Une dan­ge­reuse « ma­chine »

Le Figaro - - LA UNE - Par Ar­naud de La Grange ade­la­grange@le­fi­ga­ro.fr

À Do­nald Trump, tout était per­mis. On se sou­vient de ses mots bra­vaches. Il au­rait pu se po­ser au mi­lieu de la Ve Ave­nue et ti­rer sur quel­qu’un, sans perdre un élec­teur. Long­temps, cette in­vul­né­ra­bi­li­té fut réelle, presque ma­gique. Elle a peut-être ces­sé. Cette se­maine, la tem­pête qui souffle sur la pré­si­dence Trump est de­ve­nue ou­ra­gan. Le Tout-Wa­shing­ton glose sur la santé men­tale de l’hôte de la Mai­son-Blanche et bruisse d’une pos­sible « des­ti­tu­tion ». Deux mots ont dé­to­né dans le ciel de la ca­pi­tale amé­ri­caine. «Pro­cu­reur spé­cial», une ap­pel­la­tion qui ren­voie à des heures dra­ma­tiques, au Wa­ter­gate et à la chute de Nixon en pre­mier lieu. La no­mi­na­tion d’un an­cien di­rec­teur du FBI pour en­quê­ter sur les liens de l’équipe de cam­pagne de Trump avec la Rus­sie est sans doute un évé­ne­ment ma­jeur. Une ma­chine se met en route, et l’His­toire a mon­tré qu’elle fi­nis­sait par trou­ver même ce qu’elle ne cher­chait pas. Jus­qu’ici, le flot de cri­tiques avait sa­pé l’image du pré­sident amé­ri­cain, fait dou­ter de sa com­pé­tence, de sa ca­pa­ci­té à gou­ver­ner la su­per­puis­sance. Mais les der­nières ré­vé­la­tions sont po­ten­tiel­le­ment bien plus dé­vas­ta­trices. Se­lon ce qui sor­ti­ra du dé­cryp­tage de ses re­la­tions avec James Co­mey - le pa­tron du FBI dé­bar­qué -, Trump pour­rait être ac­cu­sé d’obs­truc­tion à la jus­tice. Au-de­là des en­quêtes, les clés du com­bat se si­tuent tou­te­fois sur le ter­rain po­li­tique. Le Congrès se­ra le champ où la ba­taille se joue­ra. Tant que Trump tien­dra sa ma­jo­ri­té, rien ne pour­ra rien lui ar­ri­ver de très fâ­cheux. Mais s’il « perd » le Par­ti ré­pu­bli­cain, tout alors se­ra pos­sible. Y com­pris sa chute. D’ores et dé­jà, le ré­sul­tat est ca­la­mi­teux, avec un pré­sident fra­gi­li­sé et em­pê­tré quatre pe­tits mois près l’in­ves­ti­ture. Trump semble seule­ment prendre conscience de la me­nace. Il dé­nonce la « plus grande chasse aux sorcières de l’his­toire des États-Unis». Certes, les gros ba­taillons de la presse et l’es­ta­blish­ment ont ju­ré sa perte et ne laissent rien pas­ser. Mais le pré­sident amé­ri­cain ou­blie vite qu’il a gran­de­ment contri­bué à faire sor­tir les dé­mons de la boîte. ■

Sur la pré­si­dence Trump, la tem­pête est de­ve­nue ou­ra­gan

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