Le si­mu­la­teur, l’arme se­crète de DS Vir­gin Ra­cing

L’écu­rie de la marque fran­çaise uti­lise de­puis 2014 un ou­til in­dis­pen­sable pour briller dans le cham­pion­nat de For­mule E qui fait étape à Pa­ris.

Le Figaro - - SPORT - GILLES FESTOR gfes­tor@le­fi­ga­ro.fr

FOR­MULE E C’est un espace confi­den­tiel d’une cin­quan­taine de mètres car­rés ni­ché au rez-de-chaus­sée du dé­par­te­ment com­pé­ti­tion flam­bant neuf du groupe PSA à Sa­to­ry. Une zone à l’ac­cès contrô­lé où se joue une grande par­tie des ré­sul­tats de l’équipe DS Vir­gin Ra­cing pour le Grand Prix de Pa­ris de For­mule E (sa­me­di à 16 heures aux In­va­lides). De­puis 2014, l’écu­rie de la marque fran­çaise s’est do­tée d’un si­mu­la­teur, un ou­til de­ve­nu in­con­tour­nable pour jouer les pre­miers rôles dans la jeune dis­ci­pline. « Seules les très bonnes équipes dis­posent d’un ma­té­riel of­frant ce ni­veau de réa­lisme », ex­plique Tho­mas Che­vau­cher, le di­rec­teur tech­nique de l’équipe. Ce pe­tit bi­jou de tech­no­lo­gie a un prix que les di­ri­geants de DS se gardent bien de dé­voi­ler, mais tour­nant au­tour de plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros.

Lors­qu’on pousse les portes de cette pièce sombre, Jo­sé Ma­ria Lo­pez est en pleine ac­tion, en­fon­cé dans une coque sta­tique re­pré­sen­tant la mo­no­place. No­vice dans la dis­ci­pline, le pilote ar­gen­tin avale les pixels des tra­cés ur­bains en com­mu­ni­quant avec ses in­gé­nieurs de­vant un écran pa­no­ra­mique d’une di­zaine de mètres. Il pas­se­ra en­vi­ron trente jours dans ce ba­quet fi­gé au cours de la sai­son. « Ce tra­vail est ca­pi­tal plus que dans les autres dis­ci­plines, car les cir­cuits de For­mule E sont ur­bains et donc tem­po­raires. Con­trai­re­ment aux pistes tra­di­tion­nelles, on ne les connaît pas ou peu et nous n’avons que deux séances d’es­sais libres le jour de la course pour se fa­mi­lia­ri­ser avec le tra­cé », ex­plique l’an­cien co­équi­pier de Sé­bas­tien Loeb, par­ti­cu­liè­re­ment à l’aise avec cette pra­tique.

Il peut rendre ma­lade

Tous les pi­lotes ne peuvent pas en dire au­tant. Car le si­mu­la­teur a un in­con­vé­nient : il peut rendre ma­lade. Yvan Mul­ler, qui l’uti­li­sait dans le cadre du WTCC, n’était par exemple pas un grand fan de ces séances. « On leur conseille de fer­mer les yeux quand ils partent dans le dé­cor, pour évi­ter ce genre de désa­gré­ments, mais au bout d’une jour­née, ils ter­minent rin­cés men­ta­le­ment », glisse un membre de l’équipe. Nous avons tes­té l’ap­pa­reil pour nous faire notre propre idée. Quinze mi­nutes et une bonne di­zaine de crashs ont suf­fi pour nous don­ner l’im­pres­sion d’être bar­bouillé. « Moi, j’adore ça, sans doute aus­si parce que je suis is­su d’une gé­né­ra­tion qui a gran­di avec les jeux vi­déo », ex­plique l’Ar­gen­tin (34 ans) qui a, chez lui, à Mé­ri­bel, son propre si­mu­la­teur avec quelques tra­cés du cham­pion­nat, en plus d’une console sur la­quelle il passe pas mal de temps.

Vi­suel­le­ment, le si­mu­la­teur DS ne boxe tou­te­fois pas dans la même ca­té­go­rie que celle des cé­lèbres si­mu­la­tions de console comme Gran Tu­ris­mo. Les dé­tails sont som­maires et la qua­li­té d’image n’a ab­so­lu­ment rien à voir. « Le réa­lisme gra­phique, on s’en fiche. Si le pilote se prend un mur, il au­ra juste un bip dans son casque. On ne cherche pas à ri­va­li­ser gra­phi­que­ment avec les meilleures si­mu­la­tions de jeu vi­déo, qui, en re­vanche, n’ont pas du tout le même réa­lisme dans le com­por­te­ment de la voi­ture. Avec notre ou­til et la mo­dé­li­sa­tion fi­dèle du tra­cé, nous n’avons que quelques dixièmes de dif­fé­rence entre les temps en si­mu­la­teur et ceux du cir­cuit », confirme Tho­mas Che­vau­cher. « Nous n’ex­ploi­tons au­jourd’hui que 40 % de cet ou­til. Il y a des pro­grès à faire pour re­trou­ver le fee­ling du pi­lo­tage en condi­tions réelles », ré­sume Lo­pez.

En dé­but d’an­née à Las Ve­gas, une erace a op­po­sé les vingt pi­lotes de For­mule E à dix ex­perts des jeux vi­déo de course au­to­mo­bile sur un si­mu­la­teur grand pu­blic. « Les ga­mers ont été beau­coup plus ra­pides que les pi­lotes, mais lorsque ces joueurs sont ve­nus tes­ter notre si­mu­la­teur, les ré­sul­tats se sont com­plè­te­ment in­ver­sés », s’amuse le di­rec­teur tech­nique. Preuve que la fron­tière entre les jeux vi­déo et la vraie com­pé­ti­tion est en­core bien réelle, même si les deux mondes ne cessent de se rap­pro­cher.

IMAGEFORUM

La mo­no­place DS Vir­gin Ra­cing de Sam Bird lors du Grand Prix de For­mule E de Mo­na­co.

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