Au Sa­hel, Ma­cron veut en­rô­ler les Eu­ro­péens contre Daech

Le chef de l’État ré­clame une plus grande im­pli­ca­tion des al­liés eu­ro­péens de la France dans la lutte an­ti­ter­ro­riste.

Le Figaro - - LA UNE - TAN­GUY BERTHEMET tber­the­met@le­fi­ga­ro.fr EN­VOYÉ SPÉ­CIAL À GAO

Cinq jours après son in­ves­ti­ture, Em­ma­nuel Ma­cron a confir­mé, lors d’une vi­site au Ma­li, l’en­ga­ge­ment mi­li­taire de la France au Sa­hel. Le re­gain de vio­lences né­ces­site se­lon lui une ac­cé­lé­ra­tion de la sé­cu­ri­sa­tion des ter­ri­toires face aux dji­ha­distes. Le pré­sident fran­çais veut im­pli­quer da­van­tage l’Al­le­magne et les Eu­ro­péens aux cô­tés de Pa­ris.

DÉ­FENSE Il a re­pris son pas calme, presque lent, pour pas­ser les troupes en re­vue, ali­gnées sur le bé­ton brû­lant de la base de Gao, au Ma­li. Em­ma­nuel Ma­cron, ac­cueilli par son ho­mo­logue ma­lien Ibra­him Bou­ba­car Keï­ta, n’en­tend pas pour au­tant mon­trer qu’il ne pres­se­ra pas les choses. Au contraire. La vi­site ef­fec­tuée était certes avant tout, comme le pré­sident l’a sou­li­gné, « une fa­çon de rendre hom­mage aux troupes» qui se battent dans le Sa­hel et d’« ho­no­rer une pro­messe faire pen­dant la cam­pagne ». Une ma­nière aus­si sans doute d’af­fir­mer son sta­tut de chef des ar­mées, lui qui a tout juste l’âge d’être un lieu­te­nant-co­lo­nel.

Mais le nou­veau pré­sident veut aus­si pro­fi­ter de l’oc­ca­sion pour re­lan­cer «Bar­khane», la plus grande opé­ra­tion fran­çaise avec 4200 hommes dé­ployés dans le Sa­hel. Du­rant sa cam­pagne, il a avoué «craindre un en­li­se­ment» et plu­sieurs spé­cia­listes de la ré­gion re­doutent eux aus­si de voir la France s’en­gluer dans les sables ma­liens. Le chef de l’État ne désen­ga­ge­ra néan­moins pas les troupes. «La France conti­nue­ra à être en­ga­gée. La dé­ter­mi­na­tion à être aux cô­tés (des Ma­liens) est com­plète», a-t-il pré­ci­sé. « Les en­jeux de sé­cu­ri­té au Ma­li sont aus­si ceux de l’Al­le­magne et de l’Eu­rope. »

Reste que « Bar­khane », lan­cée en août 2014 à la suite de la cam­pagne an­tid­ji­ha­distes « Ser­val », ren­contre des dif­fi­cul­tés gran­dis­santes. Dans plu­sieurs rap­ports, les ONG, no­tam­ment Hu­man Rights Watch (HRW) et la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale des droits de l’homme (FIDH), ont mis en lu­mière un re­tour des vio­lences contre les ci­vils de la part de groupes ter­ro­ristes. Plus gê­nant, l’épi­centre du conflit, long­temps cen­tré sur l’ex­trême nord du pays, s’est dé­pla­cé vers le centre, dans la ré­gion de Mop­ti, long­temps épar­gnée. Le Front de li­bé­ra­tion du Ma­ci­na, lié à al-Qai­da au Magh­reb is­la­mique (Aq­mi), y contrôle de vastes zones. «De­puis le mois de jan­vier, des vio­lences at­ti­sées par des ten­sions eth­niques ex­plo­sives se sont propagées à tra­vers la ré­gion cen­trale du Ma­li, fai­sant des di­zaines de morts», af­firme HRW. Les pertes en­re­gis­trées par la France, 19 morts, les Casques bleus de l’ONU, qui dé­plorent plus de 70 dé­cès, et sur­tout les Forces ar­mées ma­liennes (Fa­ma) prou- vent éga­le­ment la per­ma­nence de la me­nace dji­ha­diste.

«Les ter­ro­ristes s’or­ga­nisent et se re­groupent », a re­con­nu Em­ma­nuel Ma­cron. Pour en­tra­ver cette spi­rale, le pré­sident veut « ac­cé­lé­rer » sur plu­sieurs su­jets. D’abord sur l’ap­pli­ca­tion « in­té­grale, ra­pide et co­hé­rente» des ac­cords de paix d’Al­ger. Si­gné il y a plus de deux ans, le texte, cen­sé mettre un terme au conflit né en 2013, tarde à se concré­ti­ser. Ces der­niers mois, quelques pas ont per­mis des avan­cées, comme la mise en place de pa­trouilles com­munes entre l’ar­mée ma­lienne et les an­ciens groupes rebelles ou le dé­ploie­ment d’au­to­ri­tés in­té­ri­maires dans les ré­gions. Mais ce­la au­rait dû être fait dès les trois pre­miers mois.

Lors d’un tête-à-tête, les pré­si­dents fran­çais et ma­lien ont évo­qué les pistes pour sor­tir cet ac­cord de l’or­nière. Les Ma­liens n’ignorent pas l’aga­ce­ment fran­çais de­vant les len­teurs. «Nos nuits sont han­tées par ceux qui mènent le ter­ro­risme. Même les na­tions les plus puis­santes peinent à lut­ter (…). Il ne faut pas conclure que l’on ne fait rien contre le ter­ro­risme », a in­sis­té Ibra­him Bou­ba­car Keï­ta, dans un dis­cours aux ac­cents de plai­doyer pro do­mo. Si au­cune an­nonce n’a été faite, Pa­ris et les par­te­naires du Ma­li sou­hai­te­raient voir la ré­forme consti­tu­tion­nelle - in­dis­pen­sable pour l’ac­cord l’Al­ger - en­ga­gée dès l’été. Mais le pré­sident ma­lien, qui sait son opi­nion peu fa­vo­rable et doit af­fron­ter une élec­tion pré­si­den­tielle l’an pro­chain, reste ré­ti­cent. Pour pa­rer au plus pres­sé, les troupes fran­çaises, qui n’opé­raient que dans l’ex­trême Nord, ont com­men­cé à se dé­ployer dans la boucle du fleuve Ni­ger. Plu­sieurs opé­ra­tions ont été conduites ces der­nières se­maines aux fron­tières du Bur­ki­na Fa­so et du Ni­ger.

L’autre axe pour « ac­cé­lé­rer » consiste à « plus im­pli­quer » les Eu­ro­péens dans la guerre sa­hé­lienne. Pa­ris n’ignore pas que les ar­mées eu­ro­péennes ne s’en­ga­ge­ront pas dans les com­bats pro­pre­ment dits. « Ils peuvent ap­por­ter un ap­pui, sou­ligne Em­ma­nuel Ma­cron. En clair, nous fai­sons ce qui est pu­re­ment mi­li­taire et eux s’oc­cupent des mis­sions de développement.» Mé­fiants, les Eu­ro­péens com­mencent à ré­pondre pré­sent, plus pour des rai­sons liées à la lutte contre la mi­gra­tion que contre le ter­ro­risme. Un mil­lier de sol­dats al­le­mands sont au sein de la mis­sion de l’ONU, pour l’es­sen­tiel à Gao.

“La France conti­nue­ra à être en­ga­gée. La dé­ter­mi­na­tion à être aux cô­tés (des Ma­liens) est com­plète ”

EM­MA­NUEL MA­CRON

Em­ma­nuel Ma­cron, ac­com­pa­gné par le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Jean-Yves Le Drian, ar­rive sur la base mi­li­taire de Gao pour ren­con­trer les sol­dats de l’opé­ra­tion « Bar­khane ».

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