Le can­na­bis in­fluence les ré­sul­tats sco­laires

Une étude éta­blit un lien de cau­sa­li­té entre la consom­ma­tion pré­coce et un faible ni­veau d’études.

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - MA­RIE-ESTELLE PECH @Ma­riEs­tellPech

DROGUE Une étude de l’In­serm, pu­bliée le 18 mai dans la pres­ti­gieuse re­vue In­ter­na­tio­nal Jour­nal of Epi­de­mio­lo­gy, dé­montre l’exis­tence d’un lien entre la consom­ma­tion pré­coce de can­na­bis - avant l’âge de 17 ans - et un faible ni­veau d’études. Les jeunes consom­ma­teurs ont une pro­ba­bi­li­té plus éle­vée que les non-consom­ma­teurs de ne pas dé­pas­ser le bac­ca­lau­réat. En pre­nant en compte les ca­rac­té­ris­tiques in­di­vi­duelles et fa­mi­liales, cette as­so­cia­tion entre consom­ma­tion de can­na­bis et faible ni­veau sco­laire « est lé­gè­re­ment di­mi­nuée mais reste sta­tis­ti­que­ment si­gni­fi­ca­tive », est-il dé­taillé.

«Cette étude qui a por­té sur 1 103 jeunes Fran­çais sui­vis entre 1991 et 2009 est une pre­mière en France », ex­plique Ma­ria Mel­chior, di­rec­trice de re­cherche à l’In­serm. Des re­cherches an­té­rieures avaient dé­jà mis en évi­dence ce lien, mais celle-ci, qui a pris en compte toutes les ca­rac­té­ris­tiques fa­mi­liales, les dif­fi­cul­tés psy­cho­lo­giques ou sco­laires an­té­rieures ou pa­ral­lèles, per­met de dé­mon­trer « un ef­fet spé­ci­fique sur le développement cé­ré­bral pen­dant l’ado­les­cence. D’au­tant que plus on consomme tôt, avant 17 ans, plus on consomme long­temps et beau­coup », ex­plique Ma­ria Mel­chior.

Vul­né­ra­bi­li­té

Autre en­sei­gne­ment : les jeunes filles sont par­ti­cu­liè­re­ment tou­chées par ce phé­no­mène d’un plus faible ni­veau d’études alors que l’on compte moins de consom­ma­trices de can­na­bis dans leurs rangs que chez les gar­çons. Ce qui sou­ligne chez elles un fac­teur mar­quant de vul­né­ra­bi­li­té. « D’autres re­cherches ont dé­jà dé­mon­tré que lors­qu’elles consomment, elles sont plus vul­né­rables que les gar­çons, se mettent plus fa­ci­le­ment dans des si­tua­tions à risque, des contextes re­la­tion­nels com­pli­qués. C’est donc lo­gique », ex­plique la cher­cheuse.

Les mé­ca­nismes, par les­quels la consom­ma­tion de can­na­bis à un âge pré­coce af­fecte le de­ve­nir sco­laire, « peuvent avoir trait à la baisse de la mo­ti­va­tion, aux pro­blèmes de mé­mo­ri­sa­tion et de concen­tra­tion, entre autres », pré­cisent les cher­cheurs. « Dans un contexte où en France un col­lé­gien sur dix (un sur cinq en classe de troi­sième) et près d’un ly­céen sur deux a dé­jà ex­pé­ri­men­té le can­na­bis, le re­cul de l’âge d’ini­tia­tion de l’usage de ce pro­duit est un ob­jec­tif de santé pu­blique ma­jeur », es­timent-ils. Cette nou­velle publication conforte les ré­sul­tats de l’ex­per­tise In­serm com­man­dée par la mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle de lutte contre les drogues et les conduites ad­dic­tives (Mil­de­ca) en 2014, sur la pré­ven­tion des conduites ad­dic­tives à l’ado­les­cence. Ce qui confirme une fois de plus la né­ces­si­té de me­ner des ac­tions de pré­ven­tion pour re­tar­der l’âge de l’ex­pé­ri­men­ta­tion du can­na­bis.

« Ces ré­sul­tats nous in­vitent col­lec­ti­ve­ment à dé­ba­na­li­ser l’usage de can­na­bis et plus par­ti­cu­liè­re­ment son ex­pé­ri­men­ta­tion qui, en rai­son de ses consé­quences sur des fa­cul­tés es­sen­tielles pour les ap­pren­tis­sages (mé­moire, concen­tra­tion, mo­ti­va­tion etc.), in­duit une perte de chances dans le par­cours sco­laire des jeunes », pré­cise la mis­sion in­ter­mi­nis­té­rielle. Pour elle, il faut donc pour­suivre les ef­forts en­ga­gés en ma­tière de pré­ven­tion pour ai­der les jeunes le plus en amont pos­sible.

MARC MENOU/PHOTOPQR/LE PA­RI­SIEN

Se­lon les cher­cheurs, « ces ré­sul­tats nous in­vitent col­lec­ti­ve­ment à dé­ba­na­li­ser l’usage de can­na­bis ».

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