Après son mea culpa, les dé­fis de Ma­rine Le Pen

Le Figaro - - POLITIQUE - PAR GUILLAUME TABARD £@gta­bard

On a beau cher­cher, on ne re­trouve qu’un pré­cé­dent… en oc­tobre 1985 ! De­puis Laurent Fa­bius, alors pre­mier mi­nistre, qui s’était mon­tré ar­ro­gant avec Jacques Chi­rac, ja­mais res­pon­sable po­li­tique fran­çais n’avait re­con­nu aus­si ex­pli­ci­te­ment avoir « ra­té » un dé­bat té­lé­vi­sé. Ma­rine Le Pen l’a fait, jeu­di soir, sur TF1. Sans tour­ner au­tour du pot. Une telle fran­chise est mé­ri­toire. Sur­tout de la part de la pré­si­dente d’un par­ti qui n’a pas gran­di dans la culture de l’in­tros­pec­tion ou de l’au­to­cri­tique.

Cette re­mise en cause était obli­ga­toire pour la fi­na­liste de la pré­si­den­tielle. Car pour une fois ce ne sont pas ses ad­ver­saires qui la dé­noncent ou la com­battent ; ce sont ses propres élec­teurs qui doutent ou la cri­tiquent. Pour le FN c’est un tour­nant ; pour elle c’est in­quié­tant. Pen­dant long­temps, af­fi­cher ses ré­serves sur la ligne, la stra­té­gie et, a for­tio­ri, la per­son­na­li­té du lea­der, c’était af­fai­blir un com­bat po­li­tique dé­jà dif­fi­cile à me­ner. C’est aus­si une des consé­quences de la « dé­dia­bo­li­sa­tion » du FN ; de sa nor­ma­li­sa­tion : comme dans tous les par­tis, il n’y a plus de ta­bous. Et c’est la ran­çon du tra­vail ac­com­pli avec suc­cès par Ma­rine Le Pen pen­dant près de dix ans : elle avait fi­ni par convaincre ses mi­li­tants et ses élec­teurs que la vic­toire était pos­sible. Que le fa­meux « plafond de verre » n’était qu’une in­ven­tion de leurs en­ne­mis. Avec ce dé­bat « ra­té », avec ce ton trop « abrupt », elle a fait la démonstration que les freins n’étaient pas uni­que­ment ex­té­rieurs mais aus­si in­té­rieurs au FN.

Faire comme si de rien n’était au­rait été la si­gna­ture d’un dé­ni ou d’une im­puis­sance qui, pour le coup, au­rait pu être fa­tal à ses am­bi­tions. D’où la né­ces­si­té de mon­trer qu’elle était prête à ti­rer les le­çons de son échec. Sur TF1, Ma­rine Le Pen l’a fait de trois ma­nières : sur la forme, avec ce mea culpa sur son at­ti­tude pen­dant le dé­bat face à Em­ma­nuel Ma­cron ; sur le fond, avec la re­con­nais­sance que son dis­cours sur l’eu­ro avait « in­quié­té les Fran­çais » ; sur la stra­té­gie po­li­tique en­fin, en ne fer­mant pas la porte à des dis­cus­sions avec des élus ou di­ri­geants des Ré­pu­bli­cains.

Ce der­nier point est un aveu ma­jeur aus­si, car jus­qu’à pré­sent elle ne voyait que chi­mère dans l’idée d’une « union des droites » qu’a tou­jours dé­fen­due sa nièce Ma­rion Ma­ré­chal-Le Pen. Cette se­maine en­core, dans son « tes­ta­ment » po­li­tique confié dans les co­lonnes de Va­leurs actuelles, elle main­te­nait qu’il y avait sans doute « des choses à faire » avec des per­son­na­li­tés comme Laurent Wau­quiez. Ma­rine Le Pen n’a pas été si loin. Mais la ques­tion de la sor­tie de l’iso­le­ment du FN est sur la table.

Avant cette ou­ver­ture, la pré­si­dente du par­ti de­vra veiller à son uni­té. Car son « bou­gé » en di­rec­tion de la ligne Ma­rion, au mo­ment où celle-ci se met en re­trait, va pro­vo­quer des ten­sions avec la ligne Phi­lip­pot. La dé­ci­sion de Flo­rian Phi­lip­pot de créer son propre think tank est un signe de sa vo­lon­té d’au­to­no­mie ; de ne plus être seule­ment le bras droit (ou gauche…) de la pré­si­dente, mais d’en­vi­sa­ger lui aus­si un autre ave­nir pour les idées « pa­triotes » qu’un pas­sage obli­gé par la car­rière de Ma­rine Le Pen. C’est aus­si pour ce­la que Ma­rine Le Pen a be­soin d’être à l’As­sem­blée na­tio­nale et de ne pas lais­ser un fu­tur groupe FN aux « phi­lip­po­tistes » qui sont les mieux pla­cés pour ga­gner des cir­cons­crip­tions (lire sur le­fi­ga­ro.fr).

Re­trou­vez Guillaume Tabard tous les ma­tins à 8 h 10 sur Ra­dio Clas­sique

Faire comme si de rien n’était au­rait été la si­gna­ture d’un dé­ni ou d’une im­puis­sance qui au­rait pu être fa­tal à ses am­bi­tions»

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