Les so­cia­listes es­pa­gnols jouent leur sur­vie aux pri­maires

Di­vi­sé et en crise, le PSOE vote di­manche pour se do­ter d’un chef et d’une orientation po­li­tique contre le gouvernement Ra­joy.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - MA­THIEU DE TAILLAC @mde­taillac MA­DRID

PO­LI­TIQUE Un Par­ti so­cia­liste pris en te­nailles par deux forces nou­velles, l’une à gauche de la gauche, l’autre au centre. Une for­ma­tion di­vi­sée en deux, entre ceux qui sont prêts à s’en­tendre à gauche, et ceux qui stig­ma­tisent le po­pu­lisme et pré­fèrent re­gar­der à leur droite. Un pro­ces­sus de pri­maires cen­sé ré­gler l’af­faire, mais qui pour­rait en­traî­ner l’ex­plo­sion de la for­ma­tion. Car ga­gner les élec­tions in­ternes ne ga­ran­tit pas de te­nir le par­ti. Le scé­na­rio in­fer­nal du PS fran­çais? Non, les pa­ra­mètres im­pos­sibles du Par­ti so­cia­liste ou­vrier es­pa­gnol (PSOE), dont les 190 000 mi­li­tants doivent élire ce di­manche leur se­cré­taire gé­né­ral.

Trois poids lourds sont can­di­dats, dont deux ont des chances réelles de l’em­por­ter. D’un cô­té, l’ex-se­cré­taire gé­né­ral Pe­dro Sán­chez, can­di­dat aux élec­tions gé­né­rales de dé­cembre 2015 puis à celles, an­ti­ci­pées, de juin 2016. Après avoir ob­te­nu coup sur coup les deux plus mau­vais ré­sul­tats de l’his­toire du PSOE (22% des votes aux deux scru­tins et 90 puis 85 dé­pu­tés sur 350), Sán­chez, pour di­ri­ger le pays, s’ac­cro­chait à la pos­si­bi­li­té d’un pacte avec Po­de­mos (gauche ra­di­cale) et les in­dé­pen­dan­tistes ca­ta­lans, après avoir consta­té l’im­pos­si­bi­li­té de ré­con­ci­lier sur son nom Po­de­mos et Ciu­da­da­nos (centre).

La di­rec­tion l’a dé­bar­qué en oc­tobre 2016, à l’oc­ca­sion d’un co­mi­té fé­dé­ral ex­trê­me­ment ten­du. Une di­rec­tion col­lé­giale pro­vi­soire a pris alors sa suc­ces­sion. Cette com­mis­sion de ges­tion a dé­ci­dé que les dé­pu­tés so­cia­listes s’abs­tien­draient lors de la ses­sion d’in­ves­ti­ture de Ma­ria­no Ra­joy (Par­ti po­pu­laire, PP), per­met­tant de fac­to au di­ri­geant conservateur d’en­ta­mer un se­cond man­dat. Après avoir aban­don­né son siège de dé­pu­té, Sán­chez se pré­sente de­puis comme le can­di­dat des mi­li­tants face aux opé­ra­tions de l’ap­pa­reil.

Échange d’in­vec­tives

En face, se pré­sente Su­sa­na Díaz, pré­si­dente de la ré­gion An­da­lou­sie et de sa puis­sante fé­dé­ra­tion so­cia­liste. Díaz gou­verne le sud de l’Es­pagne grâce à un pacte avec Ciu­da­da­nos qui a re­lé­gué Po­de­mos dans l’op­po­si­tion. Su­sa­na, comme l’ap­pellent ses par­ti­sans et ses dé­trac­teurs, di­ri­gea de fait la fronde qui ren­ver­sa le se­cré­taire gé­né­ral. Au­tant dire que l’in­imi­té entre les deux est pro­fonde. Elle bé­né­fi­cie du sou­tien des his­to­riques du PSOE - no­tam­ment les deux ex-chefs de gou­ver­ne­ments so­cia­listes, Fe­lipe Gonzá­lez et Jo­sé Luis Ro­drí­guez Za­pa­te­ro - et de fé­dé­ra­tions voi­sines.

Entre les deux, l’ex-pré­sident de la ré­gion Eus­ka­di - le Pays basque es­pa­gnol -, Patxi Ló­pez, tente d’ap­pe­ler au ras­sem­ble­ment sans que per­sonne semble l’en­tendre. La preuve par les chiffres: alors que les can­di­dats de­vaient pré­sen­ter les si­gna­tures de 5% des mi­li­tants pour se pré­sen­ter, Díaz en a ras­sem­blé 59 000, Pé­rez 53000 et Ló­pez seule­ment 10000. Au to­tal, 65% des adhé­rents du PSOE au­to­ri­sés à vo­ter ce di­manche ont dé­jà ex­pri­mé leur pré­fé­rence, dans cette es­pèce de son­dage gran­deur na­ture.

Le dé­bat té­lé­vi­sé or­ga­ni­sé lun­di s’est ré­su­mé à un échange d’in­vec­tives entre Díaz et Sán­chez. La pre­mière a re­pro­ché au deuxième ses piètres ré­sul­tats élec­to­raux, tan­dis que ce der­nier ac­cu­sait sa ri­vale de l’avoir ren­ver­sé pour ga­ran­tir l’in­ves­ti­ture de Ra­joy. Seul Ló­pez ten­tait pé­ni­ble­ment de dé­rou­ler ses pro­po­si­tions, quand il ne jouait pas le rôle du mo­dé­ra­teur.

«La dif­fé­rence entre le vain­queur et le deuxième de­vrait être très faible, di­manche soir, juge Pa­blo Simón, pro­fes­seur de sciences po­li­tiques à l’uni­ver­si­té Car­los III de Ma­drid. Quelle que soit l’is­sue du vote, les di­vi­sions conti­nue­ront, car le can­di­dat aux élec­tions gé­né­rales doit lui aus­si être dé­si­gné par un pro­ces­sus de pri­maires.» Alors que Po­de­mos pré­pare une mo­tion de cen­sure, qu’il ne peut ga­gner sans l’ap­pui d’un PSOE ras­sem­blé et dé­ter­mi­né, Ra­joy a en­core, semble-t-il, quelque temps de ré­pit.

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