Bar­bante « Bar­ba­ra »

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - ÉRIC NEUHOFF eneu­hoff@le­fi­ga­ro.fr

UN CER­TAIN RE­GARD Dans ce film sur Jeanne Ba­li­bar, il est un peu trop ques­tion de Bar­ba­ra. La co­mé­dienne en­va­hit l’écran comme une horde d’oli­garques russes débarquant dans une dis­co­thèque de Cour­che­vel. Il n’y en a que pour elle. C’est écra­sant. En plus, Amal­ric s’offre le luxe du film dans le film. Un réa­li­sa­teur – Amal­ric en per­sonne, avec des cos­tumes de gros tweed et ses che­veux d’une teinte bi­zarre – tourne un long-mé­trage sur la chan­teuse (ici une Brigitte qui se rêve en ba­teau). On voit des do­cu­ments d’époque, des en­tre­tiens, des ca­mé­ras, des claps de fin. Le but est de perdre son la­tin.

Ba­li­bar (par­don, Brigitte) ré­pète son rôle, mime les gestes, ob­serve les mi­miques de son mo­dèle. Elle s’en tire avec les hon­neurs de la guerre, re­trouve même par ins­tants le timbre de la dame en noir. Il y a tout, là-de­dans. Les lu­nettes aus­si grandes que des pa­ra­boles, les ai­guilles à tri­co­ter, les pan­ta­lons larges comme des dra­peaux, les té­lé­phones à ca­dran, les in­som­nies, les ma­gné­to­phones à bo­bines, un vrai et un faux Jacques Tour­nier qui fut le pre­mier à écrire sur elle. On di­rait qu’Amal­ric, as­sez ivre de lui-même, n’a eu qu’une crainte : faire un film clas­sique, nor­mal.

Il ne mange pas de ce pain-là. Il la joue à l’ar­tiste, brouille les cartes. Les sé­quences se marchent sur les pieds. Il sait qu’il ne pour­ra pas tout mon­trer. Il hé­site à faire le tri. Il coupe par-ci, ral­longe par-là, ne ré­ta­blit pas tou­jours l’équi­libre. C’est comme s’il avait ar­ra­ché au ha­sard cer­taines pages de son scé­na­rio. Pi­ran­del­lo, nous voi­là. Ba­li­bar­ba­ra. La mai­son de Pré­cy-surMarne est là, va­gue­ment à l’aban­don. On pousse la porte du jar­din. Ce­la cherche l’ori­gi­na­li­té à tout prix. Ba­li­bar ap­pelle son im­pré­sa­rio, en­lève ses bas en voi­ture, s’ins­talle au pia­no dans un rou­tier le soir, couche avec son mu­si­cien avant de le mettre de­hors (rare épi­sode ri­go­lo). On ou­bliait le ro­cking-chair. Le voi­ci, dans l’herbe, avec un châle des­sus. Bon, pas­sons. Dans un ca­fé, un consom­ma­teur pleure en en­ten­dant L’Aigle noir à la té­lé­vi­sion. Ouille. L’ad­mi­ra­tion est une chose dif­fi­cile à ma­nier. Ce tu­multe de ca­prices dé­borde.

Ces ara­besques pleines de sil­houettes et de ru­meurs ur­baines as­phyxient. On est as­sailli par tous ces numéros, étouf­fé par cette virtuosité vou­lue où sur­nagent par ins­tants des éclats de Tour­née, au­tre­ment plus réus­si. Cette ode à une co­mé­dienne, cet hom­mage mal­adroit et ta­ra­bis­co­té à une icône, ce livre d’images en désordre n’éclairent guère la nais­sance d’un ta­lent, le mys­tère d’un gé­nie. Est-ce un ser­vice ren­du à Bar­ba­ra ? Rien n’est moins sûr. Dans le genre, on pré­fé­rait en­core La Môme. C’est dire.

« Bar­ba­ra »

Drame de Ma­thieu Amal­ric Avec Jeanne Ba­li­bar, Ma­thieu Amal­ric, Vincent Pei­ra­ni Du­rée 1 h 37 L’avis du Figaro : Sor­tie le 6 sep­tembre

“L’ad­mi­ra­tion est une chose dif­fi­cile à ma­nier ”

FDC 2017

Bar­ba­ra, avec Jeanne Ba­li­bar et Ma­thieu Amal­ric, est un hom­mage ta­ra­bis­co­té à « la Dame en noir ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.