Do­nald Trump dé­fie en­core un peu plus Pyon­gyang

« Les op­tions mi­li­taires sont main­te­nant bien en place », a dé­cla­ré le pré­sident amé­ri­cain à l’adresse de Kim Jong-un.

Le Figaro - - LA UNE - LAURE MAN­DE­VILLE @lau­re­man­de­ville EN­VOYÉE SPÉ­CIALE À WA­SHING­TON

CRISE NORD-CO­RÉENNE Face à la guerre des mots et des nerfs qui op­pose Wa­shing­ton et Pyon­gyang, le monde en­tier s’in­quiète, crai­gnant un en­chaî­ne­ment fa­tal. Mais Do­nald Trump pour­suit sa rhé­to­rique guer­rière. « Les op­tions mi­li­taires sont main­te­nant bien en place, bou­clées et prêtes à être mises en ac­tion si la Co­rée du Nord agis­sait im­pru­dem­ment. Il faut es­pé­rer que Kim Jong-un choi­si­ra un autre che­min », a-t-il twee­té ven­dre­di ma­tin. Plus tard dans la jour­née, le pré­sident amé­ri­cain a in­sis­té, as­su­rant que si le lea­der nord-co­réen at­ta­quait Guam, l’île amé­ri­caine si­tuée dans le Pa­ci­fique, il le re­gret­te­rait « vrai­ment » et « ra­pi­de­ment ».

Jeu­di après-mi­di dé­jà, Do­nald Trump avait per­sis­té et si­gné dans sa pos­ture me­na­çante, es­ti­mant que ceux qui cri­ti­quaient ses pa­roles avaient tort. N’êtes-vous pas trop dur ? ont de­man­dé les jour­na­listes, après ses pro­messes de dé­clen­cher « le feu et la co­lère » si Pyon­gyang per­sis­tait à me­na­cer le ter­ri­toire amé­ri­cain. « Peut-être que ma dé­cla­ra­tion n’était pas as­sez dure », at-il ré­tor­qué. Les pré­si­dents amé­ri­cains « ont né­go­cié de­puis vingt-cinq ans. Re­gar­dez Clin­ton. Il s’est cou­ché pen­dant ses né­go­cia­tions. Il était faible et in­ef­fi­cace. Re­gar­dez ce qui s’est pas­sé avec Bush… avec Oba­ma. Lui ne vou­lait même pas en par­ler. Moi je parle. Il est temps », a-t-il in­sis­té.

Du­rant sa cam­pagne, son ins­tinct du rap­port de force a presque tou­jours conduit Do­nald Trump à choi­sir la contre-at­taque et la mon­tée aux ex­trêmes rhé­to­riques, sans cé­der un pouce. Ap­pli­quant une re­cette de la théo­rie des jeux, en­sei­gnée aux ex­perts de la dis­sua­sion nu­cléaire comme aux joueurs de po­ker, il cherche à convaincre Kim Jong-un et ses pro­tec­teurs chi­nois qu’il ne bluffe pas quand il dit qu’il n’ac­cep­te­ra ja­mais une nu­cléa­ri­sa­tion de la Co­rée du Nord met­tant le ter­ri­toire amé­ri­cain à por­tée de ses mis­siles. Le pré­sident des États-Unis semble vou­loir pro­fi­ter de son image de lea­der im­pul­sif pour don­ner de la cré­di­bi­li­té à son pro­pos. Son cal­cul pour­rait être de pra­ti­quer le bras de fer « au bord du gouffre », comme Ken­ne­dy l’avait fait pen­dant la crise de Cu­ba, pour convaincre les Chi­nois de pous­ser Pyon­gyang à lâ­cher prise sur la nu­cléa­ri­sa­tion. En échange d’une mis­sion de bons of­fices chi­nois, qui ré­gle­rait le pro­blème, Trump sug­gère de ne pas lan­cer sa guerre com­mer­ciale contre Pé­kin et il a char­gé le se­cré­taire d’État Rex Tiller­son de pro­po­ser l’ou­ver­ture de né­go­cia­tions di­rectes avec Pyon­gyang, qui vi­se­raient à of­frir au ré­gime com­mu­niste des avan­tages ain­si que l’as­su­rance de ne rien faire pour le faire tom­ber.

« Dé­cla­ra­tions ir­res­pon­sables »

Mais si Trump se trompe sur la psy­cho­lo­gie de Kim – ou sur les ca­pa­ci­tés d’in­fluence de Pé­kin - et dé­clenche, par son po­ker nu­cléaire, une es­ca­lade in­con­trô­lable ? La ques­tion se pose alors que la Co­rée du Nord a pour l’ins­tant choi­si la sur­en­chère, me­na­çant de lan­cer une at­taque contre Guam. L’ar­mée de Pyon­gyang a an­non­cé qu’elle tien­drait prêt un plan d’of­fen­sive contre Guam d’ici à la mi-août. Ce plan pré­voi­rait de ti­rer 4mis­siles au-des­sus du Ja­pon, qui en 17 mi­nutes et 45 se­condes iraient « s’écra­ser en mer à 30 ou 40 km de l’île amé­ri­caine ».

Le dan­ger, af­firment ana­lystes et po­li­tiques, se­rait que Kim dé­cide, sur un coup de tête, de tes­ter sa cré­di­bi­li­té en ef­fec­tuant des tirs vers Guam. Quelles se­raient alors les op­tions mi­li­taires d’un pré­sident amé­ri­cain qui se­rait for­cé de ré­agir pour ne pas perdre la face ? Pour­rait-il por­ter un coup au ré­gime nord­co­réen sans faire bas­cu­ler la ré­gion dans la guerre to­tale ? In­quiets, 60 dé­pu­tés ont en­voyé une lettre au se­cré­taire d’État Rex Tiller­son pour dé­non­cer « les dé­cla­ra­tions ir­res­pon­sables et dan­ge­reuses » de Trump. À l’étran­ger, la Rus­sie s’est dite « très in­quiète » des risques « très éle­vés de conflit ». Ber­lin a dit ne pas voir de « so­lu­tion mi­li­taire » à l’af­faire et les Chi­nois ont ap­pe­lé les deux par­ties à la « pru­dence ». Mais Do­nald Trump est im­pa­vide.

JIM WAT­SON/AFP

Si Kim Jong-un at­ta­quait Guam, il le re­gret­te­rait « vrai­ment » et « ra­pi­de­ment », a pré­ve­nu Do­nald Trump (ici avec Alexan­der Acos­ta, se­cré­taire au Tra­vail), ven­dre­di, de­puis son golf de Bed­mins­ter, dans le New Jer­sey.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.