de mon­ter à bord…

Conte mo­derne

Entre le chan­teur ra­té sans le sou et la pe­tite fille riche qui voyage avec son vio­lon­celle, les heurts faits d’in­com­pré­hen­sions sont nom­breux. Fi­na­le­ment, par pe­tites touches, ce sont deux êtres en­fer­més dans leur so­li­tude qui ap­pa­raissent. Ja­kob le mar­gi­nal im­ma­ture et Mai la fillette trop gâ­tée, un brin ca­pri­cieuse, étaient faits pour se ren­con­trer. Comme si cha­cun d’eux avait be­soin de l’autre pour gran­dir.

Avec dé­li­ca­tesse, l’émotion est au ren­dez-vous. Elle jaillit avec sim­pli­ci­té au coeur d’une nar­ra­tion qui fait la part belle à la fan­tai­sie. La fraî­cheur est là aus­si, en­ve­lop­pée d’une poé­sie qui fait pen­ser au film de Per­cy Ad­lon de 1987, Bag­dad Ca­fé.

Pris dans un tour­billon de sen­ti­ments, le té­lé­spec­ta­teur est sé­duit par ce conte mo­derne dans le­quel les souf­frances hu­maines, celles de l’en­fance en par­ti­cu­lier, sont évo­quées avec lu­ci­di­té mais aus­si beau­coup d’es­poir.

Mai (So­fia Bo­lo­ti­na) en­tre­prend, avec son père Ja­kob (Wo­tan Wilke Möh­ring) et un mou­ton, un voyage vers la Suède.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.