Le mar­ché fran­çais du médicament en pe­tite forme

La baisse des prix pé­na­lise les of­fi­cines alors que les ventes aux hô­pi­taux res­tent dy­na­miques.

Le Figaro - - ENTREPRISES - ARMELLE BOHINEUST @ar­me­lel­la

PHAR­MA­CIE Pas de doute, en France, le mar­ché des mé­di­ca­ments est mo­rose. En re­cul de­puis quatre ans, les ventes de trai­te­ments pres­crits pro­gres­se­ront de 1,2 % seule­ment d’ici à 2021. Au­tant dire rien com­pa­ré au bond de 29 % pré­vu pour l’en­semble du mar­ché mon­dial entre 2016 et 2021, se­lon le ca­bi­net d’études Quin­ti­le­siMS. Et beau­coup moins sans doute que les autres mar­chés eu­ro­péens. En 2016, le mar­ché a crû de 3,4 % en Al­le­magne et de 4,4 % en Es­pagne, alors qu’il dé­cli­nait de 0,4 % dans l’Hexa­gone.

La consom­ma­tion de mé­di­ca­ments ne re­cule pas pour au­tant. Ce sont sur­tout les prix qui chutent, en rai­son de la vo­lon­té des pou­voirs pu­blics de ré­duire les dé­penses de santé. Chaque an­née, des baisses de coûts, qui peuvent dé­pas­ser un mil­liard d’eu­ros, sont im­po­sées au sec­teur en France.

À l’exemple d’autres pays, le mou­ve­ment de baisse des prix s’ap­puie aus­si sur les nou­velles né­go­cia­tions de ta­rifs. Les ac­cords de risques par­ta­gés, qui lient les ta­rifs aux ré­sul­tats des mé­di­ca­ments, se dé­ve­loppent ti­mi­de­ment. Et la concur­rence fait son ap­pa­ri­tion. « Pour la pre­mière fois, avec les nou­veaux trai­te­ments de l’hé­pa­tite C, les pou­voirs pu­blics, qui im­posent les prix, ont fait jouer la com­pé­ti­tion entre les pro­duits, no­tam­ment ceux de Gi­lead et de Merck », pointe Sté­phane Scli­son, consul­tant chez Quin­ti­le­sIMS.

Il en ré­sulte une crois­sance atone en France. Mais cette stag­na­tion oc­culte un chan­ge­ment d’équi­libre entre la ville et l’hô­pi­tal. En 2016, les ventes de mé­di­ca­ments à l’hô­pi­tal, qui re­pré­sentent un tiers du mar­ché, ont aug­men­té de 7 %. Le mar­ché est ti­ré en par­ti­cu­lier par les an­ti­can­cé­reux, qui re­pré­sentent près de 10 % des

ventes de mé­di­ca­ments dans le monde et coûtent de plus en plus cher, dé­pas­sant sou­vent les 50 000 eu­ros pour un an de trai­te­ment.

Mais, « on constate un trans­fert gé­né­ral des soins, y com­pris des soins pri­maires comme les pro­blèmes gas­tro-en­te­ro­lo­giques par exemple, de la ville vers l’hô­pi­tal, sou­ligne Sté­phane Scli­son. La hausse des con­sul­ta­tions, liées sans doute à l’ab­sence de dé­cais­se­ment lors des con­sul­ta­tions et aux dé­lais d’ob­ten­tion de ren­dez-vous avec cer­tains spé­cia­listes (oph­tal­mos) plus courts, se tra­duit par une hausse des pres­crip­tions réa­li­sée par le per­son­nel hos­pi­ta­lier. »

Nou­veaux ho­no­raires

Autre constat, les mé­di­ca­ments de spé­cia­li­tés, qui ne sont pas for­cé­ment des­ti­nés à de larges po­pu­la­tions mais qui sont sou­vent pres­crits à l’hô­pi­tal, af­fichent des ventes dy­na­miques. Les ventes du Co­sen­tyx trai­te­ment de No­var­tis ont at­teint en quelques mois 12 mil­lions d’eu­ros en France. À l’in­verse, la si­tua­tion des of­fi­cines conti­nue à se dé­gra­der. Leurs ventes, in­fé­rieures à 20 mil­liards d’eu­ros en 2016, ont re­cu­lé de près de 8 % de­puis 2011. « Les phar­ma­ciens mettent leur es­poir dans la con­ven­tion, avec les nou­veaux ho­no­raires de dis­pen­sa­tion, qui de­vrait être ap­prou­vée par la nou­velle mi­nistre de la Santé », sou­ligne l’éco­no­miste de la santé Claude Le Pen. À moyen terme, leur ré­mu­né­ra­tion pro­vien­dra sur­tout d’ho­no­raires et se­ra liée à l’or­don­nance plu­tôt qu’aux boîtes de mé­di­ca­ments dis­tri­buées. Mais, con­trai­re­ment à ce qu’es­pèrent les phar­ma­ciens, leurs nou­veaux re­ve­nus, com­plé­tés peu à peu par des ho­no­raires de conseil ou de sui­vi des pa­tients, se­ront dif­fé­rents. Mais sans doute ne se­ron­tils pas plus éle­vés, mettent en garde les ex­perts.

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