La dé­cep­tion des re­ca­lés de La Ré­pu­blique en marche

Cer­taines in­ves­ti­tures font des vagues chez les « mar­cheurs ». Les élec­teurs de Ma­cron peinent aus­si par­fois à s’y re­trou­ver.

Le Figaro - - POLITIQUE - MA­THILDE SIRAUD @Ma­thil­de_Sd

LÉ­GIS­LA­TIVES Quelque 19000 dos­siers dé­po­sés en ligne pour, au fi­nal, n’in­ves­tir que 526 per­sonnes. Le nombre des can­di­dats dé­si­reux de se pré­sen­ter aux élec­tions lé­gis­la­tives des 11 et 18 juin sous le dos­sard de La Ré­pu­blique en marche (LREM) donne le ver­tige. Et, sans sur­prise, la publication de la liste des per­sonnes qui pour­ront dé­fendre les cou­leurs d’Em­ma­nuel Ma­cron a in­évi­ta­ble­ment fait des dé­çus. La pro­messe de re­nou­vel­le­ment avait par­tout sus­ci­té un en­thou­siasme et même fait naître des vo­ca­tions chez cer­tains « mar­cheurs ». Fi­na­le­ment, entre les dé­pu­tés sor­tants in­ves­tis par La Ré­pu­blique en marche, les res­pon­sables du MoDem qu’il a fal­lu mé­na­ger au nom de l’ac­cord pas­sé avec Em­ma­nuel Ma­cron, les cir­cons­crip­tions ge­lées pour pré­ser­ver des per­son­na­li­tés de droite ou de gauche ju­gées com­pa­tibles avec la fu­ture ma­jo­ri­té (lire page 4), beau­coup d’es­poirs ont été dé­çus dans les rangs des mar­cheurs ano­nymes.

Dans la deuxième cir­cons­crip­tion du Mor­bi­han, par exemple, au­cun can­di­dat n’a été in­ves­ti par LREM. Dans un pre­mier temps, le maire di­vers gauche d’une pe­tite com­mune, Gé­rard Pillet, ral­lié à Em­ma­nuel Ma­cron sur le tard, avait été in­ves­ti. Mais face à la bron­ca des ani­ma­teurs des co­mi­tés lo­caux d’En marche!, l’élu a fi­na­le­ment je­té l’éponge, et la com­mis­sion na­tio­nale d’in­ves­ti­ture (CNI) n’a dé­si­gné per­sonne d’autre. Pa­trick Pen­vern, ar­tiste plas­ti­cien de 61 ans, ja­mais élu, adhé­rent à En marche! de­puis no­vembre 2016, fai­sait par­tie des can­di­dats. Il ne com­prend pas cette dé­ci­sion et n’a eu au­cune ex­pli­ca­tion du mou­ve­ment. «Dans notre dé­par­te­ment du Mor­bi­han, on re­marque que ce sont que des élus adhé­rents à En marche! au tout der­nier mo­ment et par­fois re­pré­sen­tants de la vieille po­li­tique qui ont été choi­sis, au dé­tri­ment des mar­cheurs is­sus de la so­cié­té ci­vile », dé­plore Pa­trick Pen­vern.

Pas loin de là, dans la pre­mière cir­cons­crip­tion du Mor­bi­han, Hor­tense Le Pape, adhé­rente En marche! de­puis juillet et élue lo­cale de l’al­liance cen­triste, ne cache pas sa dé­cep­tion. Elle es­time avoir été vic­time d’une « in­jus­tice ». «Dans la pre­mière liste, mon nom avait été re­te­nu, ra­conte la maire ad­jointe de Vannes. Le soir même, un as­sis­tant de Jean-Paul De­le­voye (pré­sident de la CNI, NDLR) m’a con­tac­tée pour me dire qu’il y avait eu un bug. J’ai été ra­diée sans ex­pli­ca­tion», re­grette cette élue de 54 ans, qui as­sure pré­sen­ter «100% des cri­tères pour être in­ves­tie ». À sa place, «un vieux rou­tier», le dé­pu­té so­cia­liste sor­tant Her­vé Pel­lois, a été pré­fé­ré. «Je suis sûr que Jean-Yves Le Drian a de­man­dé que ses amis bre­tons so­cia­listes soient sau­vés, c’est à l’op­po­sé des va­leurs d’Em­ma­nuel Ma­cron», pes­tet-elle. Hor­tense Le Pape af­firme n’avoir ja­mais vu cet élu PS aux réunions des co­mi­tés lo­caux de La Ré­pu­blique en marche. Ven­dre­di ma­tin, elle a dé­ci­dé de dé­po­ser sa can­di­da­ture, sous sa propre éti­quette «ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle». « Je consi­dère que je re­pré­sente da­van­tage les va­leurs d’Em­ma­nuel Ma­cron que cette vieille soupe. Les élec­teurs de centre droit d’Em­ma­nuel Ma­cron ne vo­te­ront ja­mais pour le dé­pu­té sor­tant PS », lâche-t-elle.

Dans la 18e cir­cons­crip­tion de Pa­ris, les adhé­rents LREM au­raient ai­mé que leur ré­fé­rente lo­cale, Jus­tine Hen­ri, soit in­ves­tie. De­puis près d’un an, cette jeune femme dy­na­mique a mi­li­té et su se faire ap­pré­cier des ha­bi­tants. Sauf que le mou­ve­ment a dé­ci­dé de ge­ler cette cir­cons­crip­tion. Les élec­teurs d’Em­ma­nuel Ma­cron ont toutes les peines du monde à s’y re­trou­ver. Ils sont en ef­fet confron­tés à un di­lemme: la can­di­date PS My­riam El Khom­ri et le can­di­dat LR Pierre-Yves Bour­na­zel, bien im­plan­tés localement, se re­ven­diquent tous deux de la ma­jo­ri­té pré­si­den­tielle. « J’ai l’im­pres­sion d’être prise en otage, il y a un bel élan localement et on se re­trouve à de­voir vo­ter pour le PS ou LR, la vieille po­li­tique», se plai­gnait une ha­bi­tante, jeu­di soir, à l’oc­ca­sion d’une réunion du co­mi­té lo­cal. « Le ver­nis se cra­quelle », souf­flait un autre, en quit­tant l’as­sem­blée. Il vou­lait vo­ter pour La Ré­pu­blique en marche, pour Jus­tine Hen­ri. Dé­sor­mais, il compte s’abs­te­nir.

“Je re­pré­sente da­van­tage les va­leurs d’Em­ma­nuel Ma­cron que cette vieille soupe”

HOR­TENSE LE PAPE, CAN­DI­DATE RECALÉE

Lors d’une con­fé­rence de presse sur les in­ves­ti­tures lé­gis­la­tives de La Ré­pu­blique en marche, le 11 mai à Pa­ris.

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