Do­nald Trump ac­cueilli en hé­ros en Ara­bie saou­dite

La pos­ture agres­sive du pré­sident amé­ri­cain contre l’Iran ra­vit Riyad, ob­sé­dé par la me­nace de Té­hé­ran.

Le Figaro - - INTERNATIONAL - G. M.

MOYEN-ORIENT Qu’il est loin le temps où le roi Sal­man bou­dait l’ar­ri­vée du pré­sident amé­ri­cain Ba­rack Oba­ma, à l’aé­ro­port de Riyad en avril 2016. Do­nald Trump se­ra ac­cueilli ce sa­me­di en grand ami de l’Ara­bie saou­dite. Un royaume qui re­trouve avec son al­lié stra­té­gique une re­la­tion de confiance, nour­rie par un dé­sir par­ta­gé de faire des af­faires et de ro­gner les ailes à l’en­ne­mi com­mun ira­nien.

Riyad a concoc­té un programme spé­cial pour les deux jours de vi­site de Trump : réunion bi­la­té­rale sa­me­di, puis ren­contre avec les autres mo­nar­chies sun­nites du Golfe, avant un som­met, di­manche, au­quel ont été conviés une cin­quan­taine de chefs d’État ara­bo-mu­sul­mans qui écou­te­ront avec cu­rio­si­té Do­nald Trump dé­ve­lop­per sa vi­sion d’un « is­lam pa­ci­fiste ».

L’Ara­bie, qui a tou­jours pré­fé­ré les ré­pu­bli­cains aux dé­mo­crates, voit en Trump un « homme de deal » avec le­quel Riyad peut ai­sé­ment s’en­tendre. Cette pre­mière vi­site à l’étran­ger du pré­sident amé­ri­cain de­vrait d’ailleurs se tra­duire par la si­gna­ture de contrats d’un mon­tant co­los­sal avoi­si­nant les 100 mil­liards de dol­lars. Ces contrats visent au ren­for­ce­ment de la dé­fense d’un royaume, fra­gi­li­sé par la me­nace dji­ha­diste en pro­ve­nance d’Irak à l’ouest, et des mi­li­ciens yé­mé­nites hou­thistes ai­dés par l’Iran sur son flanc sud. Mais à propos du conflit yé­mé­nite dans le­quel Riyad est en­li­sé de­puis deux ans, l’Ara­bie ne peut qu’être ra­vie que Wa­shing­ton se re­frène dé­sor­mais de toute cri­tique pu­blique dans cette guerre ou­bliée où les ci­vils paient un lourd tri­but aux bom­bar­de­ments de l’avia­tion saou­dienne. En mars, l’Ad­mi­nis­tra­tion Trump a même an­nu­lé le ve­to po­sé par Ba­rack Oba­ma sur cer­taines ventes d’armes des­ti­nées à ai­der Riyad dans sa guerre contre les re­lais ira­niens au Yé­men.

Plan de mo­der­ni­sa­tion du pays

Mais da­van­tage en­core que ce sauf-conduit en terre yé­mé­nite, c’est la pos­ture agres­sive de Do­nald Trump contre l’Iran qui en­chante Riyad, lit­té­ra­le­ment ob­sé­dé par la me­nace de Té­hé­ran sur son ter­ri­toire, chez ses voi­sins du Golfe, et plus gé­né­ra­le­ment dans le monde arabe. Là où Ba­rack Oba­ma pro­po­sait de par­ta­ger la res­pon­sa­bi­li­té de la sé­cu­ri­té du Golfe entre Arabes et Perses – ce qui hé­ris­sait l’Ara­bie – Trump lui en­tend, au contraire, stop­per net l’en­trisme des gar­diens de la ré­vo­lu­tion ira­nienne au MoyenO­rient. « Au-de­là des mots, reste à sa­voir comment Trump en­tend s’y prendre pour frei­ner dans les faits l’in­fluence ira­nienne au Moyen-Orient qui ap­pa­raît par­fois comme ir­ré­ver­sible en Irak no­tam­ment ? », s’in­ter­roge un di­plo­mate dans la ré­gion.

Un homme, cô­té saou­dien, in­carne ce ré­chauf­fe­ment avec l’al­lié amé­ri­cain : le jeune vice-prince hé­ri­tier, Mo­ham­med Ben Sal­man (MBS), 32 ans, le fils pré­fé­ré de Sal­man, un « homme de deal », lui aus­si, confie un homme d’af­faires fran­çais, fa­mi­lier de Riyad.

En tant que mi­nistre de la Dé­fense, MBS, qui a ren­con­tré en mars Do­nald Trump à la Mai­son-Blanche, est en charge de la guerre au Yé­men. Et il a lan­cé un très am­bi­tieux pro­jet de mo­der­ni­sa­tion de son pays à l’ho­ri­zon 2030, dont l’un des pi­liers est la pri­va­ti­sa­tion du géant pé­tro­lier Aram­co. D’où la né­ces­si­té d’at­ti­rer les in­ves­tis­seurs amé­ri­cains au­tour de cette « Vi­sion » de l’Ara­bie de de­main. Mais au-de­là de ces im­pé­ra­tifs éco­no­miques, le fils pré­fé­ré du roi, lan­cé dans la course à la suc­ces­sion de son père âgé de 82 ans, cherche à mar­gi­na­li­ser son cou­sin ger­main, l’ac­tuel prince hé­ri­tier, Mo­ham­med Ben Nayef, l’homme de l’an­ti­ter­ro­risme et ré­pu­té proche de la CIA. Tous les cercles dé­ci­sion­naires outre-At­lan­tique sont-ils prêts à jouer la carte MBS comme pro­chain roi d’Ara­bie ? Pas sûr.

Riyad et la plu­part de ses voi­sins du Golfe se sont fé­li­ci­tés des frappes amé­ri­caines contre l’ar­mée sy­rienne en avril. Mais Saou­diens et Amé­ri­cains peu­ven­tils, en­semble, al­ler plus loin contre Daech ? Même si les États-Unis re­con­naissent que Riyad a ac­com­pli « beau­coup de pro­grès » dans la traque des ré­seaux de fi­nan­ce­ments des groupes ter­ro­ristes, des ef­forts res­tent en­core à faire contre des in­di­vi­dus pri­vés, fi­nan­ciers d’al-Qai­da ou de Daech du­rant les pè­le­ri­nages aux lieux saints de La Mecque et Mé­dine.

Certes, Do­nald Trump n’a pas ins­crit les mo­nar­chies du Golfe dans son dé­cret an­ti-im­mi­gra­tion du dé­but de l’an­née. Mais par­vien­dra-t-il à faire ou­blier com­plè­te­ment son sau­di ba­shing de cam­pagne, lors­qu’il ac­cu­sait, no­tam­ment, cer­tains princes de fi­nan­cer des hommes po­li­tiques outre-At­lan­tique ?

Di­manche, il pro­non­ce­ra de­vant ses hôtes un dis­cours sur l’is­lam. «Je les ap­pel­le­rai à com­battre la haine et l’ex­tré­misme », a-t-il pro­mis avant son dé­part. D’autres avant lui s’y sont at­te­lés. Avec des suc­cès très mi­ti­gés.

Un pan­neau publicitaire an­nonce, ven­dre­di à Riyad, la ren­contre de Do­nald Trump et du roi Sal­man avant l’ar­ri­vée du pré­sident amé­ri­cain dans la ca­pi­tale saou­dienne.

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