En­chères : l’école de Pa­ris en ve­dette à Cannes

Ca­moin, Buf­fet, Le Cor­bu­sier, Mo­di­glia­ni se par­tagent l’af­fiche des tra­di­tion­nelles va­ca­tions de Jean-Pierre Besch, lun­di 14 et mar­di 15 août.

Le Figaro - - CULTURE - VALÉRIE SASPORTAS vsa­spor­tas@lefigaro.fr Besch Cannes Auc­tion. Ex­po­si­tion pu­blique du 13 au 15 août. Vente le 15 août à 14 h 30. www.can­ne­sauc­tion.com

Son mar­teau ne frappe pas des «ventes piz­zas» à em­por­ter au sor­tir de la plage. À Cannes, Jean-Pierre Besch am­bi­tionne chaque été de pro­po­ser une ses­sion de ventes qui soient aux en­chères ce qu’Avi­gnon est au théâtre, La Ro­chelle aux Fran­co­fo­lies ou Orange aux Cho­ré­gies : un fes­ti­val dé­dié à l’art de qua­li­té et po­pu­laire.

Le ren­dez-vous se dé­roule à l’Hô­tel Mar­ti­nez, sur la Croi­sette, du 14 au 16 août, avec deux temps forts : les vins pré­cieux et al­cools rares, lun­di, sé­lec­tion­nés avec l’ex­pert Pas­cal Kuz­niews­ki, et les ta­bleaux, sculp­tures et pho­tos mo­dernes et contem­po­rains, mar­di, que le com­mis­saire-pri­seur a, comme chaque an­née, chas­sé six mois du­rant dans le sud de la France.

Ca­moin en tête d’af­fiche

Trente ans que Jean-Pierre Besch, ori­gi­naire de Mâ­con en Bour­gogne, s’est ins­tal­lé sur la Côte d’Azur. Et presque au­tant qu’il frappe des ventes en août. Se rendre vi­sible en se dé­mar­quant de l’agenda tra­di­tion­nel des en­chères, à Pâques, à Noël, et au coeur de l’été, s’est ré­vé­lé une stra­té­gie payante. Son étude est au­jourd’hui lea­der des ventes de vins en salle se­lon le der­nier rap­port du Con­seil des ventes vo­lon­taires, de­vant le té­nor fran­çais du mar­ché de l’art, Art­cu­rial.

«C’est le fruit de vingt ans d’in­ves­tis­se­ment. Je tra­vaille les ventes de vins comme des ob­jets d’art. Ce sont des pièces de culture, de pa­tri­moine », dé­clare le com­mis­saire-pri­seur. Son ca­ta­logue pro­pose « des caves de res­tau­rants, obli­gés de les faire évo­luer parce qu’ils ont per­du une étoile au Mi­che­lin ou en ont ga­gné une». Les ob­jets d’art s’écoulent le len­de­main des vins.

Sa 29e vente de ta­bleaux mo­dernes et d’art contem­po­rain, mar­di, re­flète son goût pour l’école de Pa­ris : Charles Ca­moin (1879-1965) est en tête d’af­fiche de cette ses­sion, qui compte aus­si d’autres grandes si­gna­tures de tout le XXe siècle, de ses pre­mières an­nées avec Fé­lix Ziem aux der­nières avec Ber­nard Buf­fet, en pas­sant par Al­bert Mar­quet, Mau­rice De­nis, Jean Coc­teau, Fran­cis Pi­ca­bia, ou Le Cor­bu­sier. « Le XXe est le siècle que je pré­fère, car vous avez les ca­ta­logues rai­son­nés, les ayants droit et des ex­perts re­con­nus. Ce­la per­met d’avoir des cer­ti­fi­cats», pour­suit le com­mis­saire-pri­seur.

Ca­moin, avec La Ponche (Saint-Tro­pez), huile sur toile si­gnée en bas à droite et da­tée de 1948, fait la une du ca­ta­logue. Pour Jean-Pierre Besch, « ce condis­ciple d’Al­bert Mar­quet était un grand co­lo­riste qui avait choi­si, comme les im­pres­sion­nistes, les vues en ex­té­rieur avec des teintes claires, mais aus­si vives, hé­ri­tées du fau­visme, comme dans ce ta­bleau par­ti­cu­liè­re­ment re­pré­sen­ta­tif ». Cette oeuvre lui a été confiée par un col­lec­tion­neur fran­çais l’ayant ache­tée aux États-Unis. Elle «a pris place dans les ar­chives du Co­mi­té Ca­moin en vue du ca­ta­logue rai­son­né », lit-on au-des­sus de l’es­ti­ma­tion : entre 20 000 et 22 000 eu­ros.

Par­mi les autres lots re­mar­quables de la vente : un bronze à pa­tine vert sombre de Mo­di­glia­ni (1884-1920), Jeune fille à la frange. Parce que c’est une oeuvre post­hume des an­nées 1970 mar­quée du fon­deur Val­sua­ni, cette sta­tuette ac­com­pa­gnée d’un cer­ti­fi­cat de la fille de l’ar­tiste, Jeanne Mo­di­glia­ni, est une «af­faire» : «seule­ment» 20000 à 25000 eu­ros. Et puis le ca­ta­logue re­cèle une aqua­relle in­at­ten­due, de l’ar­chi­tecte Le Cor­bu­sier (1887-1965). Éro­tique, elle s’in­ti­tule Les Ama­zones et est da­tée de 1933. « Je ne connais­sais pas trop son oeuvre gra­phique », re­con­naît le com­mis­saire-pri­seur. « Pour­tant, Le Cor­bu­sier vou­lait être un ar­tiste peintre, pour­suit-il. Il était fan de my­tho­lo­gie grecque, avec les tau­reaux, les che­vaux, les ama­zones, comme dans l’oeuvre que nous ven­dons. Il di­sait que ce qu’il ne pou­vait ex­pri­mer en ar­chi­tec­ture, il le pei­gnait. Il uti­li­sait trente-cinq nuances de cou­leurs. Et quelle ma­tière! C’est vrai­ment une oeuvre d’ar­chi­tecte. On di­rait qu’il y a du ve­lours des­sus.» Es­ti­mée entre 35000 et 45000 eu­ros, l’aqua­relle de Le Cor­bu­sier est à dé­cou­vrir lors de l’ex­po­si­tion pré­vente, à l’Hô­tel Mar­ti­nez, dès di­manche.

BESCH

Les Ama­zones (1933), Le Cor­bu­sier, aqua­relle et encre, es­ti­mée entre 35 000 et 45 000 eu­ros.

BESCH

La Ponche (1948), Charles Ca­moin, es­ti­mée entre 20 000 et 22 000 eu­ros.

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