Après les illu­sions

Le Figaro - - LA UNE - Par Yves Th­réard ISSN 0182.5852 ythreard@lefigaro.fr

Dans le monde en­gour­di de la po­li­tique, il ap­pa­rais­sait comme une pro­messe de chan­ge­ment. Lui-même an­non­çait, à sa fa­çon, une « ré­vo­lu­tion ». Hors des par­tis. Il l’avait écrit dans un livre. Avec lui, les visages et les usages ne se­raient plus les mêmes. Dans un pay­sage de cam­pagne élec­trique, il in­car­nait la ré­forme en sou­riant. Le soir de son élec­tion, il avait d’ailleurs fait don­ner l’Hymne à la joie dans la cour du Louvre. C’était il y a trois mois. Au­jourd’hui, le son­dage que pu­blie Le Fi­ga­ro parle-t-il du même homme? 64% des Fran­çais s’avouent mé­con­tents d’Em­ma­nuel Ma­cron. Ils sont plus nom­breux qu’en août 2012. Quand le lo­ca­taire de l’Ély­sée s’ap­pe­lait Fran­çois Hol­lande ! Bien sûr, le socle élec­to­ral du nou­veau pré­sident de la Ré­pu­blique était fra­gile: ce ne fut pas un raz de ma­rée en sa fa­veur. Bien sûr, il y a ce tem­pé­ra­ment fran­çais. Si étrange et sin­gu­lier. Par­fois schi­zo­phrène, sou­vent im­pa­tient. Bien sûr, nul ne peut ima­gi­ner qu’un pays puisse se trans­for­mer en quelques jours par la grâce d’une ba­guette ma­gique ou la force de Ju­pi­ter. Les mi­racles n’existent pas. Les pos­tures ne ré­sistent pas aux at­tentes de l’opi­nion. La sai­son des illu­sions est donc fi­nie. Em­ma­nuel Ma­cron est rat­tra­pé par la réa­li­té. Sans doute a-t-il trop pé­ché par omis­sion. Avec rai­son, il vou­lait re­don­ner confiance et es­poir aux Fran­çais. Mais son tort a été d’ou­blier de leur dire que rien ne s’ac­quiert sans ef­forts. Flui­di­fier le mar­ché du tra­vail, ré­duire les dé­fi­cits, mieux lut­ter contre le ter­ro­risme… Toutes ces ré­formes, le chef de l’État les a an­non­cées et il semble s’y te­nir, mais leur réus­site exige des choix clairs. La po­li­tique du « en même temps» a ses li­mites. Vou­loir plaire à tout le monde – «et à droite et à gauche» - est le plus sûr moyen d’échouer. Ce n’est qu’un dé­but. Rien n’est per­du. Em­ma­nuel Ma­cron a su ra­va­ler la fa­çade, mais il n’est plus maître du temps : il doit sans tar­der s’at­ta­quer au gros oeuvre. Un chan­tier moins su­per­fi­ciel, au­tre­ment plus dif­fi­cile. Her­cu­léen, presque. ■

Em­ma­nuel Ma­cron est rat­tra­pé par la réa­li­té

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