Le sys­tème de santé fran­çais, 15e d’un pal­ma­rès mon­dial

La qua­li­té des soins s’amé­liore à l’échelle de la pla­nète, mais les pays les plus pauvres pro­gressent moins vite que les autres.

Le Figaro - - LA UNE - PAU­LINE FRÉOUR @P_­freour

SANTÉ PU­BLIQUE Le pro­jet, co­los­sal, a né­ces­si­té la col­la­bo­ra­tion de plus de 2 000 cher­cheurs à tra­vers le monde. Pour la pre­mière fois, pas moins de 168 pays ont été ju­gés sur l’ac­ces­si­bi­li­té et la qua­li­té des soins entre 1990 et 2015.

Le bi­lan est plu­tôt po­si­tif : la tendance gé­né­rale est à l’amé­lio­ra­tion des sys­tèmes de santé, conclut l’étude pa­rue hier dans la re­vue bri­tan­nique The Lan­cet. La tendance n’est mal­heu­reu­se­ment pas ho­mo­gène et l’écart entre le haut et le bas du clas­se­ment tend à se creu­ser, pré­cisent les au­teurs, qui ont tra­vaillé sous l’égide de l’Ins­ti­tute for Health Me­trics Eva­lua­tion, fi­nan­cé par la Fon­da­tion Bill et Me­lin­da Gates.

En 2015, les meilleures places sont oc­cu­pées par des pays eu­ro­péens (Andorre, Is­lande, Suisse, Suède), quand la queue du pe­lo­ton est es­sen­tiel­le­ment com­po­sée de pays afri­cains (Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine, Af­gha­nis­tan, So­ma­lie, Gui­néeBis­sau). Les plus belles pro­gres­sions sont at­tri­buées à la Chine, à la Tur­quie, à la Co­rée du Sud ou au Pé­rou.

La France se si­tue pour sa part à la 15e place, entre l’Au­triche et la Bel­gique. Une po­si­tion «à la­quelle on pou­vait s’at­tendre compte te­nu de son ni­veau de ri­chesse », ana­lyse Fran­çois Al­la, pro­fes­seur de santé pu­blique à l’uni­ver­si­té de Lor­raine et co­au­teur de l’étude.

Les cher­cheurs ont pris en compte la mor­ta­li­té ob­ser­vée dans 32 pa­tho­lo­gies choi­sies parce que le dé­cès peut en théo­rie être évi­té grâce à une prise en charge mé­di­cale ra­pide (tu­ber­cu­lose, diph­té­rie, co­que­luche, ap­pen­di­cite…). « La mé­thode est per­ti­nente car elle consiste à ju­ger la qua­li­té d’un sys­tème de santé sur le ré­sul­tat qui in­té­resse le plus les usa­gers, la mor­ta­li­té », com­mente Fran­çois Al­la.

Les États-Unis à la 35e place

La per­for­mance na­tio­nale in­di­vi­duelle est par ailleurs éva­luée à l’aune du développement so­cio­dé­mo­gra­phique (ri­chesse na­tio­nale, taux de fer­ti­li­té, ni­veau d’édu­ca­tion de la po­pu­la­tion…). Les cher­cheurs l’ont uti­li­sé pour cal­cu­ler les per­for­ma­nand ces que chaque pays est cen­sé at­teindre. Ain­si, en 1990, la France était en lé­ger re­trait (-5 points sur une échelle de 100) par rap­port à ce que l’on était en droit d’at­tendre, mais le re­tard a été com­blé en 2015, an­née où ses per­for­mances dé­pas­saient les pré­vi­sions.

Une dy­na­mique qui ne va pas de soi dans tous les pays dé­ve­lop­pés. Ain­si, les États-Unis ne sont que 35e dans le clas­se­ment. « Une honte, sur­tout quand on consi­dère que le pays dé­pense plus de 9000 dol­lars par an par ha­bi­tant, soit plus qu’au­cun autre pays », com­mente le Pr Christopher Mur­ray, prin­ci­pal au­teur de l’étude. En cause : une forte in­éga­li­té d’ac­cès aux soins. En 2015, le pays ac­cuse 10 points de re­tard sur les per­for­mances aux­quelles il pour­rait pré­tendre. Les ré­sul­tats mettent aus­si en lu­mière des le­viers d’amé­lio­ra­tion pour chaque pays. Ain­si la France peut se van­ter d’un « bon sys­tème de santé, d’un ac­cès éga­li­taire aux soins et d’un bon ac­cès aux thé­ra­peu­tiques in­no­vantes », se­lon le Pr Al­la, mais fait fi­gure de mau­vais élève quand on se penche sur les risques liés aux soins (ma­la­dies no­so­co­miales, ef­fets se­con­daires des mé­di­ca­ments…). « Des mil­liers de morts pour­raient être évi­tées chaque an­née en s’at­te­lant à amé­lio­rer l’or­ga­ni­sa­tion des soins, la for­ma­tion des soi­gnants, l’ob­ser­vance des pa­tients, les pres­crip­tions mé­di­cales, constate le spé­cia­liste. Il y a là un vrai en­jeu qui de­vrait de­ve­nir une prio­ri­té du mi­nis­tère de la Santé. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.