Une po­li­tique in­ter­na­tio­nale qui s’im­pose à l’étran­ger

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - ISA­BELLE LASSERRE @ilas­serre

EN TROIS MOIS, il a ef­fec­tué un par­cours in­ter­na­tio­nal sans faute, in­ves­tis­sant dès la pre­mière se­maine, avec une as­su­rance re­mar­quable, les ques­tions ré­ga­liennes. À peine ins­tal­lé à l’Ély­sée, Em­ma­nuel Ma­cron a re­çu les di­ri­geants de trois pays jouant un rôle ma­jeur dans les crises in­ter­na­tio­nales : Vla­di­mir Pou­tine, Do­nald Trump et Be­nya­min Né­ta­nya­hou. Trois lea­ders re­la­ti­ve­ment im­po­pu­laires en France, mais au­près des­quels Em­ma­nuel Ma­cron, qui pré­fère le dia­logue à la mise à l’écart, a dé­ployé avec suc­cès sa mé­thode : rap­pel de la puis­sance fran­çaise, dia­logue franc et ferme, et charme per­son­nel. Les Fran­çais n’ont tou­te­fois pas été convain­cus. Se­lon notre son­dage Ifop, 43% des per­sonnes in­ter­ro­gées ne sont pas sa­tis­faites de l’in­vi­ta­tion faite à Do­nald Trump le 14 juillet contre 35% qui l’étaient, et 42% sont mé­con­tents de la ve­nue de Vla­di­mir Pou­tine à Ver­sailles contre 32% de sa­tis­faits. De leur cô­té, les di­ri­geants sont ap­pa­rem­ment re­par­tis conquis de Pa­ris. À son re­tour à Wa­shing­ton, Do­nald Trump a même en­voyé un SMS de re­mer­cie­ment à Em­ma­nuel Ma­cron.

Prag­ma­tique avant tout, le pré­sident fran­çais veut faire re­ve­nir la France dans le jeu « en se don­nant les moyens de sa di­plo­ma­tie et en ex­ploi­tant les op­por­tu­ni­tés qui se pré­sentent à lui », dé­crypte un di­plo­mate. C’est sans doute en Sy­rie et en Li­bye que les ajus­te­ments de la di­plo­ma­tie fran­çaise ont été les plus clairs. En af­fir­mant que le dé­part du pré­sident Ba­char el-As­sad ne consti­tuait plus pour la France un préa­lable à l’ou­ver­ture de né­go­cia­tions, Em­ma­nuel Ma­cron dé­fend le prin­cipe d’une di­plo­ma­tie réa­liste. Il en­tend sur­tout re­don­ner à la France sa place dans le dos­sier sy­rien.

Avec la si­gna­ture d’un ac­cord entre le gé­né­ral Haf­tar et le pre­mier mi­nistre alSar­raj, les deux pro­ta­go­nistes de la crise li­byenne, le pré­sident fran­çais « a réa­li­sé un gros coup », se­lon un proche de JeanYves Le Drian, le chef de la di­plo­ma­tie fran­çaise. L’ave­nir di­ra si cette pro­messe de ré­con­ci­lia­tion res­te­ra ou non un voeu pieux et si elle per­met­tra de fa­ci­li­ter la sta­bi­li­sa­tion de la Li­bye. Mais d’ores et dé­jà, «Em­ma­nuel Ma­cron ap­pa­raît comme ce­lui qui a réus­si là où tous les autres avaient échoué», pour­suit la même source.

« Re­don­ner un des­tin »

Son «au­to­ri­té as­su­mée et ver­ti­cale», la fa­ci­li­té avec la­quelle il as­sume son rôle de «grand or­don­na­teur», se­lon un di­plo­mate, se pro­jette aus­si en Eu­rope. Le Vieux Conti­nent est au coeur du pro­jet de la po­li­tique étran­gère d’Em­ma­nuel Ma­cron, qui veut « lui re­don­ner un des­tin et une dy­na­mique». «Ce pro­jet, pour­sui­til, ne peut se faire qu’avec l’Al­le­magne. Pour être cré­dible vis-à-vis d’An­ge­la Mer­kel, Em­ma­nuel Ma­cron est obli­gé de res­pec­ter la règle des 3% de dé­fi­cit du PIB. C’est la rai­son des coupes bud­gé­taires si im­po­pu­laires en France… »

Si la po­pu­la­ri­té du pré­sident a chu­té en France pen­dant l’été, elle reste au zé­nith à l’étran­ger. Dans tous les grands pays, Ma­cron conti­nue à sus­ci­ter, de la part des di­ri­geants, un in­té­rêt bien su- pé­rieur à ce­lui de ses pré­dé­ces­seurs. À Ber­lin, cet in­té­rêt s’est trans­for­mé en es­poir : pour la pre­mière fois de­puis long­temps, le mo­teur fran­co-al­le­mand s’est ral­lu­mé. Les Bri­tan­niques, qui se dé­battent avec leur Brexit, jettent sur l’Ély­sée un re­gard plein d’en­vie. Les pays du Sud louent le pa­nache d’Em­ma­nuel Ma­cron. Par­tout en Eu­rope, sa jeu­nesse et sa po­li­tique qui trans­cende les cli­vages conti­nuent à être sa­luées. Quant à Do­nald Trump – c’est un di­plo­mate fran­çais en contact avec Wa­shing­ton qui le dit –, « il consi­dère qu’Em­ma­nuel Ma­cron, c’est le chef de l’Eu­rope». Il n’y a guère que les Ita­liens qui cri­tiquent le pré­sident fran­çais, dont ils n’ap­pré­cient guère la nou­velle po­li­tique mi­gra­toire.

Reste, pour Em­ma­nuel Ma­cron, à trans­for­mer l’es­sai. An­ge­la Mer­kel at­tend des preuves de ré­formes avant de lui re­nou­ve­ler sa confiance et son ami­tié, une fois les élec­tions al­le­mandes pas­sées. Les états de grâce durent tou­jours plus long­temps à l’étran­ger que dans l’Hexa­gone. Fran­çois Hol­lande, qui a réus­si en po­li­tique ex­té­rieure et échoué en po­li­tique in­té­rieure, en sait quelque chose…

JO­NA­THAN ERNST/REU­TERS

Ren­contre entre Do­nald Trump et Em­ma­nuel Ma­gron avant un dé­jeu­ner de tra­vail pré­cé­dant le som­met de l'Otan, le 25 mai à Bruxelles.

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