Chris­tophe Cas­ta­ner, la révélation

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - M. W.

COMME tous les mi­ra­cu­lés, il a l’éner­gie re­dou­blée de ceux qui ont sen­ti pas­ser le vent du bou­let. Il y a un an et de­mi, Chris­tophe Cas­ta­ner s’est cru mort po­li­ti­que­ment. Aux ré­gio­nales de dé­cembre 2015, il est en­voyé au front. Per­sonne, au PS, ne veut prendre la tête de liste en Pa­ca, ju­gée in­ga­gnable pour la gauche. Fran­çois Hol­lande de­mande au dé­pu­té des Alpes-de-Haute-Pro­vence de se lan­cer. Ar­ri­vé troi­sième avec 16 % des voix au pre­mier tour, Cas­ta­ner prend une dé­ci­sion dif­fi­cile : il re­tire sa liste pour évi­ter une vic­toire du FN. Ré­sul­tat, le Ré­pu­bli­cain Ch­ris­tian Es­tro­si l’em­porte. « À cette époque, j’ai dû être pro­té­gé par quatre gardes du corps », se sou­vient Cas­ta­ner, me­na­cé par des ca­ma­rades en désac­cord. « Cette ex­pé­rience m’a li­bé­ré du PS », ajoute-t-il.

Au­jourd’hui, Chris­tophe Cas­ta­ner re­vit. Le voi­là dans un rôle cen­tral. Nom­mé porte-pa­role du gou­ver­ne­ment et se­cré­taire d’État aux Re­la­tions avec le par­le­ment, ce proche d’Em­ma­nuel Ma­cron a été le vi­sage des trois pre­miers mois du quin­quen­nat, la voix tou­jours dis­po­nible pour une in­ter­view, une ex­pli­ca­tion, une ri­poste.

Les Fran­çais ont ap­pris à connaître ce quin­qua bar­bu, s’ex­pri­mant pê­le­mêle sur le pré­sident (« Em­ma­nuel Ma­cron a fait le choix de ne pas de­ve­nir le com­men­ta­teur des com­men­ta­teurs »), les APL, le sta­tut de la pre­mière dame (« ren­dons pu­blics tous les moyens qui sont mis à dis­po­si­tion du conjoint du chef de l’État »), la na­tio­na­li­sa­tion de STX, l’ad­mis­sion post­bac (« un sys­tème to­ta­le­ment idiot »), le gé­né­ral Pierre de Villiers (« un poète re­ven­di­ca­tif »).

Dans une ga­laxie ma­cro­niste do­mi­née par un pré­sident qui fuit les mé­dias et des mi­nistres néo­phytes, sa pa­role est qua­si­ment la seule à ir­ri­guer. Plus mar­quant en­core, le porte-pa­role n’a pas sa langue dans la poche. « C’est ce que je suis, com­mente ce pi­lier de l’aven­ture d’En marche ! J’es­saie de ne pas chan­ger. Je sais tou­te­fois que ce que je dis peut faire des dé­gâts si je suis dans l’à-peu-près. » De­puis l’in­ves­ti­ture, il dit res­sen­tir une « ten­sion » presque « phy­sique », mas­quée der­rière un sou­rire dé­con­trac­té, quand il ex­prime la voie of­fi­cielle.

Re­mo­ti­ver les élus

Cet homme du Sud à l’ac­cent chan­tant se lève quand tout le monde dort en­core. À 5 heures du ma­tin, Chris­tophe Cas­ta­ner tente de de­vi­ner les ques­tions du jour. Il épluche les quo­ti­diens na­tio­naux, la presse ré­gio­nale. Il s’in­forme des mots les plus re­cher­chés sur Twit­ter. Il ana­lyse les notes sur l’opi­nion pu­blique que lui en­voie le Ser­vice d’in­for­ma­tion du gou­ver­ne­ment (SIG), dont il a la tu­telle. Cette ad­mi­nis­tra­tion s’oc­cupe de la com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale et des discrets son­dages com­man­dés par l’exé­cu­tif.

Son autre cas­quette n’est pas de tout re­pos. À l’As­sem­blée, le se­cré­taire d’État aux Re­la­tions avec le Par­le­ment tente de mettre du liant entre le gou­ver­ne­ment et les dé­pu­tés. De­puis la fra­gi­li­sa­tion de Ri­chard Fer­rand, il est même de­ve­nu une sorte de « pré­sident de groupe bis », se­lon un dé­pu­té.

Si l’op­po­si­tion a poin­té son ab­sence au banc, on le voit sou­vent à la bu­vette des par­le­men­taires. Opé­ra­tion : re­mo­ti­va­tion des élus. Il oriente des dé­pu­tés avant des pas­sages à la té­lé­vi­sion. En­voie des SMS d’en­cou­ra­ge­ment à des ora­teurs in­ex­pé­ri­men­tés qui ont ra­té leur in­ter­ven­tion. « Chris­tophe est un por­teur de bu­rettes, ré­sume Ar­naud Le­roy, membre du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de La Ré­pu­blique en marche, en ré­fé­rence à ces ré­ci­pients d’huile qu’on verse sur les mo­teurs. Il est là de­puis le dé­part, connaît tout le monde, trans­met les mes­sages. »

«Je me mé­fie des ors de la Ré­pu­blique, de la gri­se­rie du pou­voir, confie Chris­tophe Cas­ta­ner. J’es­père qu’ils ne m’em­por­te­ront pas. » Ces va­cances, il se re­pose en Corse. Au pro­gramme du porte-flingue de Ma­cron : un po­lar par jour de congé. Dans ces livres, les balles ne font pas mal. La vie n’est qu’une suc­ces­sion de hauts et de bas. Sans gra­vi­té.

Chris­tophe Cas­ta­ner, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment et se­cré­taire d’État aux Re­la­tions avec le Par­le­ment.

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