Gens de Confiance, la ver­sion BCBG du Bon Coin

Ce ré­seau hup­pé de pe­tites an­nonces n’est ac­ces­sible que par par­rai­nage et rem­porte un franc suc­cès chez les cadres su­pé­rieurs.

Le Figaro - - LA UNE - MA­RIE-ES­TELLE PECH @Ma­ries­tellPech

RÉ­SEAUX C’est le Bon Coin de nombre de cadres su­pé­rieurs et de fa­milles ca­tho­liques. Pour un site de pe­tites an­nonces en ligne, il n’est ni très er­go­no­mique ni très pré­cis. Il est pour­tant de bon ton d’être ins­crit sur Gens de Confiance chez les « bon chic bon genre ». D’au­tant que ce n’est pas fa­cile. Il faut être « par­rai­né » par un mi­ni­mum de trois per­sonnes dé­jà ins­crites sur la pla­te­forme. Et même bien­tôt quatre car « la dif­fi­cul­té doit res­ter constante », ex­plique l’un des fon­da­teurs. Sur la page d’ac­cueil, une pe­tite tour vio­lette sym­bo­lise la « sé­cu­ri­té » et le châ­teau des ducs de Bre­tagne. Car les deux tren­te­naires et le qua­dra­gé­naire à l’ori­gine du site, en 2014, sont nan­tais. Ils ont vou­lu créer un ré­seau de « per­sonnes fiables ». Ce sont d’abord les fa­milles nom­breuses de ces fon­da­teurs, ca­tho­liques re­ven­di­qués, qui ont tes­té ce ré­seau, puis les cou­sins, les amis et les amis des amis. Quatre ans après, le site compte 210000 membres sur l’en­semble de la France et en­vi­ron 700 an­nonces par jour. On est loin du mas­to­donte Le Bon Coin et ses 800 000 an­nonces quo­ti­diennes. Pour­tant la pla­te­forme « se rap­proche de l’équi­libre fi­nan­cier » grâce à la pu­bli­ci­té et aux « dons » des membres.

Ici, les noms de fa­mille comptent sou­vent une par­ti­cule et les pré­noms fleurent bon les gens bien nés : Édouard, Capucine, Ma­rie-Liesse, Côme. On croise quelques prêtres. Mais quel est donc l’in­té­rêt d’un site dont les pro­po­si­tions im­mo­bi­lières sont bien moins nom­breuses que sur Le Bon Coin ou Abri­tel ? « Le choix reste li­mi­té, ex­plique Quit­te­rie*, une Bor­de­laise de 43 ans. Ce sont sou­vent des lo­ca­tions entre gens de bonnes fa­milles qui ne se font pas de ca­deaux, iro­nise-t-elle. Mais cet été nous avons loué à une fa­mille au cap d’An­tibes et il se trouve que c’est la tante d’une amie ! » L’an der­nier, elle a loué à un ma­noir à Gué­rande : « Les gens étaient très bien. » Ce n’est pas le prix qui l’in­té­resse, « mais l’idée qu’on se fait de gens cor­rects à l’ar­ri­vée avec une ar­naque li­mi­tée », ex­plique-t-elle, alors qu’un de ses ne­veux «vient de se faire avoir par Airbnb ».

Les fon­da­teurs de Gens de Confiance n’hé­sitent pas « à ren­voyer la per­sonne in­dé­li­cate et les par­rains qui n’ont pas joué leur rôle », ex­plique Ni­co­las Da- voust, l’un des fon­da­teurs, « mais ce­la ar­rive peu, on n’a qu’un cas par mois ». L’âge mé­dian des ins­crits est de 35 ans. Mais « beau­coup de per­sonnes âgées font des pro­po­si­tions de lo­ca­tions alors qu’elles n’avaient pas osé se lan­cer sur d’autres sites, par mé­fiance », pour­sui­til. L’im­mo­bi­lier re­pré­sente la ma­jo­ri­té des an­nonces, avec une spé­cia­li­té concer­nant « les grandes mai­sons de fa­mille », de­vant les gardes d’en­fants. Ma­rie, pa­ri­sienne, est ras­su­rée que sa jeune fille de 17 ans « ne fasse pas des ba­by-sit­tings chez n’im­porte qui. Le fait que ce soient des gens co­op­tés, voire qu’ils aient éven­tuel­le­ment des connais­sances en com­mun avec nous, me ras­sure ».

Entre deux ventes de chaus­sures ou de com­modes, l’es­prit de cer­taines an­nonces est propre à Gens de Confiance, comme cette dame qui, dans le SudOuest, « pro­pose à trois ou quatre scouts de ve­nir dé­brous­sailler son jar­din d’un hec­tare ». Cet homme offre une « re­traite spi­ri­tuelle en mo­nas­tère avec pré­di­ca­tion ac­com­pa­gnée ». À Bor­deaux, on cherche un « jeune homme pool­man » pour en­tre­te­nir une pis­cine. Et, à Ver­sailles, deux « jeunes pro­fes­sion­nels » cherchent un co­lo­ca­taire pour une « co­lo­ca­tion spi­ri­tuelle et fra­ter­nelle pour prier en­semble, par­ta­ger les re­pas en­semble ». Coût 470 eu­ros par mois. Sur cer­tains groupes de dis­cus­sion, on re­ven­dique la lec­ture du site ca­tho­lique tra­di­tio­na­liste Le Sa­lon Beige, on se sou­vient « avoir mar­ché en 2013 » avec la Ma­nif pour tous. On pro­meut son école ca­tho­lique hors contrat et on s’in­ter­roge sur les rai­sons pour les­quelles « le sta­tut de la mère au foyer est aus­si dé­va­lo­ri­sé ».

Pour Ni­co­las, l’un des fon­da­teurs, « ce cercle res­semble lo­gi­que­ment au noyau de dé­part. Cer­tains pré­sentent le site comme ca­tho­lique. Cette étiquette nous em­bête un peu parce que ça s’est ou­vert. C’est de­ve­nu ré­duc­teur », af­firme-t-il. De fait, Fran­çois, 50 ans, cherche sim­ple­ment un ap­par­te­ment : « Dans le contexte im­mo­bi­lier ul­tra­ten­du à Pa­ris au­jourd’hui, je pense que les bons plans ne passent plus par les sites clas­siques mais par du ré­seau ou du bouche-ào­reille », ex­plique-t-il. Laure, 36 ans, s’est lais­sé ten­ter par « cu­rio­si­té » mais n’y voit pas d’in­té­rêt : « Im­pos­sible pour ce site de concur­ren­cer Le Bon Coin. Pour­tant, tout le monde veut s’ins­crire au­tour de moi ! » La quête de l’entre-soi

La pla­te­forme « se rap­proche de l’équi­libre fi­nan­cier » grâce à la pu­bli­ci­té et aux « dons » des membres

est par­fai­te­ment as­su­mée par cer­tains membres comme Fran­çois, 45 ans, as­so­cié dans une so­cié­té d’au­dit : « J’ai connu ce ré­seau par une col­lègue très bo­bo bien-pen­sante qui, pour­tant, pré­fé­rait que ses filles soient gar­dées par une Ma­rie-As­trid ou une Isaure. Elle était po­si­ti­ve­ment ra­vie. Du coup, une fois ins­crit, j’ai moi-même ven­du quelques trucs à des gens char­mants, qui sa­vaient lire les an­nonces. Un grand confort dans la dis­cus­sion qui m’a éloi­gné de la fré­quen­ta­tion du Bon Coin. »

Ca­the­rine, membre de l’as­so­cia­tion À bras ou­verts, qui or­ga­nise des ren­contres entre des en­fants tou­chés par le han­di­cap et des bé­né­voles, « n’aime pas trop ces sys­tèmes fer­més », mais elle s’en sert. « J’ai pro­po­sé du bé­né­vo­lat. Un pa­pa avait be­soin d’aide pour son fils han­di­ca­pé, j’ai mis une an­nonce sur Gens de Confiance, je n’en connais pas d’autres pour ce genre de de­mande. »■ * L’iden­ti­té des per­sonnes in­ter­ro­gées a été modifiée à leur de­mande.

BRI­GITTE DELIBES

Quatre ans après sa créa­tion par En­guer­rand Lé­ger, Ni­co­las Da­voust et Ul­ric Le Grand (de gauche à droite), le site compte 210 000 membres sur l’en­semble de la France.

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