To­kyo, sous le signe de la re­nais­sance

Illus­tré par des images d’archives co­lo­ri­sées ex­cep­tion­nelles, un do­cu­men­taire re­trace l’his­toire de la ca­pi­tale nip­pone dé­truite à deux re­prises pen­dant le XXe siècle.

Le Figaro - - TÉLÉVISION - BLAISE DE CHABALIER bde­cha­ba­lier@le­fi­ga­ro.fr

Lors du grand bom­bar­de­ment du 10 mars 1945, notre mai­son a brû­lé», se sou­vient, en voix off, Ko­suke Sa­to, alors qu’ap­pa­raissent à l’écran des ex­traits d’un film ama­teur qui le montre, alors qu’il était en­fant, dans les dé­combres de To­kyo. Toute la force du do­cu­men­taire d’Oli­vier Julien, To­kyo, ca­ta­clysmes et re­nais­sances, adap­té du film de Shin­ji Iwa­ta, dif­fu­sé ce sa­me­di sur Arte, est de re­tra­cer l’his­toire des cent cin­quante der­nières an­nées de la ca­pi­tale ja­po­naise, en illus­trant son propos par d’ex­cep­tion­nelles images d’archives, sou­vent co­lo­ri­sées.

«Sur la gauche de l’écran, te­nant la main de mon grand frère, c’est moi à l’âge de 2 ans, pré­cise Ko­suke Sa­to. Mon père a été dé­mo­bi­li­sé à la fin de la guerre, nous al­lions chaque jour avec lui sur les ruines de notre mai­son. Nous fouil­lions les dé­combres à la re­cherche de ce qui pour­rait se vendre. (…) »

Ré­si­lience et adap­ta­tion

Quant aux ter­ribles cli­chés du pho­to­graphe Koya Ishi­ka­wa, qui montrent d’in­nom­brables corps cal­ci­nés de To­kyoïtes jon­chant le sol après ce bom­bar­de­ment du 10 mars qui fit plus de 100000 morts en une nuit, ils sont sai­sis­sants. Ils per­mettent de bien com­prendre l’am­pleur de la ca­tas­trophe su­bie par la ca­pi­tale nip­pone pen­dant la Se­conde Guerre mon­diale. Mais une fois le constat de des­truc­tion fait, le film montre comment To­kyo, à l’image du Ja­pon, a su se re­cons­truire pour fi­na­le­ment s’af­fir­mer comme une mé­ga­lo­pole à la pointe du mo­der­nisme, qui re­groupe au­jourd’hui 36 mil­lions d’ha­bi­tants avec son ag­glo­mé­ra­tion.

Les ca­pa­ci­tés de ré­si­lience, de re­nais- sance, d’adap­ta­tion de To­kyo, le film ra­conte qu’elles sont au coeur de cette ci­té de­puis très long­temps. Les pre­mières pho­to­gra­phies de la ville, avant qu’elle ne de­vienne la ca­pi­tale du pays, quand elle s’ap­pe­lait en­core Edo, sont éton­nantes. La vo­lon­té de l’empe- reur Mei­ji de mo­der­ni­ser le Ja­pon en s’ins­pi­rant dé­jà de l’Oc­ci­dent, est évo­quée. C’est lui qui en 1868 fe­ra d’Edo, qui prend alors le nom de To­kyo, la nou­velle ca­pi­tale à la place de Kyo­to. Les pre­mières vues fil­mées de la ci­té datent de 1898. Elles sont prises par un opé­ra­teur des frères Lu­mière. Les rues grouillent de pousse-pousse, les mai­sons sont de bois, mais si le Ja­pon est en­core féo­dal, les sa­mou­raïs n’ont plus le droit de por­ter leurs sabres. Ces images ont été co­lo­ri­sées par Louis Vau­de­ville, qui tra­vaille pour la so­cié­té des do­cu­men­ta­ristes Isa­belle Clarke et Da­niel Cos­telle. « Pour res­ti­tuer les cou­leurs, notre équipe s’est ap­puyée sur les nom­breuses pho­to­gra­phies peintes à la main qui ont été conser- vées sur la vie du Ja­pon à la fin du XIXe siècle », confie Louis Vau­de­ville.

Le film tour­né juste après le grand séisme du Kan­to en 1923, qui fit 105 000 morts, a éga­le­ment été co­lo­ri­sé. Ce trem­ble­ment de terre, qui cor­res­pond à la pre­mière des­truc­tion de To­kyo, se­ra sui­vi d’une re­cons­truc­tion ra­pide, tout comme celle qui s’or­ga­ni­sa après les bom­bar­de­ments de 1945.

Au fi­nal, la force vi­tale des To­kyoïtes, ac­com­pa­gnée d’une dé­ter­mi­na­tion à toutes épreuves, im­pres­sionne. Elle fut une nou­velle fois vi­sible après la ca­tas­trophe de Fu­ku­shi­ma en 2011.

«

Quar­tier de Tai­to, à To­kyo. Alors âgé de 2 ans, Ko­suke Sa­to (au centre), l’un des té­moins du do­cu­men­taire d’Arte, al­lait chaque jour avec son père et son frère fouiller les ruines de leur mai­son dé­truite par le bom­bar­de­ment du 10 mars 1945.

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