Wall Street doute de la ca­pa­ci­té de Trump à im­po­ser ses ré­formes

Fra­gi­li­sé par des scan­dales, le pré­sident risque de de­voir re­non­cer aux baisses d’im­pôts pour les en­tre­prises.

Le Figaro - - MARCHÉS - HER­VÉ ROUS­SEAU hrous­seau@le­fi­ga­ro.fr

MAR­CHÉS La pé­riode de grâce dont bé­né­fi­ciait Do­nald Trump au­près des mar­chés a bru­ta­le­ment pris fin cette se­maine. Moins de quatre mois après l’ar­ri­vée du mil­liar­daire à la Mai­sonB­lanche, des ré­vé­la­tions en cas­cade le placent dans une po­si­tion très dé­li­cate, ce qui in­quiète for­te­ment les mar­chés. Le Wa­shing­ton Post a lan­cé une vé­ri­table bombe cette se­maine en pu­bliant par le me­nu des indiscrétions com­mises par le pré­sident ré­pu­bli­cain.

Se­lon le quo­ti­dien, le chef de l’État au­rait ré­vé­lé des in­for­ma­tions clas­si­fiées aux Russes et de­man­dé au pa­tron du FBI, qu’il a fi­na­le­ment li­mo­gé, de mettre fin à une en­quête. La ten­sion est mon­tée d’un cran en mi­lieu de se­maine avec la no­mi­na­tion de Ro­bert Muel­ler, pro­cu­reur spé­cial char­gé d’éclair­cir cette af­faire.

Au plus fort de la tem­pête, mer­cre­di, le Dow Jones a ain­si plon­gé de 1,78% et le Nas­daq de 2,57%. Sur les cinq der­nières séances de Bourse, les deux in­dices phares de Wall Street, qui vo­laient au­pa­ra­vant de re­cord en re­cord, perdent res­pec­ti­ve­ment 1,3 % et 1,08 %. Toute la pla­nète fi­nan­cière a trem­blé. Le dol­lar est tom­bé à un plan­cher in­con­nu face à l’eu­ro de­puis l’élec­tion pré­si­den­tielle du mois de no­vembre der­nier.

Signe de la dé­fiance des mar­chés, les in­ves­tis­seurs se sont rués vers les tra­di­tion­nelles va­leurs re­fuges, or et obli­ga­tions pu­bliques. L’once de mé­tal pré­cieux a grim­pé de plus de 2% sur la se­maine et le taux des bonds du tré­sor amé­ri­cains à 10 ans, qui évo­lue en sens in­verse de la de­mande, est tom­bé d’un peu plus de 2,4 %, à près de 2,2 %.

La belle mé­ca­nique s’en­raye

La belle mé­ca­nique qui fai­sait avan­cer les mar­chés amé­ri­cains de­puis un peu plus de six mois s’est vi­si­ble­ment en­rayée. Les craintes des in­ves­tis­seurs se fo­ca­lisent sur la ca­pa­ci­té du pré­sident, dé­sor­mais for­te­ment fra­gi­li­sé, à te­nir ses pro­messes élec­to­rales. «Ils se de­mandent en par­ti­cu­lier s’il va pou­voir faire pas­ser sa vaste ré­forme de la fis­ca­li­té des en­tre­prises», note Julien-Pierre Nouen, di­rec­teur des études éco­no­miques de La­zard Frères Ges­tion.

Cette pro­messe de cam­pagne a lar­ge­ment par­ti­ci­pé à la for­mi­dable hausse des mar­chés amé­ri­cains de­puis l’élec­tion de Do­nald Trump. «Les baisses d’im­pôts sur les so­cié­tés pro­mises par Do­nald Trump re­pré­sen­taient à elles seules un po­ten­tiel d’ap­pré­cia­tion d’en­vi­ron 22 % des bé­né­fices par ac­tion pour les en­tre­prises du Stan­dard & Poor’s 500 », ex­pliquent les ana­lystes Au­rel BGC. Elles jus­ti­fient ain­si en grande par­tie la prime dont bé­né­fi­cient les ac­tions amé­ri­caines qui se payent ac­tuel­le­ment au­tour de 18 fois les bé­né­fices at­ten­dus pour l’exer­cice en cours contre un peu moins de 15 fois pour les ac­tions eu­ro­péennes. Si ce coup de pouce fis­cal ne se concré­tise pas, cette prime pour­rait se ré­duire, ti­rant ain­si les mar­chés amé­ri­cains vers le bas.

«Les in­ves­tis­seurs ont acheté du rêve et ils sont au­jourd’hui rat­tra­pés par la réa­li­té », constate Ales­san­dra Gau­dio, di­rec­trice gé­né­rale de la so­cié­té de ges­tion de Swiss Life Banque Pri­vée. Pour elle, «avec les dé­boires de Do­nald Trump, le risque po­li­tique qui a frei­né les mar­chés eu­ro­péens en dé­but d’an­née vient de tra­ver­ser l’At­lan­tique ». Si les ac­cu­sa­tions por­tées contre Do­nald Trump se confirment, les mar­chés re­doutent que le pré­sident amé­ri­cain soit contraint de je­ter l’éponge avant la fin de son man­dat.

Se­lon Pre­dicWise, les ana­lystes sont dé­sor­mais 50% à ju­ger cette hy­po­thèse pro­bable. 30% d’entre eux es­timent même qu’il pour­rait quit­ter son poste avant la fin de l’an­née. Il y a une quin­zaine de jours, ils n’étaient que 10 %.

Les mar­chés eu­ro­péens pri­vi­lé­giés

Cer­tains élus d’op­po­si­tion ont d’ailleurs sou­le­vé cette se­maine la ques­tion de la des­ti­tu­tion de Do­nald Trump. Tou­te­fois, pour Julien-Pierre Nouen, chez La­zard Frères Ges­tion, «avec une ma­jo­ri­té ré­pu­bli­caine au Congrès, cette pro­cé­dure longue et com­plexe a peu de chances d’être lan­cée et en­core moins d’abou­tir ». Pour bon nombre d’ana­lystes, les mar­chés amé­ri­cains, qui avaient grim­pé pra­ti­que­ment en ligne droite de­puis six mois, avaient aus­si be­soin de res­pi­rer.

Reste que la tour­nure prise par les af­faires qui écla­boussent Do­nald Trump ren­force en­core l’at­trait des mar­chés eu­ro­péens face à leurs ho­mo­logues amé­ri­cains. Les ana­lystes de Bank of Ame­ri­ca Mer­rill Lynch constatent que les fonds dé­diés aux ac­tions amé­ri­caines ont en­re­gis­tré près de 9 mil­liards de dol­lars de ra­chats sur la se­maine, tan­dis que les fonds en ac­tions eu­ro­péennes ont bé­né­fi­cié d’en­trées nettes pour 1,1 mil­liard de dol­lars. Ales­san­dra Gau­dio chez Swiss Life es­time que le ré­cent re­cul des mar­chés consti­tue une op­por­tu­ni­té pour ren­for­cer les po­si­tions sur les va­leurs fi­nan­cières et in­dus­trielles eu­ro­péennes « moins chères et qui offrent de plus belles pers­pec­tives de ré­sul­tats» que les so­cié­tés co­tées à Wall Street.

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