La Li­bye in­ter­dit ses eaux aux ONG de se­cours en mer

Le Figaro - - INTERNATIONAL - FAN­NY LAURENT @Fan­ny_Laurent13

LA LI­BYE a adop­té, jeu­di, le «code de conduite » édic­té par Rome en in­ter­di­sant à tout na­vire étran­ger de na­vi­guer près de ses côtes pour ve­nir en aide aux mi­grants. La ma­rine li­byenne avec, à sa tête, le gé­né­ral Ab­del­ha­kim Bou­ha­liya, en­tend créer une zone de re­cherche et de sau­ve­tage – Search and Res­cue (SAR) - au large de son ter­ri­toire, dans la­quelle les ba­teaux étran­gers ne pour­ront plus cir­cu­ler, « sauf de­mande ex­presse de la part des au­to­ri­tés li­byennes », a pré­ci­sé le gé­né­ral.

Cette dé­ci­sion de la ma­rine li­byenne cible ex­pli­ci­te­ment les ONG qui pa­trouillent en eaux li­byennes pour se­cou­rir les mi­grants en si­tua­tion de dé­tresse. Ces ONG pré­sentes dans la SAR zone li­byenne de­puis 2015 ont ef­fec­tué en 2016 22 % des sau­ve­tages en mer. Au-de­là des grandes ONG comme Mé­de­cins sans fron­tières et Save the Chil­dren, avec des pro­fes­sion­nels à bord, sept autres ONG ont été créées pour pal­lier l’hé­ca­tombe en mer Mé­di­ter­ra­née. Se­lon, les der­niers chiffres de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale pour les mi­gra­tions (OIM) au moins 5 098 per­sonnes ont per­du la vie en 2016 au large de la Li­bye.

De­puis la fer­me­ture ré­cente de la route grecque grâce à l’ac­cord UETur­quie si­gné au prin­temps 2016 vi­sant à dé­man­te­ler le mo­dèle éco­no­mique des pas­seurs, la Li­bye consti­tue la prin­ci­pale pla­te­forme des mi­grants afri­cains pour at­teindre l’Eu­rope. Ses gardes-côtes sont par­ti­cu­liè­re­ment mis en cause par les ONG. Celles-ci les ac­cusent de prendre part au tra­fic d’êtres hu­mains en né­go­ciant avec les pas­seurs d’im­por­tantes sommes d’ar­gent. Vic­times de tor­ture, d’abus sexuels et d’ex­tor­sions, de nom­breux mi­grants sont re­te­nus dans des camps sor­dides où ils sont sou­mis au tra­vail for­cé. Les tra­fi­quants tirent pro­fit du chaos am­biant qui règne de­puis la chute du ré­gime de Mouam­mar Kadha­fi en 2011 pour faire pas­ser chaque an­née des di­zaines de mil­liers de mi­grants vers l’Ita­lie.

Dans un pays aux ins­ti­tu­tions af­fai­blies par la guerre, la ma­rine li­byenne n’est plus apte à as­su­rer la sé­cu­ri­té de son lit­to­ral et se trouve dé­pas­sée par la crise mi­gra­toire. Les au­to­ri­tés li­byennes n’ont que ré­cem­ment sol­li­ci­té l’aide de l’Ita­lie. De­puis le 1er août, le «code de conduite» du mi­nis­tère de l’In­té­rieur ita­lien est en vi­gueur. Il en­cadre les opé­ra­tions de se­cours en mer me­nées par les ONG. Ces opé­ra­tions qui se dé­roulent au large des côtes li­byennes dans une zone de 12 à 24milles sont pour­tant dé­jà bor­dées par la conven­tion in­ter­na­tio­nale de 1985.

Mé­de­cins sans fron­tières, l’une des six ONG (sur neuf) à ne pas avoir si­gné le do­cu­ment, est ac­cu­sée par le mi­nis­tère de l’In­té­rieur ita­lien d’être hors du sys­tème de se­cours. «Un homme à la mer est un homme mort. Pas ques­tion de voya­ger avec des po­li­ciers ar­més! Nous ne l’avons ja­mais fait dans les soixan­te­dix pays où nous sommes pré­sents et tout au long de nos qua­rante-six an­nées d’ac­ti­vi­té ! », dé­clare fer­me­ment Lo­ris De Filippi, le pré­sident de la branche ita­lienne de MSF.

“Un homme à la mer est un homme mort. Pas ques­tion de voya­ger avec des po­li­ciers ar­més ” LO­RIS DE FILIPPI, PRÉ­SIDENT DE MSF ITA­LIE

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.