À l’école créée par la mi­nistre de la Culture

Développement per­son­nel, ate­liers na­ture… Fran­çoise Nys­sen a fon­dé un éta­blis­se­ment al­ter­na­tif à Arles.

Le Figaro - - SOCIÉTÉ - SO­PHIE DE TARLÉ @so­phie­de­tarle

EN­SEI­GNE­MENT Que des édi­teurs re­con­nus créent une école pri­vée hors contrat, ce n’est dé­jà pas cou­rant, mais qu’en plus l’un d’entre eux de­vienne mi­nistre de la Culture, c’est ex­cep­tion­nel. L’École du Do­maine du pos­sible a été fon­dée, à la ren­trée 2015, par Fran­çoise Nys­sen, nom­mée mer­cre­di au gouvernement, et son ma­ri Jean-Paul Ca­pi­ta­ni, tous deux di­ri­geants de la mai­son d’édi­tion ar­lé­sienne Actes Sud. La pre­mière an­née, l’éta­blis­se­ment a sco­la­ri­sé une tren­taine d’en­fants, une cen­taine l’an­née sui­vante.

Si­tuée en pleine Ca­margue, à 20 ki­lo­mètres du centre d’Arles (Bouches-du-Rhône), cette école al­ter­na­tive a été créée à la suite du sui­cide de leur fils, An­toine, âgé de 18 ans. Sur­doué, dys­lexique, trop sensible, An­toine ne ren­trait pas dans les cases de l’Édu­ca­tion na­tio­nale. Il ne res­tait qu’à créer l’école idéale, où il au­rait été heu­reux. Fran­çoise et Jean-Paul en ont confié la di­rec­tion à Hen­ri Da­han, ren­con­tré alors qu’il di­ri­geait une école Stei­ner, qui uti­lise une mé­thode pé­da­go­gique ba­sée sur le développement per­son­nel de l’en­fant. L’homme a im­por­té son ex­pé­rience, tout en n’en fai­sant pas une école Stei­ner à pro­pre­ment par­ler, en évi­tant no­tam­ment les ré­fé­rences spi­ri­tuelles de la mé­thode, par­fois contro­ver­sées et ju­gées sec­taires par cer­tains.

«Je m’en suis per­son­nel­le­ment as­su­rée », pré­cise Clau­dia, tra­duc­trice al­le­mande, qui y a sco­la­ri­sé Nora, sa fille de 10 ans, en grande par­tie pour l’ap­pren­tis­sage de l’an­glais et de l’al­le­mand dès le CP. « Si ce­la avait été une vé­ri­table école Stei­ner, j’au­rais vrai­ment hé­si­té. » Les mé­thodes de l’École du Do­maine du pos­sible plaisent aux fa­milles. « Dès la pre­mière réunion d’in­for­ma­tion, la salle était pleine », se sou­vient Anne-Syl­vie Ba­meule, belle-fille de Fran­çoise Nys­sen, qui s’oc­cupe de la par­tie équestre de l’école. Elle tient à sou­li­gner : «Ce n’est pas une école qui a été créée contre l’Édu­ca­tion na­tio­nale, mais une école bien­veillante et sur­tout connec­tée à la na­ture. »

Les en­fants suivent des cours par cycle de trois se­maines, ce qui leur per­met d’ap­pro­fon­dir une ma­tière. « La jour­née est longue », sou­ligne Clau­dia, de 8 h 30 à 17 h 30, voire 18 heures se­lon les âges. Les en­fants suivent les cours le ma­tin et se consacrent aux ate­liers l’après-mi­di (bois, cou­ture, équi­ta­tion, flore, faune, jar­di­nage). « À che­val, les ado­les­cents ap­prennent à se te­nir droit, alors qu’ils ont tendance à se voû­ter, mais aus­si le res­pect, et la sé­cu­ri­té. Ils ap­prennent même la géo­mé­trie avec les di­men­sions de la car­rière ! », ra­conte Anne-Syl­vie

Ou­verte en 2015 par Fran­çoise Nys­sen et son ma­ri, l’école ac­cueille au­jourd’hui une cen­taine d’élèves

Ba­meule. Ils re­viennent en classe en fin d’après-mi­di pour faire leurs de­voirs. L’ab­sence de de­voirs à faire à la mai­son, c’est ce qui a sé­duit Ka­rine, qui y a mis Ma­ryu­ri, sa fille de 13 ans. « Je re­dou­tais l’in­fla­tion de de­voirs au col­lège », di­telle. Le fait que les en­fants ne soient pas no­tés était un autre as­pect es­sen­tiel pour Ka­rine, qui ap­pré­cie « l’ab­sence de com­pé­ti­tion mal­saine entre élèves ». Sa fille n’est pas stres­sée « comme ses co­pines du même âge », as­sure-t-elle.

Ka­rine tient aus­si à sou­li­gner: «Con­trai­re­ment à ce qu’on a pu écrire, ce n’est pas du tout une école pour en­fants à pro­blèmes. Je re­grette tou­te­fois que ce ne soit pas plus mixte so­cia­le­ment. » Les frais de sco­la­ri­té en re­butent cer­tains.Ils sont mo­du­lés en fonc­tion des re­ve­nus, avec un maxi­mum de 4 200 € par an. Her­vé Schia­vet­ti, le maire d’Arles, tient à sou­li­gner, qu’il ne verse pas de sub­ven­tion. « Fran­çoise et Jean-Paul m’in­vitent ré­gu­liè­re­ment à l’école, mais je n’y suis ja­mais al­lé, en tant que maire, je dois res­ter neutre. »

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