À l’As­sem­blée, le PS est ten­té de radicaliser son op­po­si­tion

Le Figaro - - L'ÉVÉNEMENT - MA­DE­LEINE MÉTEYER @MMe­teyer

ILS ÉTAIENT 279 dé­pu­tés PS. Ils ne sont plus que 31. Son­nés par les 6,35% de leur can­di­dat à la pré­si­den­tielle, les res­ca­pés ont conscience d’être des mi­ra­cu­lés du champ des lé­gis­la­tives. «On a su­bi une dé­faite sans pa­reille, re­con­naît Oli­vier Dussopt, dé­pu­té Nou­velle Gauche (NG) de l’Ar­dèche. La seule chose à faire, c’est de re­con­naître au­jourd’hui que le PS doit se ré­gé­né­rer», dit-t-il. De­puis leurs bancs, les dé­pu­tés NG peuvent voir leurs an­ciens col­lègues pas­sés chez En marche! S’ils se tournent de l’autre cô­té, ils ren­contrent les yeux de La France in­sou­mise (LFI) qui les re­gardent avec sus­pi­cion.

Rien que leur em­pla­ce­ment géo­gra­phique dans l’As­sem­blée dit leur dif­fi­cul­té à exis­ter entre la ma­rée ma­cro­niste et les dix­sept LFI, suf­fi­sam­ment bruyants et pré­sents pour ap­pa­raître comme l’op­po­si­tion la plus ef­fi­cace. Alexis Cor­bière les juge « désar- çon­nés » et es­time qu’ils portent « au­tour du cou le ter­rible échec de Fran­çois Hol­lande». Plus du­re­ment en­core, son col­lègue Adrien Qua­ten­nens es­time que «le PS est dans un es­pace po­li­tique qui n’existe pas ».

De fait, huit d’entre les dé­pu­tés PS (dont Sté­phane Le Foll et Eri­cka Ba­reigts) ont re­çu le sou­tien d’En marche! pen­dant la cam­pagne. Ce qui rend a prio­ri dé­li­cate toute en­tre­prise d’op­po­si­tion achar­née à la pré­si­dence. Et pour­tant…

De­puis juin, les dé­pu­tés PS ont eu le temps d’être échau­dés par les di­verses ré­formes sur les­quelles planche le gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe. Le ré­tré­cis­se­ment de la loi de mo­ra­li­sa­tion de la vie po­li­tique, la mo­di­fi­ca­tion des règles de prise en compte de la pé­ni­bi­li­té au tra­vail ou ce que l’an­cien fron­deur et dé­pu­té de la Loire Ré­gis Jua­ni­co nomme «la li­ta­nie des coupes bud­gé­taires » (baisse des APL, ré­duc­tion des en­ve­loppes de l’ar­mée, des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales…) ont eu tôt fait de sus­ci­ter leur

cour­roux. «Bien sûr que nous sommes dans l’op­po­si­tion ! » as­sure Ré­gis Jua­ni­co. Pour le prou­ver, il évoque les prises de pa­role pen­dant le dé­bat sur la loi de mo­ra­li­sa­tion et cite les amen­de­ments ré­di­gés par ses col­lègues : la dis­pa­ri­tion de la ré­serve mi­nis­té­rielle, l’in­ter­dic­tion des ac­ti­vi­tés de con­seil… Il pour­suit : «Nous sommes plus proches des groupes de gauche, nous re­nouons des liens. »

Ce dia­logue entre la Nou­velle Gauche et les groupes de gauche ra­di­cale (PCF et LFI) n’al­lait pour­tant pas de soi. À plu­sieurs re­prises, Jean-Luc Mé­len­chon a exi­gé des gages de po­si­tion­ne­ment po­li­tique clair de la part de ses col­lègues PS. De quoi aga­cer le pa­tron du groupe NG, Oli­vier Faure, qui re­chigne à «sur­en­ché­rir en per­ma­nence pour mon­trer, comme les In­sou­mis, que la vraie gauche, c’est nous». L’al­liance des gauches se fait donc ti­mi­de­ment à l’As­sem­blée. La pre­mière étape a eu lieu le 3 août et a pris la forme d’un re­cours dé­po­sé de­vant le Con­seil consti­tu­tion­nel afin de contrer l’ini­tia­tive du gou­ver­ne­ment à mo­di­fier le Code du tra­vail par or­don­nances. Les trois groupes de gauche se sont dits prêts à ré­ité­rer cette union « chaque fois » qu’ils le ju­ge­ront né­ces­saire. Ré­duit à n’être plus qu’une force d’ap­point, le groupe Nou­velle Gauche semble dis­po­sé à mettre les an­ciennes que­relles in­ternes de cô­té. Et, pour y par­ve­nir, leur nombre ré­duit fait presque fi­gure d’au­baine. «Les dé­bats in­ternes sont plus fa­ciles à or­ga­ni­ser à 31, et comme la fronde vient sou­vent de la dif­fi­cul­té à dis­cu­ter…», ex­plique Ré­gis Jua­ni­co, qui s’y connaît en la ma­tière.

“La seule chose à faire, c’est de re­con­naître que le PS doit se ré­gé­né­rer” OLI­VIER DUSSOPT, DÉ­PU­TÉ NOU­VELLE GAUCHE

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