Cent pre­miers jours en de­mi-teinte

Les pre­miers pas d’Em­ma­nuel Ma­cron au pou­voir al­ternent les réus­sites et les ra­tés.

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - MAR­CE­LO WESFREID @mwes­freid

C’EST un an­ni­ver­saire que le pou­voir ne cé­lé­bre­ra pas. Pen­dant la cam­pagne, Em­ma­nuel Ma­cron ne vou­lait dé­jà pas en­tendre par­ler de la borne des « cent pre­miers jours ». Une pré­si­dence, s’aga­çait le can­di­dat d’En marche !, ne se me­sure pas à la dy­na­mique d’une vic­toire. « Les der­niers pré­si­dents ont cons­truit les condi­tions de leurs échecs dans les pre­mières se­maines à cause de l’ou­trance, du dé­ni du réel ou de la pro­cras­ti­na­tion, es­ti­mait-il dans le JDD du 9 avril 2017. On ne peut pas être dans un pays où la cam­pagne dure deux ans et une pré­si­dence se ré­duit à cent jours ! » Alors que lun­di 14 août cette barre sym­bo­lique se­ra fran­chie (si l’on compte à par­tir du se­cond tour de la pré­si­den­tielle), l’exé­cu­tif pré­fère évo­quer une simple cou­pure es­ti­vale dans « un plan de trans­for­ma­tion s’éta­lant sur la dé­cen­nie ».

Il n’em­pêche : une sé­quence haute en cou­leur se clôt. « On vient de ter­mi­ner la sai­son 1 de la sé­rie Ma­cron, com­mente le porte-pa­role du gou­ver­ne­ment, Chris­tophe Cas­ta­ner. Celle de la conquête, de la re­com­po­si­tion po­li­tique, du dé­pas­se­ment de la vieille po­li­tique. Ar­rive bien­tôt la sai­son 2, avec le vote d’un bud­get qui va dé­coif­fer. » Voi­là pour le tea­sing. L’exé­cu­tif es­père tour­ner la page d’un dé­but de quin­quen­nat en de­mi-teinte.

Tout avait pour­tant par­fai­te­ment com­men­cé. Au soir du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle, Em­ma­nuel Ma­cron s’at­tarde à son QG. Avant d’al­ler fes­toyer à la Ro­tonde, il s’adresse à ses ca­ma­rades : « On a ga­gné le droit de prendre des risques. » C’est sa convic­tion : les Fran­çais l’ont élu pour tour­ner une page.

À peine in­ves­ti, le plus jeune pré­sident de la Ré­pu­blique de­puis 1848 re­monte les Champs-Ély­sées dans un com­mand car. Seul. « Em­ma­nuel Ma­cron a en­dos­sé avec beau­coup d’évi­dence les ha­bits pré­si­den­tiels, alors que cer­tains avaient des doutes, évo­quant sa jeu­nesse et le fait qu’il n’avait ja­mais été élu lo­cal », sou­ligne le pré­sident du groupe LREM, Ri­chard Fer­rand.

Em­ma­nuel Ma­cron cherche la ver­ti­ca­li­té. Son an­ti­mo­dèle s’ap­pelle Fran­çois Hol­lande, l’homme qui lui a pour­tant don­né sa chance. Une nou­velle mé­thode s’im­pose au som­met de l’État. Plus de pi­lo­tage quo­ti­dien des dos­siers par l’Ély­sée. Plus de confidences aux jour­na­listes. Plus de pré­si­dence « normale » abo­lis­sant les dis­tances. Le chef de l’État tra­verse des dé­cors glo­ri­fiant le pas­sé na­tio­nal (Louvre, Ver­sailles, In­va­lides, tour Eif­fel…). De­vant les ca­mé­ras, Em­ma­nuel Ma­cron est hé­li­treuillé dans un sous-ma­rin nu­cléaire. Quitte à ap­pa­raître ob­sé­dé par l’image de sa puis­sance.

Re­com­po­si­tion du pay­sage po­li­tique

Cô­té gouvernance, le pré­sident de la Ré­pu­blique pro­pulse dans les mi­nis­tères des fi­gures de la gauche, de la droite et de la so­cié­té ci­vile. Si sou­vent évo­quée, la re­com­po­si­tion du pay­sage po­li­tique est en­clen­chée, y com­pris à l’As­sem­blée où six pro­jets de loi ont été exa­mi­nés pen­dant la ses­sion ex­tra­or­di­naire qui s’est ache­vée le 9 août. Mais la nou­velle ma­jo­ri­té, com­po­sée en large par­tie de néo­phytes, pèche par in­ex­pé­rience et manque de dis­ci­pline col­lec­tive. « Comme il y a beau­coup de chefs d’en­tre­prise par­mi les nou­veaux dé­pu­tés ma­cro­nistes, au dé­but, per­sonne ne vou­lait ac­cep­ter de re­ce­voir des consignes », ra­conte l’un d’eux.

Pre­mier chan­tier adop­té par la nou­velle ma­jo­ri­té : la loi confiance dans la vie po­li­tique in­ter­dit col­la­bo­ra­teurs fa­mi­liaux et sup­prime la ré­serve par­le­men­taire. Cette pro­messe de re­mise à plat des pra­tiques, au coeur de la cam­pagne pré­si­den­tielle, ne tarde pas à re­ve­nir en boo­me­rang. Quatre mi­nistres de poids (Fran­çois Bay­rou, Ma­rielle de Sar­nez, Syl­vie Gou­lard et Ri­chard Fer­rand) fi­nissent par faire leurs car­tons, soup­çon­nés de mé­langes des genres dans des af­faires an­ciennes.

À cette sé­rie de dé­parts s’ajoute une dé­mis­sion fra­cas­sante : celle du chef d’état-ma­jor des ar­mées Pierre de Villiers, re­ca­dré sans mé­na­ge­ment par Em­ma­nuel Ma­cron pour avoir contes­té des ar­bi­trages bud­gé­taires. La quête d’au­to­ri­té du pré­sident fleure bon l’au­to­ri­ta­risme, dé­nonce en choeur l’op­po­si­tion. Dans l’opi­nion pu­blique, une dis­tance s’ins­talle. Le mé­con­ten­te­ment est pal­pable.

Comment re­trou­ver de l’oxy­gène ? L’exé­cu­tif pro­met de ren­ver­ser la table à l’au­tomne avec des or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail et un bud­get 2018 où les prio­ri­tés se­ront li­sibles, en­clen­chant des ré­formes struc­tu­relles am­bi­tieuses, quitte à bous­cu­ler les ré­sis­tances. Le gou­ver­ne­ment pro­met par ailleurs de bais­ser les im­pôts. « Si on est plan-plan, note un mi­nistre, on va mou­rir. Et le pays aus­si. » Après les ajus­te­ments des cent pre­miers jours sonne l’heure de la prise de risque.

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