Mi­grants : la France veut créer des centres de contrôle au Sa­hel

An­non­cé par Em­ma­nuel Ma­cron, le pro­jet de mon­ter des centres en Afrique se heurte à de nom­breuses dif­fi­cul­tés.

Le Figaro - - LA UNE - TAN­GUY BERTHEMET @tan­guy­ber

Face à la dif­fi­cul­té de créer des centres d’exa­men (hot spots) pour les mi­grants en Li­bye, la France en­vi­sage d’ou­vrir des sites plus au sud, au Ni­ger et au Tchad. Ces postes avan­cés se­raient des­ti­nés à étu­dier sur place la si­tua­tion des mi­grants afin de dé­ter­mi­ner les­quels pour­raient bé­né­fi­cier du sta­tut de ré­fu­gié en France.

MI­GRA­TION Le pro­jet de créer des centres d’exa­men (hot spots) pour les mi­grants en Afrique est tou­jours d’ac­tua­li­té, mais tou­jours aus­si flou. Le 27 juillet, Em­ma­nuel Ma­cron avait sou­le­vé une cer­taine in­cré­du­li­té en an­non­çant son in­ten­tion d’en ins­tal­ler en Li­bye.

« L’idée (…) est d’évi­ter aux gens de prendre des risques fous, alors qu’ils ne sont pas tous éli­gibles à l’asile. Les gens, on va al­ler les cher­cher. Je compte le faire dès cet été », avait ex­pli­qué le pré­sident. Dans la fou­lée, l’Ély­sée pré­ci­sait que ces fu­turs centres ne se­raient pas construits en Li­bye, au moins dans un pre­mier temps. Il fau­drait « que les condi­tions de sé­cu­ri­té soient réunies et au­jourd’hui elles ne le sont pas ». À la place, la France en­vi­sage donc d’ou­vrir des sites plus au sud, au Ni­ger et au Tchad. Ces deux pays ne sont pas choi­sis au ha­sard. Ils sont connus pour être des zones de tran­sit pour les mi­grants cher­chant à ga­gner la Li­bye, puis la Mé­di­ter­ra­née, et en­fin l’Eu­rope.

À Nia­mey, les au­to­ri­tés se sont dites prêtes à col­la­bo­rer, tout en ajou­tant qu’elles « at­ten­daient les dé­tails ». « Nous sommes en ré­flexion pour vé­ri­fier le cô­té opé­ra­tion­nel de centres d’orien­ta­tion que nous met­trions en place à la fois au Tchad et au Ni­ger pour contri­buer à maî­tri­ser les flux de mi­gra­tions », a pru­dem­ment ex­pli­qué mar­di le mi­nistre des Af­faires étran­gères, Jean-Yves Le Drian.

Les pro­blèmes sou­le­vés par ce pro­jet semblent im­menses. D’abord parce que si la sé­cu­ri­té est meilleure au Sa­hel qu’en Li­bye, elle reste néan­moins très aléa­toire, par­ti­cu­liè­re­ment au nord. Pour des fonc­tion­naires fran­çais de l’Of­pra (Of­fice fran­çais de pro­tec­tion des ré­fu­giés et des apa­trides), l’or­ga­nisme qui gère ce genre de dos­siers, s’y ins­tal­ler ne se­rait pas sans risques. En­suite, il fau­dra convaincre les mi­grants de se pré­sen­ter dans ces hot spots, et non de ten­ter leur chance via la Li­bye.

L’idée de ces postes avan­cés est di­rec­te­ment ins­pi­rée d’ex­pé­riences me­nées par l’Of­pra de­puis 2016, no­tam­ment en Tur­quie, au Li­ban et en Jor­da­nie. L’of­fice en­voie dans ces États des mis­sions ponc­tuelles char­gées d’exa­mi­ner sur place la si­tua­tion des ré­fu­giés et de dé­ter­mi­ner les­quels sont à même de mi­grer lé­ga­le­ment en France. Dans ce dis­po­si­tif, mon­té dans le cadre eu­ro­péen d’ac­cueil des ré­fu­giés, les can­di­dats sont pré­sé­lec­tion­nés par le Haut Com­mis­sa­riat aux ré­fu­giés (HRC), une agence de l’ONU. L’im­mense ma­jo­ri­té de ces mi­grants po­ten­tiels vit dans des camps gé­rés par le même HCR. Cette ten­ta­tive de faire sor­tir de France l’Of­pra a été ju­gée sa­tis­fai­sante.

Fuir la mi­sère

L’ex­pé­rience ne pour­ra ce­pen­dant pas être si fa­ci­le­ment re­pro­duite au Sa­hel. Au Ni­ger, comme au Tchad, la pré­sence du HCR est moindre, même si l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale des mi­gra­tions (OIM) est pré­sente, et sé­lec­tion­ner des dos­siers se­rait plus com­plexe. D’au­tant que les mi­grants ne sont pas dans des camps. Ils sont éga­le­ment d’une tout autre na­ture.

Si, au Li­ban comme en Jor­da­nie, il s’agit le plus sou­vent de ré­fu­giés contraints à fuir leurs pays en guerre, au Sa­hel, ce sont massivement des mi­grants vo­lon­taires qui fuient la mi­sère. En Li­bye, la plu­part des can­di­dats à l’Eu­rope viennent d’ailleurs de Côte d’Ivoire, de Gam­bie, du Ni­ge­ria ou du Ban­gla­desh, des na­tions en paix. En d’autres termes, ces ré­fu­giés éco­no­miques n’entrent pas dans les cri­tères de l’Of­pra. Ils se­ront donc sans doute peu en­clins à se ma­ni­fes­ter au­près des re­pré­sen­tants fran­çais. Et rien ne ga­ran­tit que les re­fou­lés ne conti­nuent pas mal­gré tout leur route.

Pa­ris est bien conscient de ces obs­tacles. Pour l’heure, le gou­ver­ne­ment « étu­die la ques­tion » en « re­la­tion étroite avec les au­to­ri­tés ni­gé­riennes et tcha­diennes, avec le HCR, qui a dé­jà là des centres d’ac­cueil, et avec l’OIM »,a dé­taillé Jean-Yves Le Drian, avant de conclure : « La vraie seule ré­ponse pour lut­ter contre ces flux mi­gra­toires, c’est d’avoir une sé­cu­ri­té en Li­bye ».

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