Sandrine Ki­ber­lain, Mme la pré­si­dente

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - NA­THA­LIE SI­MON nsi­mon@le­fi­ga­ro.fr

CA­MÉ­RA D’OR Re­gard vert d’eau, concen­trée, Sandrine Ki­ber­lain est se­reine, à l’op­po­sé de l’ef­fer­ves­cence qui règne sur la Croi­sette. Ins­tal­lée sur un ca­na­pé, en che­mi­sier et pan­ta­lon ocre, cette fine brin­dille écoute sans bron­cher les ques­tions qu’on lui pose. Après Sabine Azé­ma (2015) et Ca­the­rine Cor­si­ni (2016), le dé­lé­gué gé­né­ral du Fes­ti­val, Thierry Fré­maux, l’a choi­sie pour pré­si­der le ju­ry de la Ca­mé­ra d’or. Ce prix qui se­ra re­mis lors de la soi­rée de clô­ture de la 70e édi­tion, le 28 mai, ré­com­pense une pre­mière oeuvre is­sue de toutes les sé­lec­tions confon­dues. En 2016, c’est Di­vines d’Hou­da Be­nya­mi­na, pré­sen­té à La Quin­zaine des réa­li­sa­teurs, qui l’avait rem­por­té.

La co­mé­dienne blonde avait dé­jà été ju­rée des longs-mé­trages du Fes­ti­val de Cannes en 2001, mais c’est la pre­mière fois qu’elle est pré­si­dente. « Une chance, un hon­neur, dit-elle. Les seuls “pro­blèmes” qu’on af­fronte sont la coif­fure, la robe, le gla­mour… » Celle qui avait re­çu le Cé­sar de la meilleure ac­trice pour Neuf mois ferme, d’Al­bert Du­pon­tel, se ré­jouit à l’idée de dé­cou­vrir des oeuvres di­verses (vingt-six films au to­tal) et de nou­veaux ta­lents. « Je me sens res­pon­sable. À mes jurés et moi-même, je sou­haite d’avoir un flash, d’être face à une évi­dence. Un bon film est ce­lui qui me touche parce qu’il est per­son­nel, montre le re­gard d’un ci­néaste qui me trans­porte et me fait ou­blier la réa­li­té. Ce­lui qui aide à vivre, sup­por­ter un cha­grin ou à en sor­tir… ».

Les der­niers qui lui ont fait du bien ? L’Ave­nir de Mia Han­sen-Love et La La Land, la co­mé­die mu­si­cale de Da­mien Cha­zelle. « Je m’iden­ti­fie aux per­son­nages d’Em­ma Stone et de Ryan Gos­ling », confie en sou­riant Sandrine Ki­ber­lain, qui en­tend res­ter elle-même, ou­verte et « gâ­ter » les jurés. Sa seule règle ? Se voir tous les deux jours pour échan­ger sur les films. Elle sait ce qu’est une pre­mière der­rière la ca­mé­ra. Elle avait réa­li­sé un jo­li court-mé­trage, Bonne fi­gure, avec Chia­ra Mas­troian­ni en ac­trice aban­don­née à son sort. « J’aime jouer sur le contraste entre la réa­li­té et les ap­pa­rences », ob­serve la réa­li­sa­trice en herbe.

« Je joue le jeu… »

Mais le long-mé­trage est en­core un pro­jet vague pour elle : «On ne s’in­vente pas met­teur en scène. J’y pense en voyant jus­te­ment des pre­miers films. Il faut avoir quelque chose à dire sans être nom­bri­liste, ré­flé­chir en­suite à la forme. Ce­la prend deux ans de votre vie. Il faut que l’ur­gence, l’ob­ses­sion soient là. » Elle re­prend le propos de Pe­dro Al­mo­do­var lors de la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture du Fes­ti­val. « Il re­trouve un peu de lui dans tous ses films ; moi aus­si, en tant qu’ac­trice, il y a de moi dans tous mes per­son­nages, des in­fluences de co­mé­diennes que j’ai ad­mi­rées, vé­né­rées, une fa­mille dans la­quelle je me re­trouve. »

Sandrine Ki­ber­lain ap­pré­cie beau­coup Ca­the­rine De­neuve, Em­ma­nuelle Ber­cot ou Ma­rion Cotillard. Elle vient de tour­ner le sixième film de So­phie Fillières, La Belle et la Belle, avec Agathe Bo­nit­zer et Mel­vil Pou­paud. Mar­gaux ren­contre son double, de vingt ans plus jeune qu’elle. « Une psychanalyse en di­rect, “woo­dyal­le­nienne” », pré­cise la co­mé­dienne.

For­mée au théâtre - Cours Florent et Conser­va­toire-, l’ex-femme de Vincent Lin­don, au­jourd’hui ma­man, n’a ja­mais eu de plan de car­rière. Elle avance sans cal­cul. Choi­sit ses films au coup de coeur, à l’ins­tinct. Après ré­flexion, elle re­marque : «J’ai l’im­pres­sion d’avoir mis des an­nées pour être en place. Je me suis construite avec les per­son­nages que j’ai joués. Quand on se connaît mieux soi­même, on est plus apte à com­prendre les autres. On va plus à l’es­sen­tiel. »

L’ac­trice va jus­qu’à prô­ner une phi­lo­so­phie in­verse à celle de Cannes. « On de­vrait se mo­quer de l’image que l’on donne, moins pen­ser au re­gard des autres, être plus hon­nête, pré­cis avec ce que l’on res­sent, abor­der la fo­lie qu’il y a ici avec dis­tance et hu­mour. Je joue le jeu… même si c’est plus fa­cile pour moi quand je ne porte pas de talons. »

LOIC VENANCE/AFP

Sandrine Ki­ber­lain, pré­si­dente de la Ca­mé­ra d’or, sur la Croi­sette, ven­dre­di.

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