Ni­co­las Ba­ve­rez : « Il faut bâ­tir une Eu­rope de la sé­cu­ri­té »

Le Figaro - - INTERNATIONAL - ALAIN BARLUET @abar­luet

TALK STRA­TÉ­GIQUE Em­ma­nuel Ma­cron des­cen­dant, di­manche der­nier, les Champs-Élysées dans un com­mand car, se ren­dant au che­vet des mi­li­taires bles­sés, et al­lant, dès ven­dre­di, au Ma­li au­près de l’opé­ra­tion « Bar­khane »… Au­tant de si­gnaux adres­sés dès son ins­tal­la­tion par le nou­veau chef de l’État pour « ré­in­car­ner très for­te­ment sous un jour ré­ga­lien » la dé­fense et les ar­mées, se­lon Ni­co­las Ba­ve­rez, in­vi­té ven­dre­di du « Talk stra­té­gique » du Figaro. « La sé­cu­ri­té est avec le chômage la prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion des Fran­çais », re­lève l’es­sayiste et éco­no­miste. Se­lon lui, « la fa­çon de trai­ter cette France pé­ri­phé­rique qui a té­moi­gné de son ma­laise en vo­tant pour des par­tis hos­tiles à l’économie de mar­ché ou à l’Eu­rope, c’est de ré­ta­blir la sé­cu­ri­té sur le ter­ri­toire na­tio­nal et une forme d’éga­li­té des Fran­çais face à la sé­cu­ri­té ».

Pour Ni­co­las Ba­ve­rez, la no­mi­na­tion de Syl­vie Gou­lard, «spé­cia­liste ex­trê­me­ment aver­tie des ques­tions eu­ro­péennes», pour suc­cé­der à Jean-Yves Le Drian, est un « si­gnal po­si­tif ». En re­vanche, ajoute-t-il, re­nom­mer le mi­nis­tère de la Dé­fense en mi­nis­tère des Ar­mées est «cu­rieux et très dé­ca­lé par rap­port à ce que de­vrait être une stra­té­gie glo­bale de sé­cu­ri­té, à la fois intérieure et ex­té­rieure, na­tio­nale et eu­ro­péenne ». D’après lui, « ce­la semble ra­me­ner les ar­mées à la fois au pas­sé et à une vi­sion pu­re­ment tech­nique, frag­men­tée, alors qu’il faut au­jourd’hui une stra­té­gie glo­bale ».

« Consen­sus am­bi­gu »

Dans une note qu’il a ré­di­gée en avril pour l’Ins­ti­tut Mon­taigne, Ni­co­las Ba­ve­rez sou­li­gnait «le grand écart entre les am­bi­tions, les mis­sions et les moyens de la dé­fense». L’ef­fort de dé­fense a di­mi­nué de 5,79 % du PIB en 1960, à 3,10 % en 1980, 2,01 en 2000 et 1,77 % en 2017 (pen­sions in­cluses). Avec 30000 hommes en opé­ra­tions ac­tuel­le­ment et des contrats opé­ra­tion­nels de 30 % su­pé­rieurs à ce que dé­fi­nis­sait le der­nier livre blanc, «nous sommes à un point cri­tique », s’alarme Ni­co­las Ba­ve­rez. « Il va fal­loir choi­sir, soit on se désen­gage, soit on in­ves­tit de ma­nière im­por­tante dans notre sys­tème de dé­fense», re­lève Ni­co­las Ba­ve­rez. Pour lui, le « consen­sus am­bi­gu » au­tour de l’ob­jec­tif des 2 % du PIB consa­cré à la dé­fense à l’ho­ri­zon 2025, ne per­met­tra pas la pé­ren­ni­té d’un mo­dèle com­plet d’ar­mée. Pour com­bler les trous ca­pa­ci­taires et mo­der­ni­ser l’ou­til de dé­fense, il juge ain­si in­dis­pen­sable l’af­fec­ta­tion sup­plé­men­taire de 2,5 mil­liards d’eu­ros par an à la dé­fense entre 2018 et 2023.

Au to­tal, in­sis­tant sur la né­ces­si­té de «re­pen­ser la sé­cu­ri­té dans une pers­pec­tive glo­bale », no­tam­ment en ré­ar­ti­cu­lant ex­té­rieur et in­té­rieur, l’éco­no­miste es­time que la France de­vrait consa­crer 3 % de son PIB, sans les pen­sions, à l’ho­ri­zon 2023 pour l’en­semble de sa sé­cu­ri­té, dont 2 % pour la dé­fense et 1 % cô­té sé­cu­ri­té intérieure. Ni­co­las Ba­ve­rez met éga­le­ment l’ac­cent sur la di­men­sion eu­ro­péenne. « Il faut com­plé­ter l’Union eu­ro­péenne par une UE pour la sé­cu­ri­té qui s’oc­cu­pe­rait de lutte contre le ter­ro­risme, de pro­tec­tion des in­fra­struc­tures et du contrôle des fron­tières», in­siste l’édi­to­ria­liste au Figaro, es­ti­mant cette ini­tia­tive main­te­nant « im­pé­ra­tive pour ré­pondre aux at­tentes des ci­toyens ».■

Re­trou­vez l’in­té­gra­li­té du «Talk stra­té­gique » sur notre site www.le­fi­ga­ro.fr

BOU­CHON/LE FIGARO

NI­CO­LAS BA­VE­REZ, hier, dans le stu­dio du Figaro.FRAN­COIS

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.